CHSLD: la FIQ dénonce le manque d'effectifs

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Plus d'une quarantaine de professionnels en soins de la région ont manifesté mardi matin au centre-ville de Trois-Rivières afin de dénoncer le manque d'effectifs dans les centres d'hébergement de soins de longue durée.

photo: François Gervais

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Jonathan Cyrenne
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Plus d'une quarantaine de professionnels en soins de la région ont manifesté mardi avant-midi au centre-ville de Trois-Rivières, afin de dénoncer le manque d'effectifs dans les centres d'hébergement de soins de longue durée de la région, mais aussi pour s'opposer aux compressions de 34 millions de dollars imposées au CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

«On a eu un bel exemple de ce qu'occasionnent des compressions avec la vidéo tournée à la résidence Cooke où on y voyait deux résidents au sol implorant l'aide des préposés. Avec beaucoup de peine, je n'ai pas le choix de vous confirmer que cette situation s'est produite ailleurs et qu'elle se reproduira sans doute prochainement étant donné le manque de personnel. On souhaite davantage de préposés et d'infirmières pour mieux répondre aux besoins. Partout, les membres de la FIQ me disent qu'ils sont fatigués et qu'ils ne peuvent plus fournir», mentionne la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, Régine Laurent. Cette dernière est venue appuyer ses membres en Mauricie. Elle a profité de l'occasion pour mentionner qu'elle est en faveur de l'enquête à la résidence Cooke, mais qu'elle aurait préféré que le gouvernement se penche davantage sur l'effet des compressions.

Dans la région, les travailleurs et travailleuses de la santé se sont unis afin de dénoncer les conditions des résidents en CHSLD. La porte-parole régionale de la FIQ, Nathalie Perron, déplore la situation. «Des événements récents comme ceux qui sont survenus au Centre d'hébergement Cooke sont troublants. Les compressions budgétaires ne feront qu'accentuer la problématique de manque de personnel. Nous faisons des miracles avec le minimum, et là, on nous imposera encore davantage.» 

Marie-Ève Normandin, une employée du Centre d'hébergement Saint-Maurice, lance un cri du coeur au gouvernement. «Depuis quelques années, les cas sont plus lourds et nous sommes encore le même nombre d'employés. Je travaille la nuit et les préposés ont un étage à leur charge, donc 33 personnes. Nous sommes deux infirmières pour les cinq étages. Ce n'est pas vrai que les résidents dorment de 17 h à 7 h. La nuit ce n'est pas drôle, il y a des gens qui tombent et qui ont besoin de soins. Des chutes, il y en a entre une et trois par nuit, en moyenne. On fait notre possible, il y a des nuits plus tranquilles, mais à quelques moments, il y a de l'action. Ça fait pitié. Il devrait y avoir deux préposés par étage en plus des infirmières. Ce qu'on a vu au CHSLD Cooke, c'est, en quelque sorte, notre quotidien. Si ma mère habitait un centre d'hébergement, je capoterais.»

De plus, les manifestants s'inquiètent pour la sécurité des résidents en CHSLD, en cas d'incendie. «Des situations comme nous avons vu sur la vidéo rendue publique par Le Nouvelliste, il s'en passe des comme ça, à tous les jours, dans tous les centres, imaginez s'il devait y avoir une évacuation en pleine nuit. En cas d'incendie, il y a un plan de mesures d'urgence, les employés vont faire leur possible mais ce serait désolant. On pourrait revoir un drame comme à l'Isle-Verte où 

32 personnes âgées ont perdu la vie dans un incendie», mentionne Nathalie Perron, la présidente de la FIQ secteur Bécancour-Nicolet-Yamaska. Cette crainte d'un incendie est aussi soulevée par Marie-Ève Normandin. «Lorsqu'on est seule à s'occuper d'un étage, je ne vois pas comment nous pourrions sortir tout le monde en quelques minutes. Oui, il y a des plans d'urgence, mais lors d'un incendie, chaque seconde compte.»

Même son de cloche pour Nancy Fortin, la présidente du syndicat pour les employés des centres de santé du CIUSSS de l'Énergie. «On manque vraiment d'effectifs, dès qu'il y a une absence, nos structures sont diminuées, on tombe en dessous du niveau sécuritaire. Dans le code de sécurité du bâtiment, je crois que nous devons avoir une personne ressource pour une quinzaine de résidents et nous ne sommes pas capables d'avoir ça. En plus, on est incité à ne pas dénoncer les cas. Il y a des préposés qui se font dire de ne pas en parler aux familles, s'il y arrive une chute. Je suggère qu'on réduise le nombre de cadres et qu'on augmente les effectifs sur le terrain. À quel moment voit-on des cadres donner un bain à un patient?» 

Parmi les actions qui ont été posées hier par les travailleurs de la santé, il y a eu une manifestation, mais aussi une clinique de prise de pression, afin de sensibiliser la population aux compressions du gouvernement. Par ailleurs, quelques membres de la FIQ, en compagnie de leur présidente, ont rencontré le président-directeur général du CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec, Martin Beaumont, en après-midi. «Ce fut une rencontre assez intéressante. On a fait part de nos préoccupations. On avait des solutions à proposer au sujet des CHSLD. Je lui ai expliqué qu'à la FIQ, on avait fait une réflexion sur la façon de donner des soins plus sécuritaires à la population. Notre organisation syndicale est prête à travailler avec le CIUSSS. On lui a proposé de sélectionner un CHSLD de la Mauricie afin de travailler ensemble sur l'élaboration d'une grille d'évaluation des besoins de personnel. Cela nous permettrait de voir les particularités d'un groupe de patients par rapport à un autre. Il m'a semblé très ouvert, il doit en parler avec son équipe. Je souhaite maintenant que cela se traduise par des actions», déclare Régine Laurent.

La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec n'est pas la seule à s'inquiéter pour le réseau de la santé et des services sociaux. «Chaque jour, nos membres constatent une lourdeur de plus en plus pesante de la tâche causée par les abolitions de postes et les coupes. Tout le monde est à bout de souffle et ce n'est pas d'hier que nous le mentionnons à l'employeur», allègue Andrée Guillemette, la présidente du Syndicat des infirmières, inhalothérapeutes, infirmières auxiliaires du Coeur-du-Québec. Cette dernière a rencontré l'enquêteur du ministère et la direction de l'établissement hier. 

Martin Beaumont n'a pas retourné nos appels.

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