La démolition de l'ancienne usine Alcan débute la semaine prochaine

Ce n'est pas qu'une page d'histoire qui se... (Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste)

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Ce n'est pas qu'une page d'histoire qui se tourne à Shawinigan, avec la démolition de l'usine Rio Tinto Alcan, c'est un livre qui se ferme sur plus d'un siècle de production d'aluminium.

Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste

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Olivier Gamelin
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Une page de l'histoire de Shawinigan vient de se tourner. Et le livre se fermera dès la semaine prochaine, alors que les premiers marteaux mécaniques martèleront les installations de l'usine Rio Tinto Alcan de Shawinigan. Du moins, les camions fournisseurs commenceront dans quelques jours leurs incessants allers et retours pour faire définitivement place nette. Des travaux qui devraient se poursuivre jusqu'en décembre 2016.

La nouvelle a été confirmée, jeudi, par la porte-parole de Rio Tinto Alcan, Claudine Gagnon. «On a terminé nos analyses quant à savoir ce qu'on allait décider pour les bâtiments. Il a été décidé cette semaine de procéder au démantèlement, au nettoyage, à la démolition et à la réhabilitation du site.»

L'entreprise en est venue à cette conclusion considérant l'état vétuste des nombreux bâtiments qui, à une certaine époque, faisaient la gloire de la région. Tenant compte des coûts d'entretien de ce vaste périmètre, et constatant qu'aucune entité industrielle ne s'était montré intéressée à reprendre les installations dans leur état actuel, Rio Tinto Alcan a opté pour l'option de faire table rase, une option évaluée entre 60 et 70 millions $.

«Après analyse, on a constaté l'état des bâtiments actuels, entre autres, et il y avait également le fait qu'à ce stade-ci, on n'avait toujours pas trouvé de repreneur. Donc, l'entretien des bâtiments, versus la démolition... C'est un choix qui a été fait de procéder aux quatre étapes de démolition. À ce stade-ci, il y aurait dû y avoir de l'entretien et des travaux effectués aux bâtiments. C'est donc certain qu'on n'investira pas dans des bâtiments de cet âge-là. On a donc pris la décision de démolir et de décontaminer les terrains pour une utilisation industrielle ultérieure», précise Mme Gagnon.

Pour la petite histoire, rappelons que l'usine de Rio Tinto Alcan à Shawinigan a été construite en 1900 par la Pittsburg Reduction Compagnie. Le 22 octobre 1901, les premiers lingots d'aluminium sortaient des fourneaux. En 1941, on construisait une seconde usine d'électrolyse pour remplacer la première.

Échéancier des travaux

Une fois les bâtiments vidés de leur contenu, les pics des travailleurs s'attaqueront au centre de fabrication des anodes, ces dernières étant intégrées au procédé d'électrolyse de l'aluminium. Puis les salles de cuves seront démantelées une à une, suivies des transformateurs. Notons que le bâtiment administratif demeurera debout, ainsi que le centre de coulée, actuellement opéré par la Shawinigan Aluminium, une filiale de l'entreprise saguenéenne du Groupe Sotrem-Maltech qui embauche actuellement environ 75 travailleurs.

Par la suite, on procédera au nettoyage du site, puis à la décontamination des terres. Pour l'heure, Rio Tinto Alcan n'a pas précisé le degré de contamination de ce terrain où l'on produit de l'aluminium depuis plus d'un siècle. «Peu importe, on va laisser l'endroit propice à un niveau d'utilisation industrielle», répète Mme Gagnon.

Quant à l'avenir des terrains une fois les travaux complétés, Mme Gagnon n'écarte pas l'idée que la Ville de Shawinigan puisse les acquérir contre une somme symbolique. «Ça pourrait être une option, mais au moment où on se parle, il est encore trop tôt. Il faut vraiment se donner du temps pour débuter les travaux. On a encore du temps devant nous pour voir qu'elles sont les options de ce côté-là. Par contre, c'est certain qu'on a toujours notre équipe du bureau de développement économique régional qui est en contact avec la Municipalité et les intervenants pour voir qu'elles pourraient être les projets potentiels pour le site.»

Embauche de travailleurs régionaux

Pour traverser les quatre étapes, de la démolition à la décontamination du site, Rio Tinto Alcan entend faire appel à des entrepreneurs qui proviendraient, autant que possible, de la région de la Mauricie.

«Ce sont les processus d'appel d'offres de Rio Tinto Alcan qui ont été suivis. Par contre, il y a toujours un souci d'avoir le plus de retombées économiques régionales partout où l'on opère, partout où l'on a des activités. Dans le cas de Shawinigan également. La main-d'oeuvre, pour la plupart, va provenir de la région de la Mauricie. C'est notre souci. Tout le projet va être supervisé par Rio Tinto Alcan, dans les standards Rio Tinto Alcan en matière de santé, sécurité et environnement, et aussi dans les services à la communauté», assure Mme Gagnon.

Rappelons que c'est en août 2013 que Rio Tinto Alcan annonçait sa volonté de mettre la clé sous la porte de son usine de Shawinigan dès le mois de novembre suivant. Le 29 novembre, en effet, la dernière salle de cuves de l'aluminerie cessait ses activités. Plus de 425 personnes, dont la moyenne d'âge était de 49 ans, perdirent progressivement leur emploi, sans compter les 40 millions $ de masse salariale qui s'envolèrent ailleurs au Québec et qui allait porter un dur coup à l'essor économique régionale. À pareille date, l'usine produisait 100 000 tonnes d'aluminium par année, loin des 400 000 tonnes qu'elle jugeait nécessaires pour assurer sa rentabilité.

En décembre 2014, le dernier clou était planté dans l'usine shawiniganaise. La mise en vigueur de nouveaux règlements pour la protection de l'environnement la contraignirent à d'importants investissements. Rio Tinto Alcan devait alors se débarrasser de sa vieille ligne de production pour la remplacer par une technologie moins polluante. La même année, les célèbres cheminées noirâtres qui faisaient partie du paysage shawiniganais depuis plus d'un siècle disparaissaient de l'horizon.

L'aluminium à Shawinigan

22 octobre 1901: mise en opération de 32 cuves Hall par la Pittsburgh Reduction Company à Shawinigan

2 décembre 1901: un chargement de 30 tonnes part pour le Japon.

1919: 720 ouvriers travaillent à la production de 403 cuves.

1941: construction et mise en opération de l'usine du boulevard Saint-Sacrement (plan II)

1945: arrêt de la production de lingots sur le site initial.

1985: arrêt de la production de câbles sur le site initial.

2007: achat d'Alcan par Rio Tinto (la Pittsburgh Reduction Company était devenue Alcoa et Alcan)

2013: fin de la production d'aluminium à Shawinigan

Juin 2015: début des travaux de démolition de l'usine.

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