Propos de Guy Julien envers une journaliste: «De la misogynie répugnante»»

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Guy Julien, vice-président du Groupe RCM, à gauche sur la photo.

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(TROIS-RIVIÈRES) Le comportement de l'ancien ministre Guy Julien envers une journaliste de Radio-Canada, jeudi dernier, au cours d'une conférence de presse, suscite de vives réactions. Pour une, la présidente du Conseil du statut de la femme et ex-journaliste Julie Miville-Dechêne, qualifie les actions de Guy Julien de «misogynie répugnante».

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La présidente du Conseil du statut de la femme et ex-journaliste Julie Miville-Dechêne.

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«La première chose qui est horripilante, c'est que cet homme-là a dépassé les bornes en touchant cette journaliste et en ayant un acte qu'on peut considérer comme paternaliste, d'une certaine façon, en lui flattant les cheveux», dit-elle.

M. Julien a ainsi démontré qu'il croyait avoir le droit de toucher au corps de cette femme, «ce qui était non indiqué, déplacé et certainement une forme de harcèlement», analyse la présidente du CSF.

«C'est carrément de l'intimidation que M. Julien fait», estime Mme Miville-Dechêne.

Radio-Canada avait fait état, en juin, qu'Yvon Picotte et Guy Julien reçoivent des jetons de présence pour siéger, au nom du Groupe RCM, au conseil d'administration de Soleno Recyclage, une situation qui n'est pas illégale, mais qui a suscité des questionnements sur le plan éthique.

Lors de la conférence de presse de jeudi dernier, M. Julien aurait fait savoir à la journaliste Marie-Claude Julien que le reportage en question était «une despires affaires de salissage de ma vie.»

«C'est clairement une façon d'intimider la journaliste pour qu'elle ne fasse pas son travail», analyse Mme Miville-Dechêne.

M. Julien aurait fait une accolade non sollicitée et non réciproque en lui flattant les cheveux. Par la suite, il lui aurait dit: «Je te regardais à la télé, la semaine passée, pis t'a grossi, toi. T'as engraissé.»

Coordonnatrice au Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, Joëlle Boucher-Dandurand n'hésite pas à qualifier l'ensemble des gestes qu'auraient posés Guy Julien «d'agression» voire de «violence psychologique.»

Elle explique ces qualificatifs du fait qu'on peut facilement voir le lien entre le geste posé par M. Julien et les démarches entreprises par la journaliste. «Ce n'est pas banal», assure-t-elle.

«On peut voir là-dedans du harcèlement sexuel et il y a vraiment une violence psychologique derrière ce geste-là. C'est une agression. Le contact n'était pas désiré et l'on voit tout le pouvoir qu'il essaie d'avoir sur elle en faisant des commentaires comme ça sur son corps», dit-elle. Il s'agit, explique-t-elle, d'une tentative de la «déstabiliser complètement, de l'arrêter dans ses démarches ou de lui enlever sa confiance en elle devant la caméra, dans son métier», explique la porte-parole du CALACS.

Selon Mme Boucher-Dandurand, le fait d'avoir flatté les cheveux, d'avoir eu un contact physique avec la tête de la journaliste et de critiquer son poids visait à «la déstabiliser, à démontrer qu'il avait du pouvoir sur elle. C'est toujours ces commentaires-là qui reviennent. Les insultes enversles femmes, c'est toujours au niveau de l'apparence physique», dit-elle.

«On le voit dans les métiers publics, on le voit pour les politiciennes. Les insultes sont toujours au niveau de l'apparence physique ou de leur sexualité», indique Mme Boucher-Dandurand.

La chef des services français de Radio-Canada pour la Mauricie, Nancy Sabourin, a envoyé une demande d'excuses à Guy Julien et Yvon Picotte, la semaine dernière. Le micro de Radio-Canada a en effet capté une conversation, en début de conférence de presse, entre les deux hommes où l'on entendrait M. Picotte dire: «C'est elle qui nous a beurrés?» et M. Julien de répondre: «Oui. Je lui ai dit qu'elle avait engraissé. Elle était en tabarnak.» L'échange s'est terminé par un éclat de rire.

Mme Sabourin indique que M. Picotte a fait parvenir une lettre d'excuses vendredi. «La lettre est à notre satisfaction et elle a été transmise à la journaliste», précise-t-elle.

Toutefois, lundi matin, sur les ondes du 106,9 FM, Yvon Picotte ne s'excusait plus. «Si elle est frileuse à ce point-là, elle devrait travailler ailleurs», a-t-il dit en parlant de la journaliste et en se plaignant au passage de «la stupidité de la Fédération professionnelle des journalistes qui me reproche d'avoir rigolé.»

Mme Sabourin a entendu ces propos. «Je n'avais pas l'impression d'avoir la même personne devant moi», dit-elle.

brigitte.trahan@lenouvelliste.qc.ca

Le Groupe RCM ne cautionne pas les propos de Julien

Le Groupe RCM a émis un bref communiqué de presse, lundi, indiquant qu'il «ne cautionne pas les remarques formulées» par son vice-président, Guy Julien.

RCM «ne nie pas le propos tenus personnellement par son vice-président», lit-on dans le communiqué. Le président, Yvon Picotte, «préfère toutefois que le principal intéressé donne sa version des faits publiquement.»

Il était impossible de parler à Guy Julien lundi. Selon le communiqué, ce dernier est partie en retraite fermée pour y faire un jeûne. Son retour est prévu mercredi.

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