5e édition de la Fête des anges

Deuils périnataux: la vie reprend toujours le dessus

La jeune Maélya, 5 ans, et sa mère... (Photo: Andréanne Lemire)

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La jeune Maélya, 5 ans, et sa mère Kim Paquin Lemay, ont libéré une colombe, samedi, en mémoire du petit Zack-Éli, décédé après 34 semaines de grossesse. Une douzaine de familles touchées par le deuil périnatal ont participé à la 5e édition de la Fête des anges organisée au Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap.

Photo: Andréanne Lemire

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(Trois-Rivières) Lorsque Kim Paquin Lemay a perdu son petit Zack-Éli après 34 semaines de grossesse, en 2013, la chambre du garçon était peinturée et décorée, parée à recevoir ce nouveau membre de la famille. Malheureusement, la Grande Faucheuse en avait décidé autrement. Mme Paquin Lemay et son conjoint figuraient désormais sur la liste des parents orphelins, à l'instar des autres familles réunies, samedi, lors de la 5e édition de la Fête des anges au Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap.

Dans l'enchaînement naturel de la vie et des générations qui se succèdent, un parent ne devrait jamais porter en terre son enfant. Pourtant, cette triste réalité touche environ 400 bébés québécois chaque année, autant de «petits anges» qui décèdent en cours de grossesse (plus de cinq mois de grossesse) ou après moins d'un mois de vie à l'air libre. Au Canada, une grossesse sur six ne se rend pas à terme. Des mortinaissances et des décès infantiles de trop, certes, mais des mortalités trois fois moins nombreuses que dans les années 1970.

Dans les chaumières où la faux frappe aveuglément, une chambre demeure vide. Vide malgré les jouets qui n'ont jamais servi, la suce qui n'a jamais réconforté, une douillette sans meilleur ami. Une blessure se creuse sur le coeur des parents, dans le repli duquel un nom se grave à jamais. Un nom qui ne grandira pas. Un nom sur lequel on ne parvient pas à accoler de souvenir. Un prénom qui, souvent, est accompagné d'une seule photo, celle prise lors de la dernière échographie, collée sur la porte du réfrigérateur.

«C'est une grosse épreuve de perdre un bébé. Avec cette perte vient la perte des rêves et de tout ce qu'on avait imaginé pour cet enfant-là. Et comme j'ai perdu Zack-Éli durant la grossesse, ce qui est difficile c'est l'absence de souvenir. Je ne peux pas me remémorer les souvenirs que j'ai eus avec lui parce que je n'ai pas pu apprendre à le connaître autrement que dans mon ventre», mentionne Mme Paquin Lemay. Une perte «viscérale», en somme, un deuil dont on ne guérit jamais complètement. Selon la jeune mère de deux enfants, Félix âgé de quelques mois et Maélya 5 ans, on ne referme jamais la cicatrice d'un enfant qui a rendu son dernier soupir, on vit avec, tout simplement.

«Le deuil, c'est un long processus, c'est le processus d'une vie. On ne réussi jamais à faire le deuil d'un enfant, on apprend à vivre avec cette perte-là. Même lorsque j'ai porté Félix, j'ai eu une grossesse très stressante parce que j'avais peur de perdre aussi ce bébé-là. J'avais perdu la naïveté de la grossesse, où l'on se dit que tout va bien. J'étais plus terre à terre. Autant durant la grossesse que durant l'accouchement. Moi, j'étais contente qu'il pleure, Félix, lors de l'accouchement, parce que quand tu as ton bébé qui ne pleure pas dans tes bras et que tu sais qu'il n'ouvrira jamais les yeux pour te regarder...»

Ainsi, vivre un deuil périnatal, c'est d'abord affronter le silence. Le silence de l'enfant que l'on n'entendra jamais pleurer. Le silence, ensuite, des proches qui ne savent trop comment réagir, comment consoler. Le silence d'une réalité encore tabou dans la société québécoise du 21e siècle, un silence lourd comme une écharpe de plomb, alors que le deuil a plutôt besoin d'ailes pour s'envoler et nourrir le ciel avec les espoirs du lendemain.

«Perdre un enfant, ce n'est pas dans l'ordre des choses. Et ce qui est particulier, c'est que la plupart du temps, les parents ne sont pas reconnus, surtout lorsque la perte survient durant la grossesse. Et pourtant! C'est tout l'investissement que les parents mettent durant la grossesse qui s'écroule. De perdre un parent, un conjoint, c'est une épreuve, mais ce n'est pas pareil parce qu'on n'a pas le même degré d'investissement», note l'intervenante Annie Fournier, conférencière invitée par l'organisation de la Fête des anges.

«Le deuil périnatal est tabou parce que les gens sont mal à l'aise. On ne sait pas quoi dire, on ne sait pas quoi faire. L'entourage aimerait savoir dire, savoir quoi faire parfaitement. Mais comme personne n'est parfait, les gens ne font rien. D'autant plus que la souffrance des parents vient tellement nous atteindre que c'est trop. Souvent, les gens ne sont pas capables de dealer avec la souffrance des autres. On peut dealer avec la souffrance de quelqu'un qui perd un grand-parent, mais la souffrance d'un parent qui perd un enfant, c'est tellement différent. Pourtant, au fond, on n'a rien à dire, on n'a rien à faire, on a juste à être. Trop souvent, on est davantage dans le faire que dans l'être.»

Mme Fournier estime que jamais le silence ne devait prendre le dessus sur la musique qui accompagne toute renaissance, que ce soit par l'entremise d'une nouvelle grossesse, d'un nouveau travail, d'un nouveau défi. «Si cet espoir n'existait pas, je ne ferais pas ça dans la vie, car ce serait bien trop triste», conclut-elle.

«C'est sûr que ça peut être un baume sur le coeur, une nouvelle grossesse, mais un enfant, ça ne se remplace pas. La perte va toujours rester...», avoue Mme Paquin Lemay. «À la maison, nous avons une photo de Zack-Éli dans un cadre, il a son petit coin à lui avec l'urne, une petite boîte avec son premier pyjama...»

Le petit Félix, lui, ne connaîtra jamais son frère aîné autrement que par le biais de cette photographie. Chose certaine, le bouquet de sourires qu'il a offert samedi lors de l'envolée des colombes dans le parc du Sanctuaire rappelle qu'au-delà du deuil, la vie reprendra toujours le dessus.

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