Livraison du courrier à domicile: «ça préoccupe beaucoup de monde»

Le maire de Montréal, Denis Coderre, n'a pas... (Photothèque La Presse)

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Le maire de Montréal, Denis Coderre, n'a pas lésiné sur les efforts, jeudi, pour retirer une plaque de béton coulée par Postes Canada dans le parc éconature l'Anse-à-l'Orme afin d'y installer une boîte postale communautaire. Empoignant un marteau-piqueur, il a lui-même fracassé la structure bétonnée en dénonçant l'attitude «sauvage» de la société d'État qui ne l'avait pas informé préalablement.

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Olivier Gamelin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Les maires de la région ne chausseront pas leurs bottes de travail pour aller briser au marteau-piqueur les dalles de béton qui accueillent les boîtes communautaires de Postes Canada. À l'inverse du maire de Montréal, Denis Coderre, les élus municipaux se tiendront plutôt tranquilles sur cette question et ne feront pas déplacer journalistes et caméramans pour retransmettre leur coup d'éclat. En retour, la plupart des candidats aux élections fédérales, hormis les conservateurs, souhaitent en faire un enjeu de campagne.

Le Nouveau parti démocratique s'oppose vertement à la volonté de Postes Canada d'implanter des boîtes postales communautaires d'un océan à l'autre. La ville de Louiseville, coeur battant de la circonscription de Berthier-Maskinongé, sera la première à entendre le couperet tomber sur ce service. Déjà, le NPD s'engage à le rétablir d'un bout à l'autre du pays, et ce, dans les 12 ou les 24 premiers mois de son mandat, s'il est élu, bien sûr.

«Lorsque nous prendrons le pouvoir, nous rétablirons la livraison à domicile», promet Ruth Ellen Brosseau. «Nous considérons que c'est injuste pour les personnes âgées et les personnes à mobilité réduite. Plusieurs groupes dénoncent cette décision de Postes Canada. Nous avons vu le maire Coderre qui a fait une action un peu plus...disons musclée. Les régions, Louiseville, et là Montréal, ne sont pas consultées dans le processus d'installation des boîtes communautaires. Ce n'est pas une façon de faire», croit la candidate dans Berthier-Maskinongé.

Des personnes plus vulnérables

Un son de cloche qui résonne également dans les instances du Parti libéral du Canada. Le candidat dans Saint-Maurice-Champlain, François-Philippe Champagne, est d'avis que les personnes plus vulnérables paieront davantage pour cette décision. Il rapporte que les citoyens rencontrés dans le cadre de ses tournées de comté lui parlent régulièrement de cet enjeu et s'en inquiètent. Au PLC on pense que le service postal à domicile est «nécessaire», «essentiel» et, donc, on s'engage à le maintenir, si le parti est élu, bien sûr. 

«Ça préoccupe beaucoup de monde», remarque-t-il. «Si c'était une si bonne idée, d'autres y auraient pensé avant. Il doit certainement y avoir d'autres façons d'épargner de l'argent que de pénaliser les aînées et de pénaliser les gens en région», croit M. Champagne, qui considère que le geste de M. Coderre illustre bien le ras-le-bol des municipalités face à l'attitude «sauvage» de Postes Canada.

S'il est un point où Mme Brosseau et M. Champagne s'entendent, c'est que Postes Canada, une société d'État, obéit au doigt et à la lettre des conservateurs. De leur point de vue, la décision de Postes Canada répond moins d'un désir de rentabilité que d'une volonté politique de réduire la taille de l'État. «Quand ça fait l'affaire des conservateurs, ils disent que c'est eux-autres, et quand ça ne fait pas leur affaire, ils disent que c'est une société d'État. C'est quand même un choix de société qu'on est en train de faire», déplore le candidat dans Saint-Maurice-Champlain.

Même s'il admet d'emblée que la question tracasse peu ou prou les électeurs qu'il salue sur le terrain, le candidat bloquiste dans Bécancour-Nicolet-Saurel abonde dans le même sens. Ainsi, Louis Plamondon rappelle que la direction prise par Postes Canada «a révolté du monde, y compris moi». «Ç'a été tellement mal annoncé, brutalement, sans consultation. Du jour au lendemain, on ne passe pas de cinq jours à trois jours par semaine, ensuite à deux jours, non, brutalement, pop! C'est fini les postes!»

Décision judicieuse

Pour Dominic Therrien, Postes Canada ne répond pas à une commande du gouvernement, mais à ses propres règles édictées par son propre conseil d'administration. Tout compté, à la lumière du milliard de lettres et des poussières que les facteurs distribuent en moins, Postes Canada a pris une décision judicieuse. D'autant plus que parmi les centaines, voire les milliers d'électeurs que le candidat conservateur dans Trois-Rivières dit avoir rencontrés depuis le début des hostilités électorales, d'aucun ne lui parle de livraison postale à domicile.

«Sur le terrain, les gens me parlent beaucoup d'économie, de la situation économique de Trois-Rivières, de ce qu'on peut faire pour améliorer l'emploi, nos plans stratégiques pour ça, et d'autres dossiers comme la pyrrhotite, mais il n'y a personne qui me parle de Postes Canada.»

Tiédeur municipale

Rejoint par Le Nouvelliste, certains maires de la région estiment que la livraison postale à domicile n'est guère un enjeu électoral d'actualité dans leur municipalité. Dans la partie urbaine de Nicolet, «on n'a jamais eu la livraison à domicile, alors...», résume Alain Drouin, maire de Nicolet. «Comme maire, on répond aux préoccupations citoyennes. Ici, il n'y a pas eu de bruit à ce propos, du moins je ne me souviens pas d'en avoir entendu.»

Même s'il considère les postes «comme un service essentiel», Jean-Guy Dubois, de Bécancour, «ne vit pas de drame» en matière postale. «Ce n'est pas la guerre ouverte d'aucune façon avec Postes Canada ici.» Idem pour Yvon Deshaies. «C'est beau faire la guerre, il ne faut pas faire la guerre pour rien non plus», confie le maire de Louiseville.

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