Résidence Cooke: la famille réagit à la vidéo

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La Résidence Cooke de Trois-Rivières

Émilie O'Connor

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Olivier Gamelin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Marguerite (nom fictif) est atteinte d'une grave atrophie cérébrale. Les chutes, malheureusement, font partie du quotidien de cette dame de 60 ans qui, malgré elle, s'est retrouvée sur tous les écrans après être tombée de son lit, sis à la résidence Cooke.

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Après avoir chuté, Marguerite (nom fictif) est demeurée de longues minutes au sol avant qu'un membre du personnel de la résidence Cooke vienne à son aide.

Image tirée d'une vidéo

La belle-soeur de Marguerite s'est dite surprise lorsqu'elle a visionné la vidéo montrant sa parente étendue sur le sol, en chemise de nuit, sans personne à proximité pour lui prêter main-forte. Étonnée, car la résidence Cooke savait que Marguerite était sujette aux chutes et qu'elle nécessitait donc une attention particulière. 

«La semaine auparavant, on avait su que, justement, dans sa condition de maladie, elle [Marguerite] était rendue à chuter plusieurs fois. Il devait y avoir une rencontre avec un ergothérapeuthe pour ça», signale la belle-soeur de Marguerite.

«Nous, on était au courant qu'elle chutait et qu'elle pouvait même chuter avec des préposés. Ça nous avait été signalé», renchérit-elle. «Ils étaient supposés voir ce qu'ils pourraient faire pour atténuer les chutes, parce qu'elle était supposée en avoir beaucoup. Je suis allée lui rendre visite il y a à peu près deux semaines. Quand je suis entrée dans la chambre, je l'ai prise par les mains pour l'asseoir sur sa chaise et elle a failli tomber deux fois», mentionne-t-elle.

Au Centre intégré universitaire de santé et des services sociaux (CIUSSS) de la Mauricie et du Centre-du-Québec, on indique que lorsqu'un résident présente un haut risque de chute, un plan

clinique adapté est rédigé pour limiter les blessures autant que possible. 

«C'est un peu délicat parce que c'est de l'information confidentielle, c'est un plan de soins qui appartient à cette dame-là spécifiquement, mais de façon générale, effectivement, certaines mesures sont mises en place», indique Audrey-Ann Milot, cadre intermédiaire aux communications au CIUSSS.

Ergothérapeuthe au CIUSSS, principalement sur les unités d'hébergement, Jessica Morin assure que tous les nouveaux résidents sont évalués dès leur admission en CHSLD. 

«À la lueur de ses capacités physiques, de ses atteintes au niveau cognitif, on discute avec la famille, l'infirmière, et on détermine un risque de chute à l'arrivée. Après on va appliquer des mesures alternatives pour éviter les risques de chute le plus possible.»

Loin de blâmer le personnel de la résidence Cooke, la belle-soeur de Marguerite est d'avis que le ratio d'un préposé pour treize patients n'est pas adapté à la réalité physique des résidents, du moins à la réalité particulière de Marguerite.

«Je trouve qu'il manque vraiment de personnel pour ces personnes-là, parce qu'elles n'ont plus rien, elles n'ont plus de conscience, elles ne savent plus ce qui est bien, ce qui est mal, elles n'en ont pas conscience. Une préposée pour treize patients, ce n'est pas assez. Quand Marguerite chute, il faut la relever tout de suite. C'est comme un enfant lorsqu'il tombe, il faut les ramasser tout de suite, sinon la panique s'installe. Dans ces endroits-là, il ne faut pas paniquer, car ces gens-là sont très vulnérables à ça.»

Selon sa belle-soeur, Marguerite n'aurait pas été blessée à la suite de sa chute mercredi dernier. 

«Sauf que les médecins avaient averti la personne ressource que comme elle tombe assez régulièrement, comme on dit, ils la relèvent, mais elle peut retomber deux secondes après. Un coup qu'ils vont sortir de la chambre, elle pourrait rechuter tout de suite. Ça prendrait plus de surveillance. Ils étaient supposés nous rencontrer lundi [passé] pour pouvoir connaître les modalités, parce que Marguerite régresse de semaine en semaine. Dans sa condition à elle, le médecin lui a donné à peu près trois mois de vie. Plus elle va régresser, plus il va y avoir des chutes. À un moment donné, à force de faire des chutes, elle va se retrouver avec des petites commotions cérébrales, son cerveau n'en acceptera plus.»

Mesures d'atténuation des chutes

Plusieurs mesures peuvent être orchestrées afin de réduire les chutes des «chuteurs [sic] récidivants», pour reprendre le vocable utilisé par le président-directeur général du CIUSSS Martin Beaumont. Entre autres, on peut munir le lit d'un tapis sonore qui informera le personnel lorsque le résident se lève. Sur la vidéo réalisée par Johanne Panneton à la résidence Cooke, on entend justement le carillon d'un tapis sonore dans la chambre où un homme gît sur le sol et appelle à l'aide.

Également, en collaboration avec la famille, on peut immobiliser la personne dans son lit en l'attachant, mais cette mesure de contention est de moins en moins utilisée. «Comme société, on a pris la décision de limiter au maximum la contention», précise Mme Milot.

La famille de Marguerite avait justement refusé cette avenue. «On nous avait demandé si on pouvait l'attacher, sauf que nous on trouvait que ce n'était pas un chien, surtout qu'elle est en fin de vie. C'est vraiment pas beau de voir ça une personne qui est attachée à longueur de journée», formule la belle-soeur de Marguerite.

Autres mesures d'atténuation: des demi-ridelles peuvent être installées à la structure du lit à la hauteur des oreillers, additionnées à un coussin sonore, donnant ainsi plus de temps au personnel lorsque la personne redresse les épaules pour se lever.

Notons que selon les chiffres compilés par le Centre de santé et de services sociaux du Rocher-Percé, les chutes sont la première cause de mort chez les gens âgés de 65 ans et plus au Québec. 

Qui plus est, 90 % des fractures de hanche chez les personnes âgées sont la conséquence d'une chute et 20 % en décèdent dans l'année qui suit. Enfin, 50 % des résidents en centre d'hébergement

font au moins une chute par année.

Dans un rapport commandé l'an dernier par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, on apprend que 76 367 chutes ont été enregistrées dans les établissements de santé au Québec en 2013, «dont 60 ont conduit à un décès. Le groupe d'experts croit qu'il s'agit d'une sous-estimation du nombre de décès réels liés aux chutes dans les établissements de santé du Québec, compte tenu du fait que ceux-ci surviennent souvent quelques semaines après la chute et parfois dans un autre établissement.»

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