Survivre à un violent accident de vélo

La Trifluvienne Francine Lefebvre invite les automobilistes à... (Photo: Olivier Croteau)

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La Trifluvienne Francine Lefebvre invite les automobilistes à prendre la selle afin qu'ils comprennent davantage l'insécurité vécue par certains cyclistes de long parcours.

Photo: Olivier Croteau

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Olivier Gamelin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Francine Lefebvre a vu la mort de près. Elle roulait en bicyclette le 29 juillet 2014 lorsqu'une voiture l'a percutée. Elle a bien failli y laisser sa vie. Grave commotion cérébrale, poumon perforé, fractures des côtes et du bassin, la dame a été plongée deux semaines dans le coma. À l'aube du premier anniversaire de ce violent accident, la Trifluvienne est en mesure de remonter sur une selle de vélo, mais la convalescence est longue, un coup de pédale à la fois. Aujourd'hui, elle souhaite sensibiliser les automobilistes à l'importance de partager équitablement la route.

Un combat inégal, donc, lorsque ça fait bang. Une tonne de métal contre 150 livres de chair humaine. Nonobstant certaines séquelles, Mme Lefebvre s'en est tirée «miraculeusement». À l'inverse, chaque année au Québec, plus d'une douzaine de cyclistes n'ont pas cette chance et décèdent après avoir été frappés par un véhicule routier.

«Ce n'est pas juste un vélo sur la route, il y a quelqu'un sur le vélo. On est fragile. La fragilité du corps est là. Quand tu as un accident de vélo, comme moi, c'est long avant de récupérer. Ce n'est pas deux ou trois mois à l'hôpital. Dans mon cas, j'en ai pour minimum deux ans», mentionne Mme Lefebvre sans se décourager, même si elle reconnaît que, au cours des derniers mois, certaines épreuves ont été plus difficiles que d'autres à traverser.

Le 29 juillet, Francine Lefebvre roulait en tête d'un peloton de douze cyclistes sur le chemin des Petites Terres, secteur Pointe-du-Lac. Vitesse de pointe à la descente d'un viaduc: plus de 40 kilomètres à l'heure. En sens opposé, une automobiliste s'immobilise pour céder la route au groupe, mais change d'idée à la dernière minute et tourne sur sa gauche. Bang! La collision est inévitable. À cette vitesse, «ça cogne», se souvient Mme Lefebvre.

Depuis, la convalescente se porte mieux, mais le chemin de la guérison est encore long. Pour celle qui roulait jadis plus de 5000 kilomètres par année, pour celle qui avoue que «le vélo, c'était ma vie», les côtes sont parfois très pénibles à monter.

«Il y a des hauts et il y a des bas. Parfois, il y a vraiment des bas. J'ai eu vraiment des gros bas l'hiver dernier... Avant de prendre ma médication, je pleurais tout le temps, tous les jours. J'ai trouvé ça dur, vraiment. C'est dur, oui... C'est un nouveau rythme, c'est une nouvelle vie... Là, ça va mieux. Tranquillement, ça va de mieux en mieux, mais il y a eu des bouts que c'était vraiment difficile. Même si tu te dis: je ne veux pas mourir, il y a de la souffrance pareil. Je vois passer des vélos, parfois, et ça me fait quelque chose dans le coeur», affirme-t-elle en gardant le moral malgré tout.

Il y a quelques jours, Francine Lefebvre a roulé à nouveau sur le chemin des Petites Terres, en voiture cette fois, car après une balade d'au plus 20 kilomètres, la fatigue prend le dessus sur tout le reste. Lorsqu'elle a croisé l'intersection où sa vie a été bouleversée, le passé a refait surface et, avec lui, la rage de l'injustice. «J'étais en colère», lance-t-elle. En colère contre la décision de l'automobiliste de s'engager malgré les risques encourus, en colère contre le peu de cas que font certains conducteurs des autres et qui s'obstinent à ne pas partager la route avec les amateurs de vélo, en colère contre cette vie, ce stress qui presse les gens derrière le volant d'une automobile qui, en claquant des doigts, peut se transformer en «arme contre les cyclistes».

C'est justement pour ne pas nourrir éternellement cette «colère» que Mme Lefebvre espère sensibiliser conducteurs et cyclistes à l'importance de partager l'asphalte au bénéfice de tous. Et ce, sur tous les artères de la Belle Province. Après avoir mangé des milliers de kilomètres sur les routes canadiennes et états-uniennes, la cycliste estime qu'ici plus qu'ailleurs, les voitures sont reines et maîtres, souvent aveugles, de la route, plusieurs fois aux dépens des autres.

«Pour avoir roulé aux États-Unis et dans le Canada anglais... Ils sont d'un respect! Au Québec, ça commence à peine. C'est vraiment différent. Ici, on te colle pas mal. Aux États-Unis, dans le reste du Canada, même pour les piétons, les voitures arrêtent. Au Québec, les gens n'arrêtent pas encore. Les gens ne sont pas patients avec les cyclistes», déplore Mme Lefebvre. «Quand une voiture passe et que tu sens quasiment le moteur...»

Invitation d'une rescapée de la route lancée aux automobilistes: «Moi, je fais attention. Quand je suis en auto, je me tasse. Ça ne me dérange pas d'arrêter ou de me mettre dans l'autre voie. J'en ai fait du vélo, alors je sais c'est quoi. Faudrait qu'ils [les automobilistes] embarquent sur un bicycle pour voir la différence» entre le sentiment d'insécurité sur deux roues et la toute puissance sur quatre.

Quant aux cyclistes, «il faut être prudent», recommande Mme Lefebvre en ayant une pensée pour la journaliste Isabelle Richer qui, le 28 juin, a été grièvement blessée à la tête après avoir été percutée de plein fouet par un camion alors qu'elle roulait sur un rang de campagne en Montérégie. «Une tonne contre 150 livres, tu n'as aucune chance. Il ne faut pas tomber dans la paranoïa, mais il faut demeurer alerte, car ça peut arriver à n'importe qui, à n'importe quel moment. On ne sait pas ce qui peut nous arriver dans la vie, du jour au lendemain», conclut Mme Lefebvre.

Notons qu'au Québec, les cyclistes sont astreints aux mêmes règles de sécurité routière que les automobilistes. Qui plus est, lorsqu'une voiture double un cycliste sur la route, le conducteur doit assurer un corridor de sécurité d'au moins un mètre et demi. Selon les statistiques colligées par la Société de l'assurance automobile du Québec, 1954 cyclistes ont été victimes d'un accident de la route impliquant un véhicule routier en 2012. De ce nombre, 13 sont décédés, 88 ont été gravement blessés et 1853 ont été légèrement blessés.

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