Pyrrhotite et show de piasses

Stephen Harper... (Photo: Olivier Croteau)

Agrandir

Stephen Harper

Photo: Olivier Croteau

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Le premier ministre Stephen Harper ne pouvait s'arrêter une deuxième fois à Trois-Rivières sans devoir se prononcer sur le litigieux dossier de la pyrrhotite.

Le chef conservateur avait réussi à éviter de devoir en parler la première fois en ne permettant aucune question de la part des journalistes. Mais jeudi, après un discours devant quelque 200 militants, il n'a pu l'esquiver.

Cinq questions avaient été autorisées: quatre venant de la presse nationale, dont deux en anglais, et une dernière, la seule concédée à la presse régionale, de mon confrère du Nouvelliste, Martin Lafrenière, sur le problème.

Après avoir rappelé que c'était selon son gouvernement un dossier de compétence provinciale, mais que les problèmes de la pyrrhotite causés à la population étaient quand même une source de préoccupation, Stephen Harper s'est permis une légère ouverture en disant que «Dominic Therrien (son candidat dans Trois-Rivières) était la personne idéale pour gérer ce dossier à Ottawa».

C'était une réponse plutôt habile, car si elle n'implique aucun engagement formel de sa part, elle entrouvre quand même une possibilité qu'on puisse éventuellement consentir une aide aux 2000 victimes de la pyrrhotite. Sauf que pour cela, deux grandes conditions doivent d'abord être remplies. Que son gouvernement soit réélu et que Trois-Rivières vote pour Dominic Therrien. L'un sans l'autre, la porte se referme, aussi brutalement qu'elle l'a été jusqu'à présent par son gouvernement.

On peut y voir une certaine forme de chantage du genre: «Si tu veux que je règle ton affaire, vote du bon bord». Le message est assez clair. Si Dominic Therrien n'est pas élu, le dossier de la pyrrhotite ne sera pas reconsidéré par un gouvernement conservateur. Point final.

Depuis son entrée en campagne électorale, la pyrrhotite a toujours été une patate chaude pour le candidat conservateur et dans le dernier droit de la course, il lui fallait au moins offrir à ses électeurs une hypothèse de solution crédible. Dominic Therrien avait beau promettre qu'en tant qu'avocat, il serait en mesure de plaider pour la réouverture du dossier, il lui fallait quand même un signal du parti ou de son chef, qui n'était pas encore pas venu, que ce serait possible.

Dans les derniers milles, les sorties des chefs de parti sont stratégiques, donc soigneusement choisies. Ils vont en général donner un petit coup d'épaule dans les circonscriptions qui ne sont pas tout à fait acquises, mais qui pourraient basculer dans leur camp. On peut donc en déduire que les conservateurs analysent qu'ils pourraient leur être possible de remporter le siège de Trois-Rivières avec Dominic Therrien. Il ne faut donc pas s'étonner que Stephen Harper se soit résigné à s'étirer le cou dans le dossier de la pyrrhotite, sans aller toutefois jusqu'à vraiment poser sa tête sur le billot.

À l'exception de la période de Pierre-H. Vincent, qui a été élu à deux reprises dans les années 80 avec des pourcentages de votes très élevés, même de près de 70 % en 1988, on ne peut pas dire que le fond bleu à Trois-Rivières ait été bien réel et constant. À moins de remonter à l'époque de Léon Balcer, qui a été élu député conservateur de 1949 à 1965, Trois-Rivières a surtout été libérale ou bloquiste, jusqu'à 2011. Mais il lui arrive d'avoir des sursauts, comme en 2006, quand le candidat Luc Ménard avait reçu 32 % des bulletins.

La caravane de Stephen Harper s'est donc arrêtée à Trois-Rivières jeudi. On peut donner à caravane le sens qui plaît à chacun. Car on aurait assisté au débarquement d'une troupe de théâtre et à une représentation de sa part que ç'aurait été très semblable. Tout est parfaitement contrôlé. Des victimes de la pyrrhotite venues avec des pancartes tenter de sensibiliser le premier ministre avaient déjà été dispersées à son arrivée. Les journalistes, dûment indentifiés puis accrédités, avaient été confinés dans un espace restreint jusqu'à ce qu'on les autorise à se rendre à la salle de spectacle... pardon, de représentation politique. Le temps de soumettre leurs équipements au nez fin d'un chien renifleur et à la torche d'un agent de la GRC. Quand c'est l'as de la sécurité qui parle, c'est pas le moment d'en manquer.

La salle était évidemment un peu trop petite pour le monde qu'on allait y accueillir. Cela a l'avantage qu'avec les puissants éclairages braqués sur la scène du chef, ça génère une salle déjà réchauffée pour le spectacle quand la vedette arrive.

Car à Trois-Rivières, comme il le fait depuis trois jours, Stephen Harper a reproduit son «show de piasses». À chaque mesure fiscale mentionnée que les libéraux de Justin Trudeau ont promis d'abolir, un militant père de famille jette des dollars sur la table au son de caisses enregistreuses. Plus les dollars s'accumulent, plus la foule des militants spectateurs s'agite et en redemande. Un bon show.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer