Les défis de Vincent Godin

Vincent Godin... (Photo: François Gervais, Le Nouvelliste)

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Vincent Godin

Photo: François Gervais, Le Nouvelliste

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(Trois-Rivières) Vincent Godin est un habitué des grands défis. En juillet dernier, le jeune homme de 20 ans traversait le golfe du Saint-Laurent à la nage pour sensibiliser la population à la dysphasie, un trouble primaire du langage avec lequel il doit composer tous les jours. Le 20 octobre prochain, Vincent relèvera un autre défi de taille: persuader le ministre de l'Éducation que les jeunes dysphasiques ont aussi droit d'entreprendre des études postsecondaires.

Sans conteste, Vincent est doué pour la communication. Une véritable passion chez lui. Trouble primaire du langage, dites-vous? Le jeune Trifluvien n'en montre pas moins une fluidité d'expression plutôt rare, même lorsqu'on le compare aux personnes qui ne vivent pas avec la dysphasie. Le nageur souhaiterait enrichir cette passion en acquérant les outils pédagogiques offerts dans le cadre d'un programme d'études postsecondaires.

Le hic: certains jeunes dysphasiques qui terminent leurs études secondaires ne disposent pas, à l'instar de leurs camarades du programme régulier, d'un diplôme qui leur permettrait d'entamer des études au Cégep. Résultat: lorsqu'il a voulu s'inscrire comme auditeur libre au Cégep de Trois-Rivières, on lui a tout gentiment fermé la porte au nez.

Refusant ce refus, Vincent n'a fait ni une, ni deux, et s'est tourné vers la plus haute instance du système d'éducation publique: le ministre de l'Éducation lui-même, François Blais. Ce dernier l'accueillera à son bureau de l'Assemblée nationale le 20 octobre. Un rendez-vous au sommet qui n'indispose guère Vincent, puisqu'il a déjà discuté avec Pauline Marois en juillet 2013, alors première ministre. En octobre 2014, il serrait la main du premier ministre Philippe Couillard, sans compter les quelques brasses réalisées avec Pierre Karl Péladeau l'été dernier.

Si deux ans d'entraînement auront été nécessaires pour franchir les 86 kilomètres qui séparent le continent de l'île du Havre-Aubert aux Îles-de-la-Madeleine, Vincent garantit qu'il sera fin prêt pour faire entendre raison au ministre Blais.

«Mon objectif, c'est de lui demander d'alléger les conditions d'admissibilité aux études supérieures. Je veux qu'on assure une plus grande ouverture, entre le niveau secondaire et le niveau du Cégep. Entre ces deux portes, c'est souvent plus difficile pour les gens qui vivent un trouble de l'apprentissage, dont la dysphasie, d'accéder aux études supérieures. Je souhaiterais qu'on instaure des programmes d'auditeurs libres. J'aimerais implanter un tel programme au Cégep de Trois-Rivières», explique Vincent Godin.

Notons qu'à l'université, par exemple, un statut d'auditeur libre permet à un individu de suivre un cours, moyennant déboursé, sans obtenir de crédit ni être, de surcroît, soumis aux évaluations. Le Cégep de Rivière-du-Loup propose déjà une formule pour auditeurs libres. Moyennant 2 $ de l'heure et des frais administratifs de 30 $, les étudiants peuvent suivre une trentaine de cours, dont certains issus du programme arts, lettres et... communication.

Pour Vincent, les coûts associés au programme qu'il rêve de mettre en place sont nettement inférieurs aux coûts reliés au sacrifice d'une génération de jeunes élèves qui se lèvent et se couchent avec la dysphasie. «C'est sûr qu'implanter un tel programme, ça va coûter des sous, mais combien ça va coûter, plus tard, de scraper une génération maintenant?», se questionne-t-il.

«Moi je veux voir la lumière au bout du tunnel. Même si je n'ai pas atteint mon secondaire 5, je suis bon dans quelque chose. J'ai des compétences, alors pourquoi je ne pourrais pas poursuivre mes études au Cégep? Pourquoi pas? Si on implantait ce genre de programme, peut-être que les jeunes dyphasiques seraient plus heureux et aimeraient plus l'école. C'est difficile de savoir qu'à 16 ou 17 ans, tu termines ton secondaire, tu n'as pas accès au Cégep et que tu t'orientes dans des emplois comme aide-cuisinier», croit Vincent. «Moi, je voudrais aller plus loin.»

Ainsi, le jeune Trifluvien souhaiterait parfaire ses techniques en communication. Qui plus est, si on lui en donnait l'occasion, il perfectionnerait ses connaissances en sciences politiques, lui qui ne cache pas lorgner vers une carrière dans les affaires publiques. «Je suis bon là-dedans, j'adore ça, mais il y a toujours place à l'amélioration. Je suis beaucoup la politique, surtout à ce temps-ci de l'année. Je voudrais seulement suivre un cours pour mes connaissances générales», admet-il.

«Je ne me mets pas de limite», lance-t-il. «Si ça marche avec le ministre, tant mieux, si ça ne marche pas, je vais continuer. Je me rapproche de mon but. Je fonce parce que j'y crois, à ma cause, j'y crois, aux capacités des jeunes dysphasiques. En nageant 86 kilomètres, j'ai fais connaître la dysphasie, maintenant je veux agir. J'ai rencontré deux premiers ministres, j'ai nagé avec Pierre Karl Péladeau, et là je me retrouve encore chez moi à me battre pour accéder aux études supérieures. Maintenant, il faut que ces rencontres rapportent quelque chose. Si ce n'est pas concluant le 20 octobre, je vais lancer une pétition pour aller droit au but.» 

Pour Suzanne Maltais, qui pilote le projet DysphaVie en collaboration avec l'Association québécoise de la dysphasie section Mauricie et Centre-du-Québec, l'idée de Vincent Godin n'est pas mauvaise, bien que les jeunes dysphasiques peuvent déjà bénéficier, entre autres, de cours en ligne pour enrichir leurs connaissances personnelles. À son avis, le système d'éducation aurait plutôt avantage à embaucher des orienteurs ferrés en dysphasie pour bien guider les élèves concernés dans leur vie professionnelle future.

Notons par ailleurs que le projet de Mme Maltais vise à intégrer dix jeunes dysphasiques dans autant d'entreprises afin de leur ouvrir une porte supplémentaire pour accéder à l'autonomie professionnelle. Certaines places sont encore disponibles. Pour plus de détails sur ce projet-pilote, ou pour s'inscrire, on communiquera avec Mme Maltais au 819-378-6046, ou avec André Fleury, président de l'Association québécoise de la dysphasie section Mauricie et Centre-du-Québec au 819-378-2974.

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