Eaux usées dans le fleuve: les maires de la région préoccupés

Le maire de Louiseville, Yvon Deshaies, songe à écrire une lettre de... (PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE)

Agrandir

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Trois-Rivières) Le maire de Louiseville, Yvon Deshaies, songe à écrire une lettre de remontrance au ministre de l'Environnement pour dénoncer le passe-droit accordé à la Ville de Montréal, qui déversera 8 milliards de litres d'eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent. Le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, quant à lui, est passé de la parole aux actes. Hier, il a fait parvenir au ministre David Heurtel une missive où surprise, inquiétude et questionnements vont de pair.

Le maire de Louiseville, Yvon Deshaies.... - image 1.0

Agrandir

Le maire de Louiseville, Yvon Deshaies.

Jean-Guy Dubois... (Émilie O'Connor) - image 1.1

Agrandir

Jean-Guy Dubois

Émilie O'Connor

«Nous dépendons grandement du fleuve puisque nous y puisons directement notre eau», écrit d'une seule voix le conseil municipal de Bécancour. Joint au téléphone, le maire Dubois ajoute à cette appréhension sa surprise d'avoir appris la nouvelle du déversement par le truchement des médias, «en même temps que Kuujjuaq». À l'étonnement, il faut aussi additionner un chapelet de questions qui demeurent, à l'heure qu'il est, sans réponse.

«On ne veut pas être alarmiste. Le but ce n'est pas de tout virer à l'envers. Si ça a de l'allure, s'ils ont fait les analyses, s'ils sont sérieux, s'ils ne menacent pas notre prise d'eau, si, si, si tout ça, s'ils respectent ça, eh bien qu'ils viennent nous voir. On veut avoir un état complet de la situation. Et pour ça, on veut avoir quelqu'un de responsable, qu'ils délèguent quelqu'un en autorité pour nous répondre. On ne veut pas s'adresser à une secrétaire», fulmine M. Dubois, en rappelant que six municipalités situées entre Montréal et Québec pompent leur eau potable dans le Saint-Laurent.

Tenu dans l'ignorance, M. Dubois ignore les tenants et les aboutissants de ces milliards de litres d'eaux usées qui couleront, entre le 18 et le 25 octobre, devant chez lui. «Quels seront les impacts sur la faune et sur la flore?», renchérit-il. «Et puis, s'il y a un bon orage au milieu des travaux, ça peut déborder, il peut arriver à peu près n'importe quoi. On ne le sait pas. Est-ce qu'il y a eu des mesures de mitigation [i.e. atténuation des effets]? On ne le sait pas. J'ai parlé à personne, personne, personne.» Tout au plus, hier matin, un accusé de réception automatique envoyé par le ministère de l'Environnement est-il entré dans sa boîte courriel.

Un son de cloche repris par le maire de Nicolet, André Drouin. Même si sa municipalité ne prend pas son eau potable dans le fleuve, elle touche du moins le flanc nord du lac Saint-Pierre, réserve mondiale de la biosphère de l'UNESCO. «C'est très triste qu'il [le lac Saint-Pierre] se transforme en égout à ciel ouvert», note d'emblée M. Drouin. «Qu'est-ce qui va se passer s'il y a un problème? Qui va l'avoir, le trouble? Parlez-nous! Dites-nous qu'il n'y en a pas de problème et dites-nous comment vous avez envisagé toutes les solutions aux différentes situations qui pourraient se présenter.»

Roger Michaud... - image 2.0

Agrandir

Roger Michaud

Le maire de Nicolet, Alain Drouin.... - image 2.1

Agrandir

Le maire de Nicolet, Alain Drouin.

Le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, n'a pas changé d'avis depuis sa sortie de la semaine dernière. Il estime que le lac Saint-Pierre, qu'il décrit comme «un écosystème fragile», sera grandement affecté par les déversements d'eaux usées. «Le lac Saint-Pierre agit comme un bassin de rétention. L'eau est si peu profonde, que les sédiments vont s'y déposer plus facilement», soutient-il en ajoutant que la crédibilité du ministère sortira perdante de ces événements.

«Deux poids, deux mesures»

Au-delà de l'aspect environnemental, le maire de Louiseville, à l'instar de son homologue de Trois-Rivières, est persuadé que ce dossier témoigne de l'attitude débonnaire du gouvernement envers une grande ville comme Montréal. «C'est deux poids, deux mesures», mentionne Yvon Deshaies. «La loi, c'est pour tout le monde», tranche-t-il.

«Le ministère de l'Environnement nous demande de régler le dossier des maisons qui rejettent leur eau directement dans la rivière. Je n'ai rien contre. Mais on frappe sur une petite ville et une grosse ville fait ce qu'elle veut. C'est décevant.»

Un point de vue partagé par Jean-Guy Dubois. «Pendant ce temps, nous sommes censurés ad nauseam par le ministère de l'Environnement qui crie au scandale pour chaque quenouille ou grenouille de nos milieux dits humides qu'on oserait toucher», écrit-il.

Le maire de Louiseville salue le geste de son homologue de Bécancour. Une action qui pourrait être imitée par le conseil de Louiseville. Idem pour Nicolet. «Il y aura une deuxième étape, éventuellement», assure Alain Drouin. 

Le maire de Maskinongé, Roger Michaud, a également son idée sur le sujet. «Si l'Environnement donne son aval, c'est qu'il doit avoir de bonnes raisons», pense celui qui est également pêcheur commercial. Même s'il est en désaccord avec ce projet de déversement, il rappelle que cet événement ne sera pas le premier en la matière. Lorsque Montréal est confrontée à de fortes pluies, une bonne partie de l'eau usée se retrouve dans le fleuve. Sans compter qu'en 2003 et en 2007, Environnement Canada avait approuvé pareils procédés.

«Avec le volume d'eau du fleuve, ça pollue un peu, mais tu ne vis pas dans ça à l'année. Les poissons ne sont pas contaminés tant que ça», affirme M. Michaud.

Le maire de Bécancour, lui, ne se contentera pas de la couleur des poissons. C'est pourquoi il demande au ministère des preuves concrètes et scientifiques spécifiant que ce déversement d'égout n'aura pas d'impact sur l'eau «cinq étoiles» de sa municipalité. «Nous n'attendons rien de moins de notre ministre», conclut-il.

Le fédéral«préoccupé»

Interrogé sur ce déversement de 8 milliards de litres d'eaux usées dans la nature, Environnement Canada a répété, hier, qu'il ne pouvait pas «autoriser» ce type de rejets, alors que le lieutenant de Stephen Harper au Québec, le ministre Denis Lebel, s'est dit «très préoccupé» par cette décision prise par la Ville de Montréal. De son côté, le maire Denis Coderre assure que Montréal travaille à «finaliser» le dossier avec Environnement Canada.

«Beaucoup d'espèces vivent dans le fleuve et des gens naviguent le fleuve, y pêchent et s'adonnent aux sports nautiques. Ils sont préoccupés avec raison», écrit Denis Lebel par voie de communiqué. «Nous sommes très préoccupés par la situation», ajoute le ministre.

«On n'a pas le choix», a aussitôt répliqué, hier, le maire Coderre pour clore la conversation.

Avec La Presse et Gabriel Delisle

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer