Le joueur des Aigles Javier Herrera demande l'asile politique au Canada

Craignant pour la sécurité de sa famille, Javier... (François Gervais, Le Nouvelliste)

Agrandir

Craignant pour la sécurité de sa famille, Javier Herrera espère obtenir son statut de réfugié au mois de décembre. Le joueur des Aigles de Trois-Rivières est prêt à s'intégrer dans sa ville d'adoption avec sa femme Ludzmy et leurs deux enfants, Katie et Jaycob.

François Gervais, Le Nouvelliste

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Trois-Rivières) Pendant des semaines, Javier Herrera et les membres de sa famille ont vécu dans l'incertitude et la peur, cloîtrés dans leur petite maison de Caracas.

La capitale du Venezuela étant devenue trop hostile, le joueur vedette des Aigles a entamé les procédures afin de revenir au Canada, où il souhaite s'établir pour de bon. Arrivé à Trois-Rivières presque par miracle lundi soir avec une bonne dose d'anxiété et après avoir déjoué les douaniers de son pays, il espère trouver une terre d'accueil qui lui permettra d'élever ses enfants en toute sécurité, dans la quiétude si longtemps recherchée.

Les amateurs de baseball connaissent Herrera le frappeur de puissance, débarqué en Mauricie au milieu de l'été. Un des principaux architectes des succès des Aigles en deuxième moitié de saison, le vétéran de 30 ans a guidé l'équipe vers la conquête d'un premier championnat.

Après l'extase provoquée par l'ultime victoire, les douches de champagne et les accolades, l'inquiétude a regagné le numéro 13. Il devait vider son casier du stade Fernand-Bédard et rentrer au Venezuela pour l'hiver, des doutes plein ses valises. 

«La situation politique du pays est instable, la corruption omniprésente. Les crimes sont en hausse depuis 15 ans, la pauvreté tout autant. Je croise des jeunes adolescentes enceintes dans les rues, ça me fait mal et je ne veux pas ça pour ma fille.»

Dans un monde où les gens qui n'ont rien côtoient les bien nantis, de violentes bagarres éclatent. Recensé comme athlète professionnel de baseball, Javier Herrera fait partie de la classe bourgeoise, s'imaginent certains criminels. Il n'en est rien. 

«Quand j'évoluais dans le réseau affilié des Giants de San Francisco, je gagnais quelques milliers de dollars par année. Et dans la Ligue Can-Am, on ne fait pas tant d'argent!»

Mais le statut de professionnel laisse miroiter des millions cachés dans les banques. Le 28 septembre, lors de leur première journée d'école, Jaycob, 5 ans, et Katie, 11 ans, ont reçu des menaces indirectes. Deux hommes se sont présentés à l'institution et ont demandé à voir les jeunes Herrera. Refusant la requête, la direction a contacté sur le champ Javier et sa femme, Ludzmy.

En panique, ils ont ramené les enfants au bercail. Au Venezuela, le trafic d'organes est un fléau tristement répandu.

Il n'était plus question d'envoyer Jaycob et Katie en classe. «Appeler la police n'aurait rien changé car tu ne sais jamais à qui tu as affaire. La corruption est à ce point présente que ça devient difficile de dénoncer.»

Ne restait plus qu'une seule option: fuir le pays. Surtout qu'il s'agissait des deuxièmes menaces en moins d'un an pour le clan Herrera. «C'était arrivé en avril pour la première fois. J'ai des preuves écrites de la direction de l'école. Quand j'ai quitté le pays en vue de la saison de baseball au début de l'année, je ne voulais rien savoir de laisser ma famille à Caracas.»

Les histoires d'enlèvements donnent froid dans le dos. Les criminels kidnappent des enfants provenant de familles fortunées et demandent une rançon à leurs parents. 

Si ces derniers ne peuvent l'honorer, des scénarios d'horreur se matérialisent. «On retrouve parfois des enfants morts dans les ruelles. Il leur manque des organes et les ravisseurs laissent une lettre. C'est terrible», relate Herrera, le regard sombre mais entouré de ceux qu'il aime, dans un appartement du quartier étudiant, près du Cégep de Trois-Rivières.

Un soutien inespéré

Si Le Nouvelliste a pu s'entretenir avec le cogneur des Aigles mercredi avant-midi, c'est grâce à Bob McDuff et sa femme Nicole Girard. L'ancien directeur général des Aigles a mené le dossier dans le but d'attirer Herrera et ses proches au Canada.

Avec la collaboration de l'organisation, il a acheté des billets d'avion, d'autres se sont portés volontaires pour dénicher un logement, qui sera payé pour les trois premiers mois. Herrera ne pouvait procéder seul: il a moins de 300$.

«Nous avons dû débourser de l'argent pour les billets de retour. Sans cela, on aurait éveillé des soupçons à l'aéroport de Caracas. Les douaniers n'auraient probablement pas accepté de les laisser partir», explique McDuff.

«Si je dois mourir ou aller en prison pour ma famille, je le ferai», enchaîne Herrera, qui n'a heureusement pas connu d'ennuis pour monter à bord de l'avion. Après des escales interminables à Houston et Chicago, il a aperçu les édifices de Montréal lundi après-midi, au terme d'un voyage d'environ 28 heures. Il a rencontré des agents d'immigration lundi et mardi, en plus de fournir certaines preuves expliquant pourquoi il estime que sa famille court un grave danger dans son pays natal.

Réceptifs à sa demande d'asile, les agents lui ont confirmé qu'il serait convoqué devant un juge le 21 décembre pour étudier le dossier.

«Je suis prêt à aider, à m'intégrer à la communauté», assure le baseballeur.

Des projets

D'ailleurs, Bob McDuff planche déjà sur certains projets stimulants. «Rencontrer des enfants dans les hôpitaux, participer aux cliniques de baseball ou donner un coup de main au kiosque des Aigles au centre commercial pendant la période des Fêtes. Normalement, les joueurs sont payés, mais dans le cas de Javier, ce serait fait de manière bénévole.»

Les enfants pourront quant à eux retrouver les bancs d'école, l'éducation étant un droit international, comme le stipule l'Article 26 de la Déclaration universelle des droits de l'homme. Tous auront accès aux cours de francisation, ce qui facilitera la tâche de Herrera lorsque viendra le temps de demander son permis de travail, une fois son statut de réfugié obtenu.

«Nous sommes tombés sous le charme de Trois-Rivières cet été, sourit le joueur étoile des Aigles, reconnaissant envers ceux qui s'impliquent pour la cause. Je me sens en sécurité chez vous et je veux contribuer à la société, je souhaite ardemment que mes enfants grandissent ici. Le froid ne me fait pas peur! En tout cas, beaucoup moins que la violence dans mon quartier au Venezuela...»

Autre texte sur la famille Herrera >>>

Partager

À lire aussi

  • Ivan Suaza confiant pour les Herrera

    Sports

    Ivan Suaza confiant pour les Herrera

    »

  • Les Herrera ne sont pas seuls

    Sports

    Les Herrera ne sont pas seuls

    Un vent de générosité souffle sur la famille de Javier Herrera, dont l'histoire racontée dans Le Nouvelliste de jeudi a touché un grand... »

  • Les Patriotes aideront les Herrera

    Sports

    Les Patriotes aideront les Herrera

    Déjà envahi par une immense vague de générosité, Javier Herrera et sa famille reçoivent maintenant l'appui des Patriotes de l'UQTR. Les équipes... »

  • Moment de vérité pour les Herrera

    Sports

    Moment de vérité pour les Herrera

    Cliniques de baseball, emballage de cadeaux au centre commercial et séances d'autographes dans les supermarchés. Depuis huit semaines, le joueur des... »

  • La requête de la famille Herrera rejetée

    Sports

    La requête de la famille Herrera rejetée

    La demande d'asile politique de Javier Herrera a été rejetée. Le juge de la Commission à l'immigration, qui a entendu la cause du joueur des Aigles... »

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer