Chaulk Determination: dans les entrailles de l'épave

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Guy Boisvert, propriétaire de Construction et Démolition GB, a mis son équipe à l'oeuvre pour démonter et cisailler l'intérieur du Chaulk Determination d'ici cinq semaines.

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Olivier Gamelin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Après des semaines à reposer au fond du fleuve Saint-Laurent, des mois à quai au port de Trois-Rivières, après avoir déversé dans l'environnement ses huiles et ses hydrocarbures, le Chaulk Determination ouvre grande les portes de sa carcasse. Petite visite à bord du célèbre remorqueur qui a coulé à pic le 26 décembre 2014, guidée par Guy Boisvert, propriétaire de la compagnie chargée de démanteler les entrailles de cette célèbre épave.

L'une des douze cabines destinées aux matelots.... (Stéphane Lessard) - image 1.0

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L'une des douze cabines destinées aux matelots.

Stéphane Lessard

Le poste de pilotage. ... (Stéphane Lessard) - image 1.1

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Le poste de pilotage. 

Stéphane Lessard

La première chose qui saisit le visiteur s'aventurant sur le pont, même à aire ouverte, c'est la persistance de l'odeur de moisissure. Partout les champignons répandent leur nauséabondes effluves. Partout l'huile, les hydrocarbures et l'eau du fleuve suintent sur les infrastructures métalliques, les pièces de bois, la couchette des matelots, les minuscules salles de bain, les murs du plancher jusqu'au plafond, du poste de commandement jusqu'à la chambre des machines en passant par les quartiers du capitaine.

«La première fois que tu rentres, c'est impressionnant», avoue M. Boisvert. Ce dernier a déjà eu l'occasion de travailler sur le Chaulk Determination il y a deux ans. On l'avait alors engagé pour retirer l'amiante qui tapissait la chaudière. «Méchant hasard pareil», affirme-t-il.

Depuis une semaine, la petite équipe de Construction et Démolition GB travaille d'arrache-pied à nettoyer l'intérieur de la carcasse pour, éventuellement, vendre le tout en pièces détachées. À eux seuls, le métal, le cuivre et le laiton peuvent rapporter environ 50 000 $. «On va le découper au complet» avec une cisaille, note M. Boisvert en désignant l'intérieur du navire, «étage par étage». «Tout le filage est recouvert de cuivre. C'est assez rare. Il y en a des kilomètres de filage», enchaîne le guide improvisé.

M. Boisvert appelle de ses voeux les antiquaires qui pourraient être intéressés par les artéfacts divers extirpés in extremis du Chaulk Determination, construit en 1966 à Vancouver. En somme, tout est à vendre : les sirènes d'alarme, le siège en cuir du commandant, la barre cylindrique, les hublots, l'ancre, les moteurs, les lumières intérieures, les projecteurs extérieurs, les bouées, les habits de pluie, le moteur du canot de sauvetage, etc. Déjà, M. Boisvert a reçu une offre en provenance de l'étranger, un acheteur attiré par les deux moteurs du Chaulk, deux gros bourdons composés chacun de huit pistons de seize pouces de diamètre.

«On a eu un téléphone pour les envoyer en Afrique, avec l'hélice, rien de sûr encore mais on regarde ça. Le gars m'a appelé parce qu'il avait vu dans les journaux que j'avais ça à défaire. J'espère que d'autres gens m'appelleront», admet M. Boisvert.

Même une oeuvre d'art, placée sous verre et toujours accrochée dans la chambre du capitaine, pourrait être restaurée et remise sur le marché. «C'est peut-être un Van Gogh», lance M. Boisvert en riant. Ce dernier avoue qu'il conservera le pavillon hissé à la mâture du navire comme souvenir personnel.

Dans les minuscules cambuses des matelots, le relent persistant de la moisissure gratte la gorge. Les travailleurs de M. Boisvert se sont départi des matelas, des draps et autres objets gorgés d'humidité. Dans la cuisine et dans la salle à manger, de la nourriture, des tables, des chaises, des tabourets, des couverts, des ustensiles. «Lorsque l'équipage est partie avant Noël, elle ne s'attendait pas à couler, alors elle a tout laissé en plan. Il y avait encore du lunch dedans», laisse entendre M. Boisvert en pointant du doigt le réfrigérateur.

À quarante-cinq pieds au-dessus du niveau du pont, le poste de timonerie et la passerelle de navigation. Mais surtout, une vue imprenable sur la carcasse du Chaulk Determination, de la poupe à la proue. Partout du filage, des appareils de géolocalisation, des radars, des lumières, des antennes radio. «Nous allons vérifier si ces appareils fonctionnent toujours et si c'est vendable», mentionne l'entrepreneur en déconstruction.

«On veut vendre le plus de stock possible, donc il faut connaître des gens issus du milieu marin qui veulent racheter des pièces. Ça vaut beaucoup pour quelqu'un qui a un bateau et qui en a besoin. Comme on s'en va vers Matane et qu'il y a beaucoup de pêcheurs dans ce coin-là, on va essayer d'aller chercher parmi les pêcheurs», précise M. Boisvert.

Construction et Démolition GB n'a pas l'habitude d'oeuvrer sur un chantier maritime. M. Boisvert escompte nourrir cette nouvelle expérience avec d'autres contrats similaires. «Dans le maritime, ce n'est pas évident, car c'est un autre monde. Surtout au niveau environnemental. C'est important de ne pas contaminer l'eau. On espère développer une bonne expertise pour que le monde nous appelle et pour qu'on puisse faire d'autres bateaux. On va voir à la fin comment ça s'est passé, car c'est sûr qu'il y a des inconnus pour nous autres. Pour l'instant, on n'a pas eu de mauvaises surprises, tout se déroule exactement comme on s'attendait. C'est un beau contrat, c'est une belle expertise. Mais en même temps, on a fait beaucoup de contrats industriels. Quand on est dans le bateau, il n'y a pas beaucoup de différences avec une usine.»

Pour l'heure, l'équipe de cinq personnes a quasiment nettoyé la douzaine de chambres des matelots, retirant les plafonds, démantelant les murs et une partie des meubles souillés par l'eau et par l'huile. «Déjà la cale est finie. On l'a amené au fer partout», précise M. Boisvert.

Les prochaines étapes

D'ici cinq semaines, le Chaulk Determination recevra la visite d'un inspecteur de Transports Canada. Ce dernier devra s'assurer que la coquille métallique, maintenant vide, est en mesure d'être remorquée jusqu'à Matane, un dernier voyage d'environ trois jours. En bout de piste, elle sera découpée en morceaux au chantier maritime Méridien. Mais d'ici là, il y a beaucoup de pain sur la planche pour M. Boisvert.

Dans la chambre des machines, par exemple, son équipe aspergera les moindres recoins avec un produit dégraissant avant de nettoyer le tout avec un jet d'eau sous pression. Descendue à fond de cale, l'eau sera par la suite pompée pour en extraire les huiles et les hydrocarbures. «Ça ne se ramassera pas dans le fleuve. On prend toutes les précautions», assure M. Boisvert.

«Cette semaine on finit de vider toutes les chambres. Peut-être qu'on va commencer à dégraisser, surtout dans la salle des machines et tout le filage qu'il y a sur les murs. Lorsqu'on aura enlevé le filage, il faudra dégraisser à nouveau parce qu'il y a de la graisse en arrière des fils. On fera deux nettoyages. La décontamination, c'est une couple de jours. Aussitôt nettoyé, on sort le matériel, le métal, le brass. Ça va être assez vite sorti. On ne peut pas perdre beaucoup de temps, mais on va y arriver», lance M. Boisvert avec confiance. «Théoriquement, on a jusqu'à la mi-septembre pour qu'il soit prêt à partir.»

Rappelons que le Chaulk Determination avait coulé le 26 décembre au port de Trois-Rivières. Un tuyau dans la chambre des machines avait éclaté, remplissant le remorqueur d'eau, mélangeant l'eau avec les huiles et les milliers de litres d'hydrocarbures qu'il contenait. L'opération de renflouement, terminée le 21 février, avait coûtée 3,7 millions $ à la Garde côtière canadienne chargée des opérations.

Chronologie des événements

26 décembre: le Chaulk Determination coule à pic au port de Trois-Rivières

29 décembre: 9,7 tonnes d'hydrocarbures sont récupérées à l'intérieur du navire, sur les 22 tonnes qu'il contenait

19 février: Début des opérations de renflouement

22 février: Fin des opérations de renflouement

9 mai: Coût de la facture de renflouement: 3,7 millions $

30 juin: L'Administration du port de Trois-Rivières s'inquiète de l'état du remorqueur

21 juillet: Construction et Démolition GB amorce les travaux de démantèlement

Mi-septembre: Le Chaulk Determination reprendra la mer jusqu'aux chantiers maritimes Méridien de Matan

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