«La violence n'a pas de sexe»

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Pour Yves (nom fictif), la route a été longue avant de pouvoir comprendre et assumer ce qu'il a vécu.

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Laurie Noreau
Le Nouvelliste

(TROIS-RIVIÈRES) Yves (nom fictif) mène une véritable croisade afin de témoigner de la violence dont il a été victime pendant un an et demi. Il souhaite changer le discours qui affirme que ce sont toujours les femmes qui sont victimes de violence conjugale. Sexisme, intimidation, menaces de mort: son chemin est parsemé d'embûches pour transmettre son message.

S'il peut en parler avec autant de lucidité aujourd'hui, la route a été longue avant de pouvoir comprendre et assumer ce qu'il a vécu. Très longue. Cela fait maintenant trois ans qu'il affirme être sorti de l'enfer de la violence conjugale, mais les traces sont encore fraîches. «Je me suis senti carrément détruit. Ça a tout brisé les morceaux en dedans de moi. Depuis trois ans, j'essaie de recoller les morceaux», admet-il.

Plusieurs experts et psychologues l'ont aidé à réaliser ce dont il était victime dans sa relation. «Je ne savais pas ce qui se passait. Je savais qu'il y avait quelque chose de pas normal, mais depuis qu'on est né, l'éducation qu'on a eue, c'est que la violence conjugale, c'est juste des femmes qui la subissent. Quand vous ne savez pas ce qui se passe, vous ne pouvez pas aller chercher d'aide», réplique-t-il.

Isolement, humiliation en public, fausses accusations à la police, crises de jalousie démesurées, bris sur sa voiture: durant un an et demi, Yves aurait vécu un véritable calvaire. Même si son ex-conjointe n'en est jamais venue aux coups, la violence psychologique et émotive qu'elle lui aurait fait subir a laissé des cicatrices béantes. «J'avais tellement de stress et d'angoisse. J'étais terrifié.»

Il a souvent voulu quitter son ex-conjointe, mais il avait peur de sa réaction. «Je lui ai déjà dit que j'avais peur d'elle. Elle a ri de moi. J'avais peur de partir à cause de ses actions.»

Yves constate que la femme violente a énormément de pouvoir. «Elle disait que c'était moi qui étais violent, que j'étais un batteur de femmes et un batteur d'enfants. Elle menaçait de se suicider à cause de moi pour me faire sentir coupable. Elle jouait à la victime et, malheureusement, ça fonctionnait. Il y a du monde qui embarquait là-dedans, qui menaçait de me casser la gueule», raconte-t-il. «Alors on se plie, on se tait, on est soumis.»

Yves a donc enduré les insultes et les humiliations. Jusqu'au jour où un événement marquant l'a convaincu de quitter son ex-conjointe. Une fois seul, c'est là qu'il a réalisé l'ampleur des cicatrices de cette relation.

«Après la relation, c'était dur pour moi de reprendre confiance. J'ai eu peur... J'ai eu peur de tout. J'étais super méfiant. Je suis encore prudent. Surtout envers les femmes, mais avec tout le monde. Dans mes autres relations, je n'ai jamais eu de violence. Je ne pensais jamais un jour que j'aie à subir ça», avoue-t-il.

Yves n'est pas pressé d'entreprendre une nouvelle relation. «Je ne crois plus à l'être humain. Je ne crois plus à rien. Alors je prends mon temps. Avant, j'embarquais dans des relations trop vite.»

Maintenant qu'il a décidé d'en parler publiquement, c'est au jugement des autres qu'il est soumis. Les réactions fusent de toutes parts et sont souvent blessantes.

«C'est facile de juger. Des gens me traitent de menteur et me disent que les hommes violentés, ça n'existe pas. Que c'est l'homme agresseur et la femme victime. On est très sévère avec les hommes. De fermer les yeux et de l'ignorer, c'est du sexisme envers les hommes», plaide-t-il. «C'est paradoxal: je dénonce la violence faite aux hommes et je reçois des menaces de mort», rétorque l'homme de 40 ans.

«C'est toujours le discours macho: que ça ne se peut pas qu'un homme subisse ça, qu'un homme, c'est au-dessus de tout, que ça n'a pas d'émotions», énonce Yves.

Il espère que son témoignage encouragera d'autres hommes à faire le pas pour se sortir de ce cauchemar.

«Ça fait peur de le dire, mais je ne le regrette pas. Oui, il va y avoir des commentaires sexistes. Il ne faut pas s'arrêter à ça. Il ne faut pas avoir peur. J'encourage les hommes à appeler la police. Maintenant, les policiers sont sensibilisés à ça», assure-t-il.

Criminalité dans un contexte conjugal au Québec

- 21,7 % des victimes de violence conjugale sont des hommes. Donc une victime sur cinq est un homme.

- Depuis dix ans, le taux de victimes masculines a augmenté de 29,9 % tandis que le taux de victimes féminines a diminué de 1,2 %.

- Chez les victimes masculines, les voies de fait de niveau 2 arrivent au second rang (plutôt que les menaces), ce qui indique une gravité de la violence plus sévère à leur endroit.

- La proportion de victimes masculines a tendance à augmenter avec l'âge:

- De 30 à 39 ans, 78,7 % femmes, 21,3 % sont des hommes

- De 40 à 49 ans, 74,2 % femmes, 25,8 % sont des hommes

- De 50 à 59 ans, 68,8 % femmes, 31,2 % sont des hommesSelon un rapport de 2013 produit par le ministère de la Sécurité publique - Criminalité dans un contexte conjugal au Québec.

De l'aide difficile à trouver

Durant les trois dernières années, Yves (nom fictif) a bien tenté de trouver un endroit parmi les ressources de la région pour aider les hommes dans sa condition, mais il s'est rapidement rendu à l'évidence: «il n'y en a pas d'organismes. Ça en prend un. Mais si le gouvernement va plus dans les organismes pour hommes, il va piger dans les organismes de femmes», réalise-t-il, ce qu'il ne souhaite évidemment pas.

Les hommes victimes de violence conjugale ne savent donc souvent pas vers qui se tourner. Exaspérés, certains se présentent parfois là où on les y attend le moins. Même si le centre que dirige Robert Ayotte ne s'adresse pas du tout à cette clientèle, des hommes violentés viennent cogner à sa porte. En vain. Le directeur de L'Accord Mauricie, un centre d'aide pour conjoints à comportements violents, doit malheureusement les référer aux ressources des CLSC.

«On ne nie pas ce que ces hommes-là ont subi. À la limite de ce qu'il va vivre, on peut se retrouver avec quelqu'un qui va être très suicidaire donc il faut qu'il y ait un service qui soit donné. Pour les hommes, il n'y a pas énormément de choses qui existent», concède-t-il. «Je ne nierai jamais qu'il y a des femmes qui sont agressantes. Mais culturellement, ça en prend beaucoup pour dire que c'est la femme qui a agressé», reconnaît-il.

Il planche présentement sur projet d'organisme venant en aide aux hommes vivant des difficultés dans un processus de séparation. Ce dernier devrait voir le jour d'ici le printemps 2016.

Il n'est pas exclu que des hommes victimes de violence puissent y trouver leur compte.

Au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Mauricie-Centre-du-Québec, on assure que toute personne victime de violence conjugale est «accueilli à bras ouverts». «La violence conjugale, c'est une problématique qu'on considère très sérieuse et inacceptable que ce soit auprès d'un homme ou auprès d'une femme», assure Anne-Sophie Brunelle, conseillère en communication au CIUSSS-MCQ.

Accompagnement, ligne téléphonique et services psychologiques: ce sont tous des services dispensés par le CLSC.

Chaque territoire compte au moins un intervenant spécialisé en violence conjugale. Même si aucun organisme ne dessert spécifiquement la clientèle masculine, la porte n'est pas complètement close pour en mettre un sur pied.

«Quand il y a des problématiques ou des besoins qui émergent, se sont des réflexions qui peuvent se faire», constate Mme Brunelle.

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