Résidence Cooke: «j'ai fait ce que j'avais à faire»

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Laurie Noreau
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Un peu plus de trois jours après la diffusion de sa vidéo montrant des personnes en détresse à la résidence Cooke, Johanne Panneton a à peine eu le temps de réaliser le tourbillon médiatique dans lequel elle est plongée. Même si elle assure n'avoir aucun regret face à son geste, elle avoue que le doute lui a traversé l'esprit.

«Je ne m'attendais pas à ça, pas une minute», avoue-t-elle d'emblée. Depuis 72 h, elle multiplie les entrevues et les rencontres avec les médias de la région, mais aussi du reste du Québec. Une tâche qu'elle prend très au sérieux et pour laquelle elle n'hésite pas à s'impliquer. «Je ne m'attendais pas à ce que ce soit gros comme ça, mais maintenant que c'est lancé, il faut que je continue», lance celle qui se considère en véritable mission. «La dame au sol dans la vidéo, elle n'a pas de famille. Personne ne vient la voir. Si personne n'en parle, que ce soit moi ou quelqu'un d'autre, qu'est-ce qui va arriver avec elle?», se questionne-t-elle. 

Même si elle affirme n'avoir aucun regret, elle avoue que le doute l'a tenaillée à plusieurs reprises durant les derniers jours. Ce sont surtout les commentaires qu'elle a consultés sur les réseaux sociaux qui l'on fait hésiter sur la légitimité de ses démarches. «Sur Facebook, il y a des commentaires... des commentaires qui ne sont pas en ma faveur disons», commence-t-elle. «Des gens qui disent ''pourquoi elle ne les aide pas au lieu de se promener avec son appareil?''. Ça, c'est venu me chercher», confie-t-elle. «Mais j'ai vu d'autres commentaires de gens qui me remerciaient de faire tout ça. J'ai compris que j'avais fait ce que j'avais à faire.»

L'ampleur que prenait la nouvelle et le nombre de visionnements de sa vidéo qui grimpait à une vitesse vertigineuse l'ont un peu déstabilisée. «Ma première pensée, ça a été pour les préposés», révèle-t-elle. «J'espérais qu'ils n'aient pas de représailles de ça parce qu'ils ne sont pas responsables. J'ai l'impression qu'on ne l'a pas assez dit que ce n'était pas de leur faute.» 

Malgré les événements, Mme Panneton a continué d'aller voir sa mère quotidiennement. Elle a donc remis les pieds à Cooke et constate que l'ambiance n'est plus la même. «C'est très, très froid. Pas parce que [les préposés] le veulent. Ils ont été avertis qu'ils n'ont pas le droit de parler.» Elle tenait à livrer un message qui, elle espère, sera entendu et surtout compris par tous les préposés qu'elle côtoie: «Je le sais que vous avez les deux mains liées. Je l'ai fait pour vous autres. Je l'ai fait par solidarité pour vous autres parce que ça n'a pas de bon sens. Je le sais ce que vous faites sur le plancher, je vous vois aller, je vous vois courir. Personne ne peut rien vous reprocher, même pas la haute direction», tient-elle à souligner. 

Quant à sa mère, elle ne doute pas que les préposés continueront de lui prodiguer de bons soins. «Je ne suis même pas inquiète pour ma mère. Parce que je suis trop là», lance-t-elle en riant. «J'y vais à tous les soirs et, dans le jour, ce sont mes soeurs qui y vont.»

Depuis le tout début, Mme Panneton savait qu'elle avait une bombe entre les mains. Elle est convaincue que «la vidéo a fait la différence». «Parfois, des membres de la famille des résidents apportent des photos, les montrent aux responsables et il ne se passe rien. Mais là, on entend. On entend le monsieur qui crie ''aidez-moi! vite, vite, vite'', on entend les cloches qui sonnent de partout et on m'entend crier à tue-tête ''Est-ce qu'il y a des préposés?'' et il n'y a pas de réponse», énumère-t-elle. «Je suis convaincue qu'il y a en d'autres maintenant qui vont parler, que ça ne les inquiétera plus de parler.»

On dit que les absents ont toujours tort. Le soir même où elle a tourné ces images, Mme Panneton est allée cogner au bureau du responsable de l'unité, à qui elle avait l'habitude de formuler ses plaintes, avec sa précieuse vidéo entre les mains. Elle souhaitait le confronter à ces troublantes images. Elle s'est butée à une porte close. C'est à ce moment-là qu'elle a décidé d'alerter les médias. «S'il avait été dans son bureau, il n'y a rien de tout ça qui serait sorti», confirme-t-elle. «Ce n'est peut-être pas pour rien qu'il n'était pas là. Si je lui avais remis la vidéo à lui, ça n'aurait rien donné», croit-elle. 

Déçue de la réaction du CIUSSS

Même si elle se dit satisfaite de la tournure des événements, elle est déçue de certaines déclarations qui ont été faites dans les derniers jours. Une phrase prononcée par Martin Beaumont, président-directeur général du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Mauricie-Centre-du-Québec, l'a d'ailleurs fait bondir. «Ce qui m'a choquée, c'est quand Martin Beaumont a dit que, quand on appelle une ambulance, ça prend plus que deux minutes et demie. Sauf que quand je faisais venir l'ambulance pour mon beau-père, je lui tenais la main et je le rassurais. Ça prenait peut-être 15 minutes avant qu'elle arrive, mais durant ce temps-là j'étais à côté de lui et je lui parlais. Il n'était pas seul», nuance-t-elle.

Alors que deux enquêtes simultanées feront la lumière sur les événements, Mme Panneton assure qu'elle continuera de s'impliquer. «Pour l'instant, je me sens prête à continuer. J'ai de l'énergie.»

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