Marche mondiale des femmes: «On a voilé les véritables problèmes»

Les premiers participants à la 4e édition de... (Photo: Andréanne Lemire)

Agrandir

Les premiers participants à la 4e édition de la Marche mondiale des femmes arrivaient à peine au parc portuaire de Trois-Rivières que des milliers d'autres suivaient derrière jusqu'à la rue des Forges.

Photo: Andréanne Lemire

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Trois-Rivières) Elles sont des millions dans le monde à qui l'on refuse l'exercice des droits les plus fondamentaux. Droit à l'éducation, aux services de santé, à la justice, à l'emploi. Des millions de femmes qui vivent sous le joug de la violence domestique et sociale.

La directrice de la Table de concertation du... (Photo: Andréanne Lemire) - image 1.0

Agrandir

La directrice de la Table de concertation du mouvement des femmes de la Mauricie et organisatrice de la Marche, Joanne Blais.

Photo: Andréanne Lemire

Des millions de mères et de fillettes prisonnières de moeurs, de valeurs et de traditions réfractaires à l'égalité des sexes. Samedi, elles étaient plus de 10 000 dans les rues de Trois-Rivières pour crier sur tous les toits du monde: «Libérons nos corps!», dans le cadre de la quatrième édition de la Marche mondiale des femmes.

Parties du Parc de l'Exposition et prenant la direction du parc portuaire, elles ont marché en compagnie de leur père, conjoint, frère, fils, neveu, ami et voisin. Ensemble, ils et elles ont revendiqué la libération de leur corps, de leur terre et de leur territoire. Ils et elles ont scandé haut et fort pour contrer le capitalisme, le patriarcat, l'hétérosexisme, le racisme, l'âgisme, le colonialisme, le capacitisme (discrimination contre les personnes vivant avec un handicap) et autres systèmes asphyxiants qui n'ont cure de l'aspiration individuelle et légitime à l'autodétermination.

«Toutes ces formes d'oppression ont un impact sur la vie des femmes. C'est contre cela qu'il faut résister, c'est à cela qu'il faut dire non. Ce sont ces types d'oppression qui amènent les gouvernements à prendre des mesures d'austérité. Aujourd'hui, les femmes résistent, mais aussi se solidarisent. Elles mettent de l'avant des actions pour être fortes ensemble, pour changer les choses», souligne la directrice de la Table de concertation du mouvement des femmes de la Mauricie et organisatrice de la Marche, Joanne Blais.

Un message repris en coeur, samedi, par ces femmes et ces hommes venus des 17 régions administratives du Québec. Plus de 140 autobus avaient été chargés à bloc, sans oublier les citoyens d'ici, nombreux, qui se sont joints aux marcheurs. La file indienne s'étendait sur plusieurs centaines de mètres entre le point de départ de la marche et la ligne d'arrivée sur les rives du Saint-Laurent.

Le temps frisquet n'aura vraisemblablement pas refroidi l'ardeur des manifestants. Pour les réchauffer, un spectacle d'envergure les attendait sur une scène où plus de 70 artistes ont défilé, dont Fabiola Toupin, Monique Fauteux et Nicole O'Bomsawin, accompagnée de femmes Abénaquis aux tambours.

Commission d'enquête nationale

Les femmes des Premières Nations étaient nombreuses, samedi. Leur lutte: exiger du gouvernement fédéral une commission d'enquête nationale afin de faire la lumière sur les femmes autochtones disparues, voire assassinées au Canada.

Depuis 30 ans, elles sont près de 1200, un chiffre jugé conservateur, leur nombre ne cessant de croître. Parmi leur porte-parole, la présidente de Femmes autochtones au Québec, Viviane Michel.

«Notre présence ici est primordiale. Les enjeux de cette marche touchent vraiment les femmes autochtones disparues et assassinées. C'est vraiment une fierté que mes consoeurs québécoises se joignent à cette lutte-là. Nous réitérons encore une enquête nationale pour, justement, faire justice et assurer la sécurité des futures femmes qui peuvent être portées disparues. C'est un enjeu important. On a entendu, durant la campagne électorale, que certains partis allaient mettre de l'avant cette enquête dès qu'ils seront élus. J'ai hâte de voir, car sinon on se sera encore servi de la situation des femmes pour se faire du capital politique», soutient Mme Michel, en tenant dans ses mains une longue plume d'aigle, symbole de protection.

Du même souffle, Mme Michel ne compte pas dicter aux femmes autochtones un choix de vote, le 19 octobre, pour un parti ou pour un autre.

«On demande aux Premières Nations d'aller voter pour participer au changement», laisse-t-elle entendre.

Niqab et campagne électorale

Une campagne électorale, donc, qui aura été bien présente lors de cette quatrième Marche mondiale des femmes. De l'avis des intervenantes rencontrées, le sort des femmes aura été le parent pauvre de cette joute électorale de 78 jours.

Pour Mme Blais, les politiciens ont instrumentalisé à loisir les femmes, certains chefs de partis rappelant ad nauseam, la main sur le coeur, l'importance de l'égalité entre les sexes en utilisant l'exemple du niqab. Pendant ce temps, déplore-t-elle, personne n'a parlé des véritables enjeux qui minent le bien-être et le mieux vivre des femmes canadiennes.

«Les enjeux pour les femmes au Québec et au Canada, ce n'est pas le niqab. On parle de pauvreté, on parle de violence, on parle de femmes autochtones. Si on veut vraiment faire des actions pour les femmes, c'est dans ce sens-là qu'il faut aller. De faire l'association entre l'égalité et le port du voile, c'est passer à côté. Ça concerne tellement un nombre restreint de personnes... On n'est pas sur la bonne track.»

La présidente de la Fédération des femmes du Québec, Mélanie Sarazin, abonde dans le même sens.

«Cette histoire-là de niqab aura été une manière de ne pas discuter des vrais enjeux. Nous sommes très déçues. Les partis n'ont jamais parlé et ne se sont jamais engagés à poser des actions concrètes pour combattre la violence faite aux femmes, ni plus au niveau de la pauvreté. Pour nous, l'histoire du niqab... On a voilé les véritables problèmes.»

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer