Didier Drogba, le héros des Ivoiriens

Abou Fofana et sa conjointe Geneviève Trottier avec...

Agrandir

Abou Fofana et sa conjointe Geneviève Trottier avec leurs enfants Kassim, Adama et Nadintou. Cette photo a été prise en mai 2014, car Abou Fofana est retenu à Montréal pour le travail.

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Trois-Rivières) À l'heure où les amateurs de soccer du Québec accueillent avec enthousiasme la vedette du ballon rond Didier Drogba, un compatriote ivoirien de Trois-Rivières est toujours menacé d'expulsion. Si Abou Fofana salue l'arrivée de son idole, tant pour ses prouesses sur le terrain que pour ses actions pacifistes lors de la guerre civile ivoirienne, il caresse toujours l'espoir de rester dans son pays d'adoption auprès de sa conjointe et de ses trois jeunes enfants.

Didier Drogba... (Photo Justin Tallis, AFP) - image 1.0

Agrandir

Didier Drogba

Photo Justin Tallis, AFP

L'attaquant Didier Drogba est adulé partout sur le globe pour ses performances sur le terrain de soccer, mais en Côte d'Ivoire, il est considéré comme un défenseur de la paix. Alors qu'il était la figure de proue des Éléphants, l'équipe nationale ivoirienne, lors de la Coupe du monde de 2006 et que le pays était ravagé par les conflits, Didier Drogba a été l'instigateur d'une déclaration appelant à la paix. La même année, lors de la qualification des Éléphants, Drogba s'est agenouillé devant les caméras de télévision pour lancer un appel à l'unité des Ivoiriennes et des Ivoiriens. Il avait affirmé que la victoire de l'équipe nationale prouvait que la population peut cohabiter en harmonie et qu'une nation si riche ne peut pas sombrer dans la guerre.  

À genoux avec des coéquipiers du nord comme du sud de la Côte d'Ivoire, Drogba a poursuivi en exhortant le pouvoir en place d'organiser des élections. «S'il vous plaît, déposez tous les armes. Organisez des élections, et tout ira mieux», avait-il dit. 

Signe de sa grande influence, Drogba figurait en 2010 parmi les cent personnalités les plus influentes selon le Time Magazine, sous la rubrique Héros. Il était d'ailleurs le seul joueur de soccer de ce palmarès. Drogba a aussi participé, se souvient son compatriote Abou Fofana, à une tournée en Côte d'Ivoire afin de promouvoir la paix. «Pendant la guerre, Drogba a mis la joie dans les coeurs des Ivoiriens. C'est vraiment un bon gars», affirme Abou Fofana. «Durant le conflit ethnique, il disait que nous étions tous pareils. C'est un grand. En tout cas, pour moi, c'est mon idole. Même s'il est une grande vedette et qu'il fait beaucoup d'argent, il ne fait pas la grosse tête.»

Même s'il est en fin de carrière, l'athlète de 37 ans est toujours habité d'un talent certain, croit Abou Fofana. Le fan de soccer qu'il est se souviendra toujours de la finale de la Ligue des champions en 2011-12 lorsque Drogba, alors porte-couleurs du Chelsea FC, a inscrit le but égalisateur à la

88e minute de jeu, avant de donner la victoire à son équipe lors des tirs aux buts.

«Didier Drogba est en fin de carrière, mais c'est un bon joueur pareil. Il est encore bon», note Abou Fofana. «Même si c'est un match amical, il se donne à fond. Vous allez voir, c'est un joueur complet. Il permet de hausser le niveau des autres joueurs et d'attirer l'attention des défenseurs adverses.»    

L'embauche par l'Impact de Montréal de la vedette de la Côte d'Ivoire insuffle de l'espoir à Abou Fofana. Cela lui donne, malgré les nombreuses embûches que cela implique, envie de déposer à nouveau une demande de résidence permanente pour des raisons humanitaires. Car même s'il a trois enfants nés au Québec, Abou Fofana vit constamment avec une menace d'expulsion. Rappelons qu'en 2013, la Cour d'appel a refusé d'entendre la cause d'Abou Fofana, menacé d'expulsion et soupçonné par Immigration et Citoyenneté Canada de crimes de guerre en raison de liens qu'il aurait eu avec les rebelles lors du conflit armé. Abou Fofana a toujours nié ces allégations. Toujours dans l'incertitude, Abou Fofana doit se rendre dans des locaux de Citoyenneté et Immigration Canada à Montréal afin de se soumettre à une identification. Ce lourd processus se répète chaque semaine, ce qui amène le principal intéressé a affirmer qu'il vit «dans une prison». 

«Je veux rencontrer mon avocate pour déposer une nouvelle demande», avoue-t-il. «Ça fait huit ans que je suis au Canada. C'est malade... Mais je dois l'accepter, ça fait partie de mon destin. C'est vraiment une situation qui est lourde, mais je ne dois pas me rendre malade avec ça.»

Cela dit, une nouvelle demande est synonyme de frais supplémentaires pour la petite famille de Trois-Rivières. Gravement brûlé sur une bonne partie de son corps l'an dernier après un accident de cuisson, Abou Fofana a dû débourser d'importantes sommes pour les soins médicaux. Il n'a pas droit à l'assurance maladie et les compagnies privées ne veulent pas l'assurer. Devant l'incertitude financière, mais aussi les menaces d'expulsion, Abou Fofana et sa conjointe, Geneviève Trottier, ont dû mettre leur maison en vente.

«Abou devait être expulsé vers la Côte d'Ivoire en juin 2013. C'est beaucoup de stress et d'incertitudes», note Mme Trottier. «C'est difficile d'être toujours entre deux chaises.»

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer