Résidence Cooke: le CIUSSS identifie des lacunes

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(Trois-Rivières) Le manque de personnel au moment des repas, des rideaux d'intimité déficients forçant les employés à fermer la porte d'une chambre ainsi qu'une mauvaise utilisation des technologies d'aide seraient à l'origine des fâcheux événements du 14 juillet au Centre d'hébergement Cooke de Trois-Rivières, alors que des résidents en détresse ont été trouvés au sol par une visiteuse. Ce sont du moins les conclusions du rapport du Centre intégré de santé et de services sociaux de la Mauricie-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ).

Le président-directeur général du CIUSSS MCQ, Martin Beaumont,... (Photo: Andréanne Lemire Le Nouvelliste) - image 1.0

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Le président-directeur général du CIUSSS MCQ, Martin Beaumont, en discussion avec le président du Syndicat des auxiliaires, Rosaire Hamelin, et le président de la section locale 298 du Syndicat québécois des employés et employées de service, Luc Charpentier.

Photo: Andréanne Lemire Le Nouvelliste

«Ces trois éléments indissociables représentent ainsi certaines lacunes au niveau des pratiques et méthodes de travail qui ont affecté le temps de réponse pour venir en aide aux résidents», a conclu le CIUSSS.

Le rapport d'analyse du CIUSSS permet de mieux comprendre les événements survenus lorsque Johanne Panneton s'est présentée à la résidence pour rendre visite à sa mère et a trouvé deux résidents en détresse au sol. Voyant cette situation, elle est allée à la recherche d'intervenants, mais sans succès. Elle a donc décidé de filmer la scène qualifiée même de «choquante» par le président-directeur général du CIUSSS MCQ, Martin Beaumont.

Nous apprenons dans le rapport que sur les six intervenants affectés à l'unité ce soir-là, trois étaient en période de repas. Sur les trois autres, deux étaient en intervention auprès d'un résident. En raison des rideaux d'intimité inadéquats, ceux-ci ont fermé la porte de la chambre. Le troisième intervenant était à l'îlot prothétique, un secteur fermé par deux portes.

De plus, les deux personnes en intervention dans la chambre n'avaient pas allumé le voyant lumineux qui indique leur présence dans cette pièce. Étant derrière des portes clauses, les trois intervenants en fonction n'ont donc pas entendu les appels de détresse des résidents, ni ceux de Mme Panneton.

«L'incident demeure triste et déplorable. Les images présentées par la vidéo nous ont tous choqués», a assuré Martin Beaumont. «Nous avons pris la situation très au sérieux.»

Afin de corriger la situation, le CIUSSS MCQ propose notamment de moduler les périodes de repas de ses intervenants afin d'avoir davantage de personnel au travail, recourir à des rideaux d'intimité adéquats et réviser les pratiques concernant les technologies d'aide.

La direction de l'organisation ne ferme pas la porte à augmenter les ressources dans la résidence afin de mener à bien ses recommandations. La modulation du temps de repas, notamment, devra toutefois faire l'objet de discussions avec les syndicats. Le CIUSSS assure de plus que l'ensemble des centres d'hébergement sont en évaluation et que les recommandations du rapport influenceront le travail dans les autres centres de soins de longue durée de son territoire.

Bien qu'elle ouvre la porte à l'augmentation des ressources, notamment avec l'ajout de personnel, la direction du CIUSSS affirme que cela est possible, malgré le contexte de coupes budgétaires.

«Ce n'est pas exclu qu'on doive réallouer des ressources [financières et humaines]. Mais il faut faire attention à faire le lien entre l'événement qui est arrivé et les coupes budgétaires. Ces coupes touchent un environnement très administratif, les taux d'encadrement, les structures administratives [...] Ces optimisations administratives que nous faisons ont pour but premier de maintenir et d'améliorer la qualité des soins et des services. Ce sont des vases communicants», a expliqué le directeur des ressources humaines, des communications et des affaires juridiques au CIUSSS MCQ, Louis Brunelle.   

Un manque de personnel, clament les syndicats    

Les représentants syndicaux présents lors de la présentation du rapport estiment qu'il n'y a pas suffisamment d'intervenants dédiés aux soins des résidents. Cet élément est pour eux la principale raison qui explique les événements du 14 juillet dernier.

«Je suis un peu déçu. [...] L'évidence est là. Il y a un manque de personnel», a lancé d'emblée après la présentation du rapport le président du Syndicat des auxiliaires, Rosaire Hamelin. Ce syndicat représente près de 1600 membres au CIUSSS MCQ. «On vise l'heure du souper, mais il y a le dîner et les pauses. Nous n'avons jamais le personnel complet au travail en même temps.»

Le président de la section locale 298 du Syndicat québécois des employés et employées de service souhaite par ailleurs que les cafétérias des centres d'hébergement demeurent ouvertes afin de permettre la modulation des périodes de repas du soir, alors qu'il y a moins d'employés.

«Des changements seront faits à la résidence Louis-Denoncourt de Trois-Rivières où le temps d'ouverture de la cafétéria sera réduit uniquement pour les travailleurs. Si on réaménage les horaires de soir, ma crainte c'est qu'on n'augmente pas les heures de cafétéria», a souligné Luc Charpentier en ajoutant que le temps d'intervention peut varier grandement dans un centre d'hébergement. Il rappelle que les intervenants sont dans ce type de centre souvent très près des résidents. «On travaille avec des humains. Si un résident perd un enfant ou a eu une mauvaise nouvelle, il a besoin de plus de soins.»

Le Syndicat des infirmières, inhalothérapeutes et infirmières auxiliaires du Coeur-du-Québec (SIIIACQ) estime également qu'il manque de personnel dans les centres d'hébergement. «Il a été mis en évidence qu'il y avait 50 % du personnel absent en raison des repas. Nous pensons qu'en terme de ressources humaines, le ratio [résidents intervenants] devrait être augmenté», a noté la première vice-présidente du SIIIACQ, Monique Veillet, qui évoque les compressions successives dans le réseau de la santé. «Nos membres vous diront que le citron a été suffisamment pressé.»

Un deuxième rapport pour le ministre

Le ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, Gaétan Barrette, doit rencontrer lundi prochain les deux enquêtrices du ministère qui ont étudié les circonstances des événements de la résidence Cooke. Par la suite, le ministre devrait fort probablement commenter ce rapport ainsi qu'émettre certaines recommandations. Au cabinet du ministre, on précise toutefois que la décision de rendre public ou non ce rapport n'a pas encore été prise. Ce deuxième rapport sera complémentaire du premier. La direction du CIUSSS a déjà affirmé qu'elle devrait appliquer les recommandations des deux rapports.

Recommandations du rapport interne du CIUSSS MCQ

> Vérifier la présence de rideaux devant les portes de chambre des résidents et installer les rideaux manquants. Au besoin, avoir recours à d'autres moyens pour assurer l'intimité et la dignité des résidents pour éviter de fermer les portes sur les quarts de travail de soir et de nuit, et ce, dans le respect du choix du résident.

> S'assurer que le projet déjà initié de modification des portes de chambre des résidents (ouverture vers l'intérieur) fasse l'objet d'une mise en priorité par la direction.

> Réduire l'encombrement du corridor de l'unité B2.

> Faire un rappel aux intervenants d'utiliser la «lumière de présence» afin de signaler leur présence dans une chambre de résident.

> Évaluer la possibilité d'utiliser le bouton d'appel situé au poste de garde pour que les résidents, leurs proches ou les bénévoles puissent l'utiliser pour obtenir de l'aide dans des situations urgentes.

> Évaluer d'autres moyens de communication visuels au poste de garde pour permettre aux résidents, à leurs proches et aux bénévoles de trouver de l'aide rapidement.

> Informer verbalement et par écrit les résidents, leurs proches et les bénévoles de leur rôle en matière de sécurité, notamment sur les moyens disponibles pour obtenir de l'aide.

> Revoir les pratiques professionnelles à l'égard des technologies d'aide à la surveillance (exemple: moniteur de mouvement) comme mesures alternatives à la contention et à l'isolement pour s'assurer qu'ils sont conformes aux bonnes et meilleures pratiques.

> Revoir la modulation du nombre d'intervenants qui quittent l'unité pour leur temps de repas de même que les plans de travail afin de rendre accessibles plus rapidement les intervenants aux résidents.

> S'assurer que les gestionnaires qui doivent s'absenter indiquent à qui les résidents, leurs proches, les intervenants et les bénévoles doivent se référer.

> Faire un rappel aux intervenants du Centre d'hébergement Cooke de laisser la porte ouverte lorsqu'ils prodiguent des soins ou services aux résidents, tout en respectant le choix des résidents, en utilisant le rideau pour assurer l'intimité.

> Faire un rappel aux intervenants sur les pratiques cliniques lors d'une chute et poursuivre la formation (ne pas lever avant une évaluation de l'infirmière, évaluation initiale, etc.).

> Rappeler au personnel infirmier les pratiques cliniques à l'égard du plan thérapeutique infirmier liées à la prévention des chutes et lorsqu'il survient une chute.

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