Organismes communautaires: «On est tanné, on est écoeuré»

Ils étaient près de 200 adolescents, de La... (Photo: Émilie O'Connor Le Nouvelliste)

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Ils étaient près de 200 adolescents, de La Tuque à Ham-Nord, à manifester devant les bureaux du député Jean-Denis Girard, lundi, pour revendiquer un meilleur financement des maisons de jeunes du Québec.

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Olivier Gamelin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Dès le printemps, ils promettaient un automne chaud, les organismes communautaires. Chaud pour le gouvernement du Québec qui, dans sa volonté de restructurer les finances de l'État, laisse tomber le couperet sur leurs subventions. Lundi, l'automne a donc frappé à la porte du député de Trois-Rivières, dans le cadre d'une manifestation organisée conjointement par la Table régionale des organismes communautaires Centre-du-Québec-Mauricie (TROC-CQM) et le Regroupement des maisons de jeunes du Québec (RMJQ).

On ne l'attendait que le 23 septembre, l'automne. Pourtant, les adolescents fréquentant les maisons de jeunes ont ouvert la marche des manifestations claironnées de longue date par les organismes communautaires et autres groupes de pression. Ainsi, la TROC-CQM exige de plus belle une augmentation du financement étatique à la mission des organismes communautaires oeuvrant dans la sphère de la santé et des services sociaux.

Une exigence reprise en choeur, lundi, par quelque 200 jeunes âgés de 12 à 17 ans devant le bureau du député de Trois-Rivières, Jean-Denis Girard. Leur message: financer la jeunesse, «ça rapporte». Pour le directeur général du RMJQ, Nicholas Legault, les contrecoups de l'austérité se font déjà sentir sur le terrain, une dizaine de maisons de jeunes ayant dû mettre la clé sous la porte.

«On parle également de la diminution des heures d'ouverture, donc de la diminution des services aux jeunes, car les maisons de jeunes ne sont plus capables de payer le personnel ou les activités. Sans compter un roulement de personnel incroyable. Il ne faut pas oublier que les maisons de jeunes sont basées sur un lien significatif avec les ados, alors s'il y a un roulement de personnel trop grand, un moment donné, ce lien-là se perd et les jeunes se retrouvent sans service», déplore M. Legault.

Cette réalité est devenue le quotidien de la maison de jeunes Alternative-Jeunesse, située rue Royale à Trois-Rivières. Depuis six ans, pas moins de six intervenants se sont relayés au sein de l'organisme. Pour le coordonnateur François Doucet, qui travaille depuis vingt ans avec les adolescents, ce sont d'abord les jeunes qui payent le prix de ce va-et-vient constant. L'an prochain, M. Doucet ne sait pas s'il pourra compter sur les mêmes animateurs. Plus grave encore, il ignore si les liens de confiance tissés entre ses intervenants et les jeunes Trifluviens pourront être formés à nouveau.

«Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'on ne revendique pas pour des meilleurs salaires. Si une jeune vient confier à mon animatrice, par exemple, qu'elle a été abusée par son beau-père, eh bien quand mon animatrice s'en va... Nous, on essaie de faire le lien en arrière, mais ce n'est pas vrai que la jeune va être aussi à l'aise de parler à une nouvelle animatrice qu'avec l'autre qui est partie. S'en est une, ça, une conséquence du sous-financement. Les liens de confiance sont tout le temps brisés», indique M. Doucet, ajoutant que depuis vingt ans, les problématiques jeunesses sont de plus en plus lourdes et, surtout, surviennent de plus en plus jeune.

La semaine dernière, alors qu'il assistait au Congrès-Jeunes du Parti libéral du Québec, le premier ministre Philippe Couillard avait commenté la chaleur automnale pressentie. Questionné à savoir s'il souhaitait que les derniers jours caniculaires aient refroidi l'ardeur des manifestations prévues à l'automne, M. Couillard avait alors mentionné que, contrairement aux années précédentes, le gouvernement avait maintenu le dialogue tout l'été. Automne chaud ou pas, il avait prévenu que le gouvernement allait garder le cap.

«Traditionnellement, pendant l'été, les négociations arrêtent, mais de façon consensuelle, autant le gouvernement que le mouvement syndical avons décidé de continuer le travail pendant l'été», signalait alors M. Couillard au Nouvelliste. «Quant au climat de l'automne, ce sera au mouvement syndical d'en décider. Nous, on est là pour refléter les intérêts de toute la population du Québec.»

D'autres actions à venir

La TROC-CQM n'entend pas refroidir ses ardeurs durant les prochaines semaines. D'autres marches de protestation sont à l'horaire tous les lundis jusqu'au 30 novembre. «Nous voulons mettre de la pression», insiste le coordonnateur de la TROC-CQM, Renaud Beaudry. «Ce qu'on lance comme message au gouvernement, c'est qu'on est tanné, on est écoeuré. La preuve, c'est qu'on a décidé de se mobiliser», conclut M. Beaudry avant de frapper à la porte du ministre Jean-Denis Girard.

olivier.gamelin@lenouvelliste.qc.ca

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