Référendum de 1995: la région avait dit oui...

Le résultat du référendum de 1995 - 50,58 %... (Archives La Presse)

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Le résultat du référendum de 1995 - 50,58 % pour le Non, contre 49,42 % pour le Oui - aurait difficilement pu être plus serré.

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Marc Rochette
Le Nouvelliste

Le 30 octobre 1995, le Québec se prononçait sur son avenir par voie de référendum. Pendant que la province avait dit non de justesse à la question du gouvernement Parizeau, la région de la Mauricie et de la rive sud avait répondu oui dans une proportion globale de 57 %.

Il faut dire qu'à l'exception du comté de Saint-Maurice avec le libéral Jean Chrétien, la carte politique régionale était aux couleurs péquistes et bloquistes, d'où cette majorité de voix souverainistes dans les résultats. Le comté de Champlain avait même produit un score supérieur à 60 % pour le Oui tandis que le Non n'avait pu faire mieux que 44,36 % dans Trois-Rivières. En ce 20e anniversaire, Le Nouvelliste propose de revivre l'événement sous le regard de différents acteurs des deux camps.

L'ancien député péquiste de Laviolette, Jean-Pierre Jolivet.... (Stéphane Lessard) - image 2.0

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L'ancien député péquiste de Laviolette, Jean-Pierre Jolivet.

Stéphane Lessard

De l'euphorie à la déception...

«Quand les premiers résultats de l'Est du Québec sont entrés, c'était l'euphorie. Il y avait un mouvement d'émotions très fortes. Mais à la fin, ce fut une déception complète. On aura perdu par peu. Ce soir-là, j'étais vraiment déçu».

Voilà comment l'ancien député péquiste de Laviolette, Jean-Pierre Jolivet, aura vécu le dépouillement du vote référendaire, le soir du 30 octobre 1995. Et selon lui, l'argent sera venu chambouler le résultat.

«Dans certains comtés à Montréal, 97 % ont voté pour le Non», souligne celui qui déplore les «moyens détournés» employés par le fédéral pour, entre autres, donner la possibilité à des gens de devenir Canadiens. Et celui qui dit avoir «vécu les commandites» comme ministre des Régions, avec la présence des drapeaux du Canada, ne manque pas d'évoquer le fameux love-in organisé à quelques jours du scrutin.

Par conséquent, quand on lui demande de commenter la déclaration de Jacques Parizeau sur l'argent et le vote ethnique, M. Jolivet soutient simplement que «ce n'était pas à lui à le dire». Et à son avis, le phénomène des fonctionnaires de Québec n'est pas étranger à la défaite du Oui.

Comment compare-t-il son expérience de 1995 à la campagne référendaire de 1980, qu'il a aussi vécue à titre de député de Laviolette? «En 1980, on demandait un mandat de négocier tandis qu'en 1995, il y avait l'option de faire l'indépendance du Québec et l'union des bloquistes, adéquistes et péquistes», explique-t-il.

Ce qui ne l'empêche pas de se rappeler de l'euphorie qui avait découlé de la victoire du PQ en 1976, faisant ainsi mentir Trudeau père pour qui le parti souverainiste n'était qu'un épiphénomène.

Pour Jean-Pierre Jolivet, le fils Trudeau risque de braquer les Québécois avec sa vision du multiculturalisme. «Je suis un fervent indépendantiste et j'ai toujours espoir pour un Québec souverain. Quand Nicole et moi avons formé un couple, on n'était pas en chicane avec les autres. Nous sommes partis de façon positive. On a bâti sur la capacité de réussir et non avec l'idée de manquer notre coup», se plaît-il à raconter pour tracer un parallèle avec la cause souverainiste.

Par ailleurs, ce vétéran de la politique se range derrière le chef du PQ, Pierre Karl Péladeau, qu'il juge sous-estimé, comme l'était Justin Trudeau au fédéral.

«Il faut convaincre une majorité, et tant Jean Charest que François Legault ont déjà affirmé la capacité économique du Québec à devenir indépendant, même s'il est vrai qu'une période de perturbation suivra, comme l'avait dit Pauline Marois», soutient-il.

Même s'il aurait aimé que le Bloc québécois fasse élire au moins 12 députés lors du dernier scrutin fédéral, «on revient sur le plancher avec dix pour défendre le Québec». «Et ceux qui pensent que le mouvement souverainiste est en déroute se trompent royalement», a-t-il conclu.

L'ancien député péquiste de Nicolet-Yamaska, Michel Morin.... (Stéphane Lessard) - image 3.0

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L'ancien député péquiste de Nicolet-Yamaska, Michel Morin.

Stéphane Lessard

Lendemain aigre-doux

Pour l'ancien député péquiste de Nicolet-Yamaska, Michel Morin, le lendemain du référendum de 1995 lui avait laissé un goût aigre-doux dans la gorge. Car s'il se disait attristé par la défaite crève-coeur du camp du Oui, il était toutefois fier des résultats obtenus dans la région.

«C'était la deuxième meilleure performance au Québec avec 57 % pour le Oui», souligne celui qui, lors de la campagne électorale de 1994, avait clairement indiqué à ses citoyens l'engagement de son parti à tenir un référendum dans le premier mandat.

Une fois au pouvoir, le PQ se sera lancé dans une tournée de consultation sur la souveraineté aux quatre coins de la province. «Des mémoires extraordinaires ont été déposés au Centre culturel de Saint-Grégoire», se rappelle-t-il.

Selon lui, les forces souverainistes avaient le vent dans les voiles avec la présence du Bloc à Ottawa. «Ça sentait la frustration à plein nez avec l'échec de Meech. On avait une bonne organisation», raconte celui qui pouvait compter sur deux coprésidents de campagne et l'appui d'une douzaine de maires et de deux préfets.

Par ailleurs, M. Morin admet avoir été ébranlé par la déclaration de Jacques Parizeau sur l'argent et le vote ethnique. «Toute vérité n'est pas bonne à dire. Il aurait dû avoir une petite retenue», confie celui qui, le lendemain, perdait son premier ministre avec l'annonce de sa démission.

À son avis, «on n'a pas assez fait le post-mortem du référendum de 1995». «À 50 000 votes près, alors que le camp du Non fut financé par le Canada, j'aurais contesté ça au niveau international. Et le camp du Non a aussi dépassé les bornes au niveau de l'immigration», soutient-il, vingt ans plus tard.

Mais pour lui, «les Québécois se sont tenus debout». «Tout le monde est retourné au travail le lendemain. Il n'y a pas eu de violence», se plaît-il à signaler.

Croit-il à un troisième référendum sous Pierre Karl Péladeau? «Bonne question. La cause n'est pas morte, c'est un sentiment qui dure depuis 1760. C'est un beau défi pour M. Péladeau. L'histoire nous aide. Les deux solitudes existent toujours. La vague orange de 2011 a démontré que nous sommes une société distincte. La souveraineté, ce n'est pas juste l'économie, c'est un sentiment d'appartenance, de fierté, et il y a la culture. Mais est-ce que la souveraineté est réalisable à court terme? Je ne le sais pas», avoue-t-il en conclusion.

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