Souvenirs d'un draveur

Arnold Fay avait 17 ans quand il a... (Olivier Croteau)

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Arnold Fay avait 17 ans quand il a connu sa première aventure de draveur.

Olivier Croteau

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Marie-Josée Montminy
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Arnold Fay avait 17 ans, quand, en 1947, il a complété sa première aventure de draveur. Son père, Anselme, était en charge de la navigation dans la baie de Shawinigan pour la compagnie de flottage du Saint-Maurice, du barrage de Grand-Mère à celui de La Gabelle. «J'avais fini ma neuvième année, et je voulais connaître c'était quoi le flottage du bois», raconte l'octogénaire qui a bravé les périls de ce métier maintenant disparu.

«La drave, c'est le flottage du bois pour l'amener aux papetières. La rivière Saint-Maurice fournissait des papetières qui avaient besoin d'entre 200 000 à 220 000 cordes par année. Au début, c'étaient des billots d'entre 12 et 16 pieds (3,6 et 4,9 m), mais les billots ont arrêté en 1957. En 1941, ils ont commencé à couper ce qu'on a appelé la pitoune, du bois qui pouvait mesurer quatre pieds (1,2 m)», détaille M. Fay, qui a fait le travail de suivi des billots et pitounes de la Haute-Mauricie vers Trois-Rivières pendant deux ans.

Comme il l'explique, le bois était coupé dans les forêts de la Haute-Mauricie et dirigé vers la rivière Saint-Maurice. Il était marqué selon l'usine à laquelle il était destiné, avant d'entreprendre son transport par flottage aux usines papetières de La Tuque, Grand-Mère, Shawinigan et Trois-Rivières. Les draveurs devaient s'assurer de la bonne circulation du bois sur la rivière, notamment dans les rapides et aux endroits où des barrages étaient installés.

Les draveurs partaient de la Haute-Mauricie à la mi-avril et tout le bois devait être rendu à Trois-Rivières le 1er novembre. «Dans une barge de draveurs, il y avait quatre rameurs, un homme en avant et un autre en arrière. Il y avait des rapides à sauter. Parfois, il y avait de gros rochers où le bois venait s'accoster. Il fallait souvent marcher sur les billots», décrit l'ancien draveur. Le travail était-il dangereux? «Oui, répond M. Fay. Et dans ce temps-là, on n'avait aucune flotte!» 

Après deux ans à effectuer ce travail périlleux, le natif d'Almaville (aujourd'hui le secteur Shawinigan-Sud) a rejoint son père à Shawinigan pour travailler sur les bateaux entre Grand-Mère et le barrage de La Gabelle. Il a piloté plusieurs types d'embarcations impliquées dans les différentes opérations reliées au flottage du bois.

«On construisait les estacades et les piliers d'ancrage. On faisait avec des estacades assez longues, jusqu'à 150 pieds de long (46 m)! Elles étaient faites en sapin Douglas, de Colombie-Britannique, un bois résineux dans lequel l'eau s'imbibait moins», détaille-t-il. Les estacades servaient à contenir le bois le long des berges. Les piliers ancrés à une trentaine de pieds (9 m) dans l'eau servaient à retenir les estacades.

Après une douzaine d'années à l'emploi de la compagnie de flottage, M. Fay s'est réorienté en mécanique, et a terminé sa carrière à l'usine Bandag de Shawinigan à l'âge de 63 ans. Mais le flottage n'avait jamais quitté le coeur de l'ancien draveur qui, à sa retraite, a bricolé une vingtaine de répliques à l'échelle des différents bateaux impliqués dans le processus.

Photos à l'appui, il décrit encore avec vivacité les barges, remorqueurs, chalands et «alligators» utilisés pour le flottage du bois. Ses maquettes furent exposées au Musée du bûcheron de Grandes-Piles avant d'être déménagées au Centre d'interprétation de la rivière Saint-Maurice au Parc de la petite rivière Bostonnais à La Tuque.

L'année précédant l'arrêt complet du flottage sur la rivière Saint-Maurice, M. Fay se souvient s'être rendu sur les berges, dans le secteur Grand-Mère. «Il y avait encore plein de bois, mais je savais que c'était le dernier qui passait là. Je me suis assis sur le bord et je me suis dit: "C'est fini, je ne verrai plus ça". J'ai essayé de m'imprimer ça dans la mémoire», confie-t-il avec une certaine nostalgie.

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