Personnes en détresse à la résidence Cooke: une dame filme toute la scène

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Laurie Noreau
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Une dame de Trois-Rivières ne croyait jamais tomber sur une telle scène lorsqu'elle a rendu visite à sa mère mercredi soir à la résidence Cooke. À son arrivée, deux résidents de l'établissement étaient couchés directement sur le sol après une chute dans leur chambre respective et imploraient de l'aide. Et les membres du personnel étaient introuvables sur l'étage. Johanne Panneton a été tellement choquée par ce qu'elle a vu qu'elle a capté sur vidéo les troublantes images.

Dans la vidéo de près de trois minutes, on aperçoit très clairement un homme au sol. Quand Mme Panneton est arrivée, celui-ci était déjà par terre juste à côté de son lit. Impossible pour elle de savoir depuis combien de temps il se trouvait dans cette fâcheuse position. Mme Panneton lui assure alors qu'elle va chercher quelqu'un qui puisse l'aider. L'homme lui implore de se dépêcher. «Vite, vite», l'entend-on gémir. 

Quelques chambres plus loin, une femme est elle aussi au sol sur le dos. Elle tente de se relever, mais en est incapable. On voit alors Mme Panneton arpenter les corridors de long en large sur l'étage en demandant de l'aide. Aucune trace d'un préposé. Plusieurs minutes ont été nécessaires avant qu'un membre du personnel fasse son apparition et aille à la rencontre de l'homme couché au sol. 

Johanne Panneton rend visite à sa mère de 85 ans tous les jours. Malheureusement, elle est souvent témoin de situations tout aussi déplorables les unes que les autres. Mais cette fois-ci, elle a eu le réflexe de capter le tout. «Les préposés m'ont dit ''Partage-la ta vidéo, Johanne''. Ils veulent que quelqu'un parle parce que, eux, ils ne peuvent rien faire. Ils sont essoufflés!», déplore-t-elle. 

Dans toute cette histoire, c'est le triste sort des employés qui désole Johanne Panneton. «Je ne blâme aucunement les employés. En ce qui me concerne en tout cas, ceux que je côtoie ne méritent pas d'être blâmés. Personne n'est de mauvaise foi», insiste-t-elle. «Et les deux préposés en avaient déjà pleins les bras.» Deux préposés: c'est le décompte qu'elle a fait des membres du personnel dans l'unité, qui compte une quarantaine de résidents, au moment où ont été tournées les images. Selon elle, deux autres membres du personnel étaient en pause, donc absents au moment des événements. Un dénombrement qui est loin de correspondre aux normes régionales et nationales concernant le ratio d'intervenants par usagers. 

Au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Mauricie-Centre-du-Québec, on recommande un préposé pour douze ou treize résidents en soirée ainsi qu'une infirmière par unité. Cette dernière est soutenue par des infirmières auxiliaires dont le nombre diffère selon les secteurs et le nombre de résidents. C'est donc au moins un préposé de plus qu'il aurait fallu compter dans ce cas-ci.

«Ça arrive souvent qu'on travaille pour une bonne durée avec deux préposés aux bénéficiaires pour 40 patients», confirme Rosaire Hamelin, président du syndicat du personnel auxiliaire, paratechnique et des métiers au CSSS de Trois-Rivières. «À deux, il faut courir! On ne peut pas être à deux endroits en même temps. On a un service à donner et on a de la misère à le donner. C'est terrible», concède M. Hamelin. «Mais on prend plus de précautions quand on manque de personnel. On prend les moyens pour qu'il n'arrive pas d'accident grave. Et dans ces conditions-là, il faut donner ce qui est prioritaire comme soins parce que sinon, ce n'est pas faisable», remarque-t-il. 

Andrée Guillemette, présidente du syndicat des infirmières, inhalothérapeutes et infirmières auxiliaires du Coeur-du-Québec (SIIIACQ) affilié à la CSQ, ne se dit pas «surprise» que de telles situations se produisent. «Particulièrement en hébergement, les effectifs sont très réduits. Ils se sont résignés à faire plus avec moins», se désole-t-elle. «Je trouve ça inconcevable. C'est presque rendu une habitude de fonctionner à personnel réduit.»

Au CIUSSS de la Mauricie-Centre-du-Québec, on assure que les mesures sont prises pour que des événements semblables ne se produisent pas. «Il y a une cloche d'appel dans toutes les chambres pour alerter rapidement le personnel», explique Anne-Sophie Brunelle, conseillère en communication. «Et les usagers plus à risque de chutes ont des tapis sonores qui avertissent le personnel que la personne se lève et qu'il y a donc un risque de chutes. Ça peut être utile durant la nuit», ajoute-t-elle. 

Johanne Panneton n'en est pas à ses premiers soubresauts en matière d'événements troublants à cette résidence. Elle est parfois tentée de venir en aide à certains résidents en détresse, mais hésite. «Est-ce que je serai tenue responsable s'il arrive quelque chose pendant que j'apporte de l'aide?», se demande-t-elle. 

Maintenant qu'elle a en main ces précieuses images, elle ne compte pas en rester là. «Je veux aller voir la direction de l'établissement avec cette vidéo-là. Quand je vais dénoncer des choses, on me demande des preuves. Là j'en ai une», conclut-elle.

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