Du jute pour sauver le lac à la Tortue

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Si rien n'est fait, le lac à la Tortue est voué à une mort certaine, mais surtout prématurée.

Photo: Sylvain Mayer

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Olivier Gamelin
Le Nouvelliste

(Shawinigan) À un problème complexe, des solutions multiples. L'eutrophisation du lac à la Tortue est un problème complexe. Pour assainir ces eaux, de multiples solutions doivent être initiées de front, entre autres l'installation de 30 000 mètres carrés de toile de jute sur le fond du lac, un projet-pilote chapeauté par la Société d'aménagement et de mise en valeur du bassin de la Batiscan (SAMBBA).

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Sébastien Duchesne, biologiste et directeur général de la Société d'aménagement et de mise en valeur du bassin de la Batiscan.

Photo: Émilie O'Connor

L'eutrophisation est un phénomène naturel qui, sur la longue échelle du temps, peut métamorphoser un plan d'eau, comme le lac à la Tortue, en marécage. Si un lac reçoit un apport soudain et trop grand en éléments nutritifs (notamment du phosphore et de l'azote), différentes espèces de végétaux peuvent se développer à la vitesse grand V, étouffant de surcroît leurs congénères et réduisant le niveau d'oxygène dont la biodiversité aquatique a tant besoin. Au lac à la Tortue, l'eutrophisation s'est accélérée au cours des dernières années, entre autres à cause de l'augmentation du niveau d'activité humaine sur ses berges.

Pour pallier une partie du problème, le trio formé par la SAMBBA, par l'Association pour la protection du lac à la Tortue (APL) et par la Ville de Shawinigan, et épaulé par l'Université du Québec à Trois-Rivières et l'Université Laval, mettra à l'épreuve un projet-pilote qui, espère-t-on, redonnera une santé nautique au lac et en assurera ainsi la pérennité. Additionné au reboisement des berges et à la construction, au coût de 43 millions $, d'un réseau d'égouts autour du lac, ce projet de jute, s'il s'avère positif, prolongera la vie de ce lac où résident un peu plus de 3000 riverains.

«C'est un projet-pilote qui s'est fait ailleurs au Québec, mais sur une plus petite échelle», signale le biologiste et directeur général de la SAMBBA, Sébastien Duchesne. «Ainsi, nous installerons dans le fond du lac des jutes, avec pour objectif de contenir la présence du myriophylle - une plante aquatique. À son avantage, le myriophylle est capable de se bouturer facilement. Par contre, pour se bouturer facilement, il doit se casser facilement, il faut qu'il soit feluette. Contrairement aux espèces indigènes, qui devraient pouvoir le faire, le myriophylle ne sera donc pas capable de passer à travers les mailles du jute.»

Les couvertures de jute ne seront pas déroulées sur toute la surface du lit du lac. «Ça serait utopique», note M. Duchesne. «Mais déjà, notre projet est trois fois plus grand que tout ce qui s'est fait au Québec. On installera l'équivalent de trois terrains et demi de soccer de jute. C'est grand!» L'équipe de la SAMBBA verra ainsi à créer des corridors exempts de jute pour permettre aux embarcations à moteur de circuler sans risque. Les toiles de jute seront, elles, lestées par des sacs, également composés de matériaux biodégradables, et remplis de terre. Un drone muni d'une caméra infrarouge survolera le lac pour localiser les endroits les plus prisés par le myriophylle.

«À ce niveau, on a une bonne collaboration de l'aéroport de Trois-Rivières. Tout ce qu'on attend, c'est le permis de vol émis par Transports Canada, et on est rendu à deux fois le délai maximal d'attente», note M. Duchesne.

Un fois les toiles de jute installées, on analysera leur impact sur le zooplancton, ces microscopiques animaux qui se nourrissent d'algues également microscopiques, parmi lesquelles les cyanobactéries. «On veut s'assurer que notre projet ne va pas détruire l'habitat de ces petites bestioles-là», souligne M. Duchesne. Enfin, on évaluera les gains environnementaux du projet en fonction de son coût.

«Ce projet-pilote sera très bénéfique pour le lac, mais également pour le Québec en entier, puisqu'il servira de référence pour des projets futurs dans d'autres lacs», conclut le directeur général de la SAMBBA.

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