Commission scolaire de l'Énergie: des bébés allaités interdits d'accès

Audrey Dupont-Lépine, coordonnatrice d'Allaitement-Soleil, avec la petite Alice... (Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Audrey Dupont-Lépine, coordonnatrice d'Allaitement-Soleil, avec la petite Alice âgée de 10 mois.

Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Olivier Gamelin
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Toutes trois allaitent leur enfant âgé de sept mois et moins. Actuellement en congé maternité, toutes trois travaillent depuis peu à la Commission scolaire de l'Énergie (CSE). Autre point en commun, les trois jeunes mamans se sont vu refuser l'accès à l'auditorium de l'école secondaire des Chutes de Shawinigan, le 25 juin dernier, lors de la séance annuelle d'affectation des salariés en service direct aux élèves, sous prétexte que les enfants n'y étaient pas admis. Une situation «inacceptable» que déplore l'organisme Allaitement-Soleil.

«C'est surprenant qu'une situation comme celle-là arrive encore aujourd'hui», lance d'emblée la coordonnatrice d'Allaitement-Soleil, Audrey Dupont-Lépine. Une décision d'autant plus «surprenante», estime-t-elle, de la part d'une commission scolaire.

«Un bébé allaité, c'est un bébé qui ne peut pas se passer de sa mère. C'est un bébé qui suit sa mère partout», explique la coordonnatrice. «La séance d'affectation [où les postes de travail sont alloués aux employés pour l'an prochain] durait toute la journée. La mère qui allaite ne peut pas s'en aller toute la journée en laissant son poupon avec le papa à la maison. C'est impossible.»

Parce qu'elles sont nouvellement engagées par la CSE, les trois mères n'ont pas voulu prendre le bâton du pèlerin pour condamner publiquement cette circonstance dont elles ont fait les frais. C'est pourquoi elles ont transmis leur desiderata à une bénévole d'Allaitement-Soleil, également présente à la séance annuelle d'affectation. Cette dernière a aussitôt communiqué avec Mme Dupont-Lépine pour que cette situation ne devienne pas lettre morte.

«Le plus fâchant, c'est de voir que cette décision provient d'une entité, une commission scolaire, et de voir qu'elle est complètement fermée sur ce point-là. D'autant plus que ce n'était pas la majorité des gens présents qui avaient un bébé. Le pourcentage était faible. Alors non seulement la Commission scolaire aurait dû les accepter, mais aussi leur offrir un endroit confortable, leur offrir une chaise, mettre à leur disposition une table à langer. Il y a eu un grand manque», croit Mme Dupont-Lépine. À ses yeux, la CSE aurait pu mettre en place «très facilement» quelques petits accommodements raisonnables pour le bien-être de ses employées.

«Aujourd'hui, c'est inacceptable, surtout dans le milieu de l'éducation. On parle d'éduquer l'avenir et on va refuser l'accès à des bébés. On comprend de refuser l'accès à des enfants, mais pour des bébés allaités qui ont besoin de leur mère, ce n'est pas acceptable. On ne peut pas ne rien faire. Les trois mères ont demandé à Allaitement-Soleil de faire quelque chose pour éviter que ça se reproduise avec d'autres mères», renchérit la bénévole de l'organisme témoin de la scène et qui préfère garder l'anonymat.

Selon un jugement statué par la Cour suprême du Canada et inséré dans la Charte des droits et libertés de la personne, «nul ne peut interdire à une femme d'allaiter en public ou lui demander d'aller dans un endroit en particulier». Précisément, selon l'article 15 de la Charte, «nul ne peut, par discrimination, empêcher autrui d'avoir accès aux moyens de transport ou aux lieux publics», article qui fait écho à une décision rendue par le Tribunal de la personne du Québec qui conclut «qu'une distinction fondée sur l'allaitement maternel est une distinction fondée sur le sexe» et, donc, une discrimination.

«Les mères ont le droit d'allaiter partout. Elles n'ont pas besoin de se cacher pour allaiter», résume Mme Dupont-Lépine.

Le Syndicat des employés de soutien de la Mauricie estime, par la voix de son président, René Lang, que la CSE aurait dû faire preuve de tolérance à l'égard des mères accompagnées de leur poupon. Présent lors de la séance d'affectation, M. Lang rapporte que cette situation a fait beaucoup de brouhaha le 25 juin dernier, plusieurs employés demandant au représentant de la CSE sur place de laisser entrer les trois femmes. Un brouhaha si fort, en fait, que le ton serait monté d'un cran, l'employeur allant jusqu'à accuser le syndicat d'avoir fomenté de toute pièce une cabale organisée.

À son avis, les bébés allaités lors de ces séances annuelles sont «un irritant automatique pour l'employeur. Mais il y a juste lui qui a capoté avec ça». Ainsi, il serait préférable que la CSE mette en oeuvre «une forme de tolérance, d'autant plus que des enfants qui pleurent, ça ne perturbera pas la concentration des gens».

À l'inverse, si la CSE a mis en place, depuis deux ans, cette directive refusant l'accès aux enfants, c'est justement parce que certains employés lui avaient fait part des désagréments causés par les enfants lors de ces journées de travail. «On avait des plaintes», assure le directeur général de la CSE, Denis Lemaire.

La CSE amie des bébés allaités?

En 2010, Allaitement-Soleil a accompagné l'administration de Shawinigan pour que la Ville devienne amie des bébés allaités, une première au Québec dans le monde municipal. Plusieurs commerçants ont suivi le pas et portent désormais cette étiquette. Mme Dupont-Lépine propose donc de rencontrer les administrateurs de la CSE pour les aider à devenir, à leur tour, amis des bébés allaités et ainsi éviter qu'une situation comme celle survenue le 25 juin ne se reproduise.

«La Commission scolaire est bien placée pour créer un environnement favorable à l'allaitement lors d'occasions comme celle-là. Peut-être qu'elle a d'autres événements durant l'année où ça s'appliquerait», souligne Mme Dupont-Lépine. «C'est la responsabilité de l'employeur de s'assurer que tous ses employés soient bien.»

Une demande qui n'est pas tombée dans l'oreille d'un sourd. À la CSE, M. Lemaire se dit très ouvert à apporter certaines modifications pour les futures séances d'affectation.

Qui plus est, même s'il ignorait l'existence de l'organisme Allaitement-Soleil, il invite ses membres à s'asseoir autour d'une table afin de trouver des solutions qui accommoderaient les jeunes mères qui allaitent leurs enfants. M. Lemaire assure que le Syndicat pourrait très bien proposer des changements organisationnels par le biais du Comité des relations de travail.

«Peut-être qu'il peut y avoir un ajustement, et nous sommes à l'aise. En même temps, peut-être qu'Allaitement-Soleil pourrait venir cette journée-là pour, justement, assister les mères. On pourrait leur prêter un local pour qu'elles soient à côté si elles veulent allaiter. Mais ce qui est clair, c'est que lorsque nous avons envoyé une lettre [indiquant que les enfants n'étaient pas admis], il n'y a pas eu de contestation.»

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