Le Chaulk Determination lève l'ancre

Le Chaulk Determination doit quitter le port de... (Photo: Olivier Croteau Le Nouvelliste)

Agrandir

Le Chaulk Determination doit quitter le port de Trois-Rivières vendredi, pour mieux y revenir dans quelques jours, mais... en pièces détachées.

Photo: Olivier Croteau Le Nouvelliste

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Olivier Gamelin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Il doit lever l'ancre ce vendredi, le tristement célèbre Chaulk Determination. Après avoir sombré dans les eaux hivernales du port de Trois-Rivières, après plus de huit mois passés à quai à se refaire une beauté, après des millions $ investis pour que l'épave puisse reprendre la mer dans un dernier voyage, la carcasse du remorqueur voguera jusqu'à son port ultime, soit le chantier Verreault Navigation aux Méchins, où elle sera tailladée en morceaux et revendue à la pièce.

Guy Boisvert, propriétaire de la compagnie trifluvienne qui... (Photo: Stéphane Lessard Le Nouvelliste) - image 1.0

Agrandir

Guy Boisvert, propriétaire de la compagnie trifluvienne qui découpera le Chaulk Determination en petits morceaux, Construction et Démolition GB.

Photo: Stéphane Lessard Le Nouvelliste

Placées entre les mains de la compagnie trifluvienne Construction et Démolition GB le 20 juillet dernier, les 680 tonnes du Chaulk Determination quitteront enfin le port de Trois-Rivières. Guy Boisvert, propriétaire de Construction et Démolition GB, suivra l'épave jusqu'au Bas-Saint-Laurent où il se chargera de découper au chalumeau les 550 tonnes de métal qui composent le remorqueur. Un travail en cale sèche d'un peu plus d'une semaine, réalisé 24 heures sur 24. Ensuite, le Chaulk Determination, qui sera alors en pièces détachées, regagnera le port de Trois-Rivières où il sera stocké et négocié à l'étranger, «pour avoir un meilleur prix», souligne M. Boisvert.

L'Administration portuaire de Trois-Rivières (APTR), qui compte suivre à la trace toutes les étapes à venir, de Trois-Rivières aux Méchins et des Méchins à Trois-Rivières, se réjouit que le fantôme du Chaulk ressurgisse et hante à nouveau ses installations, cette fois sous forme de gravats métalliques. «Au port, nous avons comme marchandises plein de choses, entre autres du métal qui est exporté en Chine et ailleurs pour y être recyclé. Donc, ironie du sort, si le navire revient, tant mieux parce que ça va générer de l'activité au port», mentionne François Jacob, directeur des communications à l'APTR.

Jeudi, en avant-midi, un inspecteur de Transports Canada est monté à bord du navire pour constater si les travaux de mise à niveau et de nettoyage effectués par Construction et Démolition GB répondaient aux normes. Un autre contrôleur, cette fois de Verreault Navigation, est également venu s'assurer que le remorqueur qui traînera le Chaulk sur plus de 560 kilomètres soit suffisamment équipé pour le voyage.

«Le rôle de Transports Canada est de s'assurer que les dispositions réglementaires en vertu de la Loi sur la marine marchande du Canada et de la Loi sur la protection de la navigation soient appliquées rigoureusement. Afin que le déplacement du Chaulk Determination se fasse en toute sécurité, le Ministère exige des mesures concrètes, notamment un plan de remorquage», indique Lyne Montpellier, conseillère en communication à Transports Canada.

À quelques petits détails près, comme l'installation d'une échelle de corde à la poupe ou des lumières de navigation supplémentaires, le Chaulk Dertermination a reçu l'estampe de l'institution fédérale et pourra naviguer à nouveau jusqu'aux Méchins, une odyssée d'environ trois jours.

En comptant un bond en arrière d'une semaine sur l'horaire prévu, Guy Boisvert se dit très heureux de ce premier contrat réalisé dans l'univers maritime. «Ça s'est très bien passé. Nous n'avons pas eu de surprise, pas de pépin», plaide-t-il. «Les prochaines étapes, c'est qu'on part d'ici, on s'en va là-bas, on va mettre le navire sur des blocs dans une cale, un peu comme dans une écluse, on descend avec notre machinerie, on découpe tout ça, on sort avec le métal et on vend tout.»

En effet, tout est à vendre.

M. Boisvert mentionne que plusieurs personnes se sont montrées intéressées, tantôt par des artéfacts divers comme la barre de commande, les hublots ou le système de géolocalisation, tantôt par de plus grosses pièces comme les deux moteurs, évalués à 20 000 $ chacun. Quant à la barre, avis aux intéressés, on demande 1000 $ négociable et les acheteurs potentiels font déjà la file. Pour la petite histoire, l'oeuvre d'art mystérieuse accrochée dans la cabine du capitaine ne portait pas, finalement, la signature de... Vincent Van Gogh, comme l'espérait M. Boisvert.

À l'APTR, on se réjouit que la saga du Chaulk Determination tire à sa fin. Après avoir investi «quelques centaines de milliers de dollars» depuis décembre 2014 pour que la carcasse ne s'échoue pas une deuxième fois, François Jacob se dit «content» de voir l'épave quitter ses installations. Depuis que Construction et Démolition GB a pris les commandes du Chaulk, «tout s'est bien déroulé, sans anicroche», note M. Jacob, «et même un peu plus tôt que prévu. On est très content».

Enfin, au niveau légal, la responsabilité du Chaulk repose désormais entre les mains du remorqueur chargé de le tirer jusqu'aux Méchins, puis de Construction et Démolition GB lorsqu'il sera réduit à néant. Comme c'est l'APTR qui a octroyé le contrat à Construction et Démolition GB, elle vérifiera que toutes les étapes, par exemple environnementales, soient respectées.

«On s'est assuré que chacune des étapes de nettoyage a été faite en conformité, pour être sûr qu'il n'y ait pas de pépin, et même jusqu'à ce que le bateau soit démantelé. Lorsqu'il sera rendu au chantier maritime, on va aller voir sur place pour que tout soit fait correctement», observe M. Jacob.

Rappelons que le Chaulk Determination avait pris l'eau au port de Trois-Rivières en décembre 2014, après qu'un bris mécanique eut rempli sa cale d'eau, mélangeant les glaces du fleuve avec les 22 tonnes d'hydrocarbures qu'il contenait. La Garde côtière canadienne avait finalement renfloué le navire en décaissant près de quatre millions $.

À quai depuis, l'APTR s'était inquiétée à plusieurs reprises de l'état lamentable de la carcasse, craignant un deuxième accident environnemental. Comme le propriétaire du Chaulk, Groupe CAI, refusait de reconnaître ses responsabilités, l'APTR s'était tournée vers la Cour fédérale pour se départir de cette coquille vide. Construction et Démolition GB était alors entrée en ligne de compte.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer