Déjà 20 ans sans pitounes!

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La pitoune a longtemps fait partie du décor bordant la rivière Saint-Maurice. Pendant presque un siècle, la rivière a en quelque sorte servi d'«autoroute» au transport des billes de bois, des forêts de la Haute-Mauricie jusqu'aux usines papetières entre La Tuque et Trois-Rivières.

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Marie-Josée Montminy
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) La pitoune a longtemps fait partie du décor bordant la rivière Saint-Maurice. Pendant presque un siècle, la rivière a en quelque sorte servi d'«autoroute» au transport des billes de bois, des forêts de la Haute-Mauricie jusqu'aux usines papetières entre La Tuque et Trois-Rivières. Dans les années 1980, des mouvements environnementalistes ont commencé à réclamer la dépollution de la rivière et l'arrêt du flottage. Ces pressions sociales, combinées à l'évolution des procédés industriels, ont mené à l'abandon du flottage du bois sur la rivière en 1995. Ce nettoyage a permis à la population de redécouvrir la rivière et aux acteurs régionaux de miser sur un nouveau créneau de développement récréotouristique. L'émergence de la Cité de l'énergie a notamment été favorisée par l'arrêt du flottage, et le rétablissement de la navigation de plaisance entre Grand-Mère et La Tuque compte maintenant parmi les richesses touristiques à valoriser.

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L'historien et responsable de l'animation à la Cité de l'énergie Mario Lachance raconte l'histoire du flottage du bois sur la rivière Saint-Maurice.

François Gervais, Le Nouvelliste

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Des draveurs

Les Mauriciens ont le souvenir d'une rivière Saint-Maurice tapissée de pitoune retenue par des estacades. Intimement reliée à l'économie forestière, la rivière a servi d'autoroute au bois qui alimentait les papetières de La Tuque à Trois-Rivières.

Les pressions des groupes écologiques combinées aux évolutions des techniques de fabrication du papier ont mené à l'arrêt définitif du flottage sur la rivière à l'automne 1995, il y a 20 ans.

Historien et responsable de l'animation à la Cité de l'énergie, Mario Lachance rappelle que le flottage sur une base régulière a débuté en 1850 avec l'octroi, par le gouvernement du Canada-Uni, de sommes dédiées à l'aménagement de la rivière Saint-Maurice pour permettre le flottage du bois. Le gouvernement répondait ainsi aux demandes des entrepreneurs forestiers qui souhaitaient exploiter le bois de la Mauricie, mais qui voyaient son transport limité par les nombreuses chutes parsemant son parcours.

«Le gouvernement va faire installer des estacades sur la rivière à différents endroits, et aussi des glissoires à billes là où il y a des chutes imposantes comme à Shawinigan. Il va engager des hommes qui vont s'assurer de faire flotter le bois sur la rivière. Les travaux les plus considérables vont se faire ici même à Shawinigan, en raison des deux chutes», raconte Mario Lachance, du haut de la tour de la Cité de l'énergie où on peut apercevoir le bassin où transitait un grand volume de bois.

«On va installer un important réseau d'estacades ici. Les estacades seront installées de biais pour que les billes ne tombent pas dans les chutes», précise-t-il, en mentionnant le principe des glissoires à billes qui faisaient passer le bois outre les chutes. 

Les draveurs dirigeaient les billes vers ces glissoires, dont celle installée en 1850 tout près de l'actuelle Cité de l'énergie, toujours en place. De telles installations étaient aussi en fonction à La Tuque, à Grand-Mère et aux Grès.

Mario Lachance décrit ainsi le travail des draveurs: «En 1850, ce n'étaient pas des billes, c'étaient quasiment des arbres qui flottaient. Les draveurs prenaient ceux sur les bords de la grève et les amenaient dans le cours de la rivière. Ils défaisaient les embâcles, installaient et entretenaient les estacades.» 

Au début, le bois qui circulait sur la rivière était destiné à la construction. 

«Il y avait plusieurs moulins à scie sur le bord de la rivière Saint-Maurice, et ce bois est expédié en Nouvelle-Angleterre pour la construction de résidences, et certaines parties en Angleterre pour la construction de navires», détaille M. Lachance. 

Puis, en 1887, l'implantation de la première usine de papier en Mauricie, à Grand-Mère, confirmera le recours au flottage au profit de l'industrie papetière. Sept usines de papier se sont installées en Mauricie entre 1887 et 1922, de La Tuque à Trois-Rivières en passant par Grand-Mère et Shawinigan. Le flottage représentait le moyen le plus économique d'acheminer vers les usines le bois bûché en Haute-Mauricie.

La fin du flottage

Dans les années 1980, des groupes écologistes dont Greenpeace ont commencé à réclamer le nettoyage de la rivière Saint-Maurice en s'attaquant principalement aux usines papetières, jugées source de pollution. La revendication de l'arrêt du flottage s'est ajoutée au mouvement auquel se sont joints des groupes comme le Mouvement vert de la Mauricie.

Mais au-delà de cette pression sociale, le flottage était progressivement rendu moins nécessaire en raison de changements dans le procédé de fabrication du papier.

«Les usines de papier ont trouvé une nouvelle façon de produire leur pâte. Les billes de bois étaient utilisées pour la pâte mécanique. La bille arrivait à l'usine, entrait dans des défibreurs et le bois était réduit en pâte. Puis un nouveau procédé qui s'appelle la pâte thermo-mécanique est arrivé. On n'avait plus besoin de billes de bois, mais des copeaux de bois.» 

Ces copeaux doivent être acheminés par voie ferrée ou par camion et non par flottage. 

«Il y a les groupes environnementaux qui font pression, il y a une nouvelle technologie industrielle qui fait son apparition et des lois gouvernementales plus sévères. Tout ça combiné va faire en sorte que le flottage va arrêter», conclut Mario Lachance.

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