Les syndiqués de Delastek se vident le coeur

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David Maden, conseiller régional à la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), Alexandre Maranger, président de la section local 1209 d'Unifor, Steve Vézina, vice-président, ainsi qu'André Fleury, président du Conseil régional à la FTQ.

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Olivier Gamelin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Les employés syndiqués de Delastek en ont gros sur le coeur. En grève depuis le 1er avril dernier, ils ont tenu à remettre les pendules à l'heure. Après s'être fait qualifier publiquement de «sauvages» et de «trous de cul» par leur employeur, Claude Lessard, la cinquantaine d'employés souhaitent désormais concentrer le débat sur le coeur de leurs revendications.

Dans une longue entrevue exclusive accordée au Nouvelliste, les représentants de la section locale 1209 d'Unifor, épaulés par la haute direction régionale de la FTQ, n'ont pas voulu revenir sur les propos «insultants» et «irrespectueux» tenus par la partie patronale depuis le début de la grève. N'importe, les langues se sont rapidement déliées à mesure que l'exaspération s'invitait à la table de discussion. Dans une conversation à bâtons rompus, les délégués syndicaux ont tôt fait de dénoncer ces couteaux qui, à leur avis, volent un peu trop bas et n'aident en rien au bon déroulement de négociations, faut-il le préciser, déjà difficiles.

«Est-ce que les travailleurs méritent de se faire traiter de cette façon? Ce gars-là [Claude Lessard] ne mérite pas ses employés. Ça c'est certain», lance David Maden, conseiller régional à la Fédération des travailleurs du

Québec (FTQ). 

«Nos membres trouvent ça choquant ce que l'employeur dit dans les journaux. Ils deviennent révoltés de ça. Nos membres nous obligent, avec raison, à réagir face aux insultes, face à la diffamation et à tout ce qu'il peut faire. Un moment donné, les gens sont tannés, et je les comprends. Se faire traiter de trous de cul et d'incompétents, ce n'est pas le fun pour personne», ajoute Steve Vézina, vice-président du local d'Unifor. «C'est méprisant», renchérit aussitôt M. Maden.

«Tordieu, il y a des limites à bousiller le système et à mettre la marde», résume André Fleury, président du Conseil régional à la FTQ. «C'est inconcevable qu'en 2015, un employeur se comporte comme ça.»

Les syndiqués de Delastek craignent que les déclarations à l'emporte-pièce du président Lessard participent à noyer leurs desiderata dans la controverse. Et elles sont nombreuses, leurs doléances, car d'après les syndiqués, les conditions de travail dans l'enceinte de Delastek, qualifiées de «conditions de dépanneur», se détériorent depuis des années, voire aussi loin que 2003, année de l'accréditation syndicale.

De multiples revendications

Sur le tableau des revendications, les représentants syndicaux condamnent les briseurs de grève à Delastek, qui pourraient être plus d'une douzaine, une situation corroborée le 14 juillet dernier par le ministère du Travail, mais niée par le président Claude Lessard. Selon Alexandre Maranger, président de la section locale 1209 d'Unifor, l'employeur utiliserait sur la ligne de production des employés non-syndiqués oeuvrant d'ordinaire en recherche et développement.

Deuxième hic aux négociations: la prévention en matière de santé et de sécurité au travail. Selon la Commission de la santé et de la sécurité au travail (CSST), un travailleur qui évolue dans l'industrie chimique ne court pas les mêmes risques qu'un fonctionnaire de l'administration publique. Ainsi, selon les syndiqués de Delastek, l'employeur aurait effectué un changement de nom en 2011 afin de se soustraire au secteur prioritaire de la CSST avec, pour conséquence, l'abolition d'un salarié dont le mandat était de garantir un environnement de travail sécuritaire.

«Actuellement, on a six personnes qui sont atteintes de dermatite de contact permanent à cause des mauvaises procédures de travail au niveau de la fibre de carbone», explique M. Maranger. 

«En matière de santé et de sécurité au travail, il n'y a plus de chien de garde de nos membres pour s'assurer que les lois et les conditions de travail sont favorables», affirme M. Maden. «Compte tenu que l'employeur n'est pas du secteur prioritaire, c'est dur pour le travailleur de faire la preuve qu'il se trouve en milieu chimique, parce qu'il ne peut pas sortir la fiche du produit de l'usine, c'est confidentiel, à défaut de quoi il risque d'être congédié. Et de deux, le médecin ne sait pas c'est quoi le problème, alors le travailleur n'est pas reconnu par la CSST.»

Troisième écharde dans le pied des syndiqués: les salaires. Avec une rémunération de base établie à 10,70$/heure, additionnée à une augmentation de 0,30$ après un an de travail, les membres de la section locale 1209 s'estiment sous-payés, du moins si on les compare à leurs collègues ailleurs au Québec. Selon Emploi Québec, un assembleur de produits en plastique peut s'attendre à recevoir un salaire médian situé à 16,90$ de l'heure. 

«On a référé certains de nos membres auprès des banques alimentaires. Nos travailleurs sont pauvres. À 10,70 $ de l'heure, on a des pères et des mères de famille, des gens monoparentaux qui n'arrivent pas. On a des personnes âgées de 65 ans et moins qui vivent seules. Faut les aider ces gens-là. On n'a pas le choix», déplore M. Maranger.

Autres points qui achoppent, en rafale: l'horaire de travail «bousculé» au gré de l'humeur patronale, l'assurance collective dont les syndiqués disent ignorer le contenu, l'affichage déficient des nouveaux postes, les talons de chèque non-ventilés, l'absence de congé de maladie, de fonds de pension, le climat de confrontation et de haine qui sévit à l'intérieur de l'usine, etc.

En somme, les syndiqués sont prêts à mener leur combat jusqu'au bout car, disent-ils, «toutes nos demandes sont justifiées». À la fin du mois d'août, ils s'assoiront à nouveau à la table de négociation, bien conscients que si tout rentre dans l'ordre du jour au lendemain, la côte sera longue à remonter pour rétablir un environnement de travail serein. «Pour tout conflit, il y a un après conflit. Généralement, ces après conflits sont longs», prévient

M. Maden. «Après s'être fait cracher au visage, M. Lessard ne peut pas espérer que les travailleurs se roulent à terre.»

Au moment de mettre sous presse, Claude Lessard n'avait pas donné suite à nos demandes d'entrevue.

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