Jean Doré est décédé à l'âge de 70 ans

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Jean Doré, en 1990.

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Mario Gilbert
La Presse Canadienne
Montréal

Jean Doré, qui a été maire de Montréal pendant deux mandats, de 1986 à 1994, est décédé lundi d'un cancer du pancréas à l'âge de 70 ans.

M. Doré avait appris l'an dernier qu'il était atteint de ce cancer très souvent incurable; il n'avait observé jusque-là aucun signe avant-coureur de cette fulgurante maladie.

Dans un communiqué diffusé lundi par la Société de recherche sur le cancer, il est précisé que M. Doré est décédé entouré des siens.

Le maire de Montréal, Denis Coderre, a annoncé qu'il sera exposé en chapelle ardente à l'hôtel de ville samedi et dimanche. Des funérailles civiques seront également célébrées à l'hôtel de ville montréalais, «sa maison politique», a précisé M. Coderre. Il s'agit aussi du souhait exprimé par M. Doré. «Sa passion pour Montréal a été indéniable», a déclaré le maire Coderre au sujet de celui qui occupait ses fonctions il y a deux décennies.

Il a fait beaucoup pour les femmes et «ouvert l'hôtel de ville aux citoyens» notamment en instaurant une période de questions du public lors des assemblées du conseil, a noté le maire Coderre. «Il a empêché la dévastation sauvage du Mont-Royal», a-t-il ajouté.

Né le 12 décembre 1944 à Montréal, Jean Doré étudie le droit à l'Université de Montréal, où il deviendra président de l'association étudiante en 1967. Le jeune militant est plus tard repêché par le chef du Parti québécois René Lévesque comme attaché de presse pour la campagne électorale de 1970.

Il passera ensuite aux milieux communautaires et citoyens, à la direction de la Fédération des associations coopératives d'économie familiale (les ACEF) de 1972 à 1975. Il milite aussi pendant ce temps au sein de la Ligue des droits de l'Homme, alors que le Québec sort de la crise d'Octobre et de ses atteintes aux droits individuels.

Sa sympathie pour la gauche progressiste l'amènera tout naturellement à faire partie, en 1974, du noyau fondateur du Rassemblement des citoyens de Montréal (RCM), nouveau parti municipal qui visait à chasser du pouvoir Jean Drapeau, élu sans discontinuer maire de la métropole depuis 1960. M. Doré sera élu trésorier du RCM, qui ne réussira pas à renverser le maire Drapeau cette année-là.

Parallèlement à cet engagement politique discret, l'ancien président des ACEF se fait connaître d'un plus large public, en 1978, en animant une série de 20 émissions de télé qui démontent la mécanique de l'industrie publicitaire, à Radio-Québec et à la toute naissante Télé-Université.

Lors des élections municipales de 1982, le RCM, pratiquement balayé aux élections de 1978 à la suite d'un schisme au sein du parti, choisit Jean Doré comme candidat à la mairie, qui obtient ensuite36 pour cent des suffrages exprimés (contre 48 pour cent pour Drapeau). Mais il ne fait pas partie des 15 conseillers du RCM élus à l'hôtel de ville; il devra attendre une élection complémentaire, en 1984, pour accéder au conseil et devenir officiellement chef de l'opposition.

En 1986, Jean Drapeau annonce son retrait prochain de la vie politique, et le RCM, 14 ans après sa naissance, réalise un raz-de-marée spectaculaire: 55 élus sur 58. Jean Doré devient le 39e maire de Montréal, avec 68 pour cent des suffrages exprimés (contre Claude Dupras du Parti civique).

Décentralisation

Le nouveau maire et le RCM impriment aussitôt leur empreinte progressiste sur la démocratie municipale montréalaise, en nommant par exemple trois femmes et trois hommes au comité exécutif, et en allégeant considérablement la procédure à la période de questions orales des citoyens aux séances du conseil.

L'administration Doré adoptera par ailleurs une «politique de décentralisation» en créant neuf arrondissements, qui regroupent chacun plus ou moins six anciens «districts». C'est aussi le régime Doré qui créera dans les arrondissements 13 bureaux Accès Montréal, «guichets uniques» pour les services aux citoyens. En 1988, c'est encore l'administration Doré qui met sur pied le Bureau de consultation de Montréal.

Lors des élections de 1990, le RCM est reporté au pouvoir, avec 41 conseillers, dont 15 femmes; Jean Doré est réélu maire, avec une majorité de 59 pour cent des voix. Autre jalon pour le RCM: Léa Cousineau est nommée présidente du comité exécutif, devenant la première femme à occuper ce poste stratégique dans l'histoire de Montréal.

Le deuxième mandat Doré coïncide par ailleurs avec le350e anniversaire de la fondation de Ville-Marie, en 1992. Malgré la morosité économique ambiante, les gouvernements en place acceptent de marquer le coup en menant de grands travaux dans la métropole - comme ils le feront en 2008 pour le 400e de la ville de Québec: le vélodrome du Parc olympique devient unBiodôme, le musée Pointe-à-Callière est construit dans le Vieux-Montréal, et le Jardin botanique de Montréal aménage un jardin chinois.

C'est aussi sous son administration que la Ville crée de toutes pièces sur l'île Notre-Dame un lac et sa plage de sable fin, que bien des Montréalais appellent encore aujourd'hui «la plage Doré». Au coeur de ce qui est devenu depuis le parc... Jean-Drapeau.

Mais aux élections de novembre 1994, Pierre Bourque, ex-directeur du Jardin botanique de Montréal mais plutôt inconnu jusque-là, crée la surprise en récoltant47 pour cent des voix pour la mairie, contre ses rivaux Jean Doré et l'ex-ministre de la Justice et ex-maire d'Outremont Jérôme Choquette.

M. Doré, qui se brouille ensuite avec le RCM sur la privatisation de services municipaux, présente à nouveau sa candidature à la mairie en 1998 mais sous une nouvelle bannière, Équipe Montréal; il sera défait une deuxième fois par Pierre Bourque, et quittera définitivement la vie politique active.

Il a occupé par la suite un poste de direction à la Caissecentrale Desjardins, et a aussi présidé la Fondation des Auberges du coeur.

«C'était un grand homme, un grand maire.»- Gilles Duceppe, chef du Bloc québécois et ami du disparu

«Il a contribué à changer durablement la vie démocratique municipale à Montréal. Son élection à la mairie, en 1986, a instauré le début d'une nouvelle ère marquée du sceau de l'ouverture. C'était un homme de conviction, d'une intégrité remarquable. Le Québec perd un démocrate exceptionnel et un grand bâtisseur.»- Philippe Couillard, premier ministre

«Jean Doré a fait entrer l'administration municipale dans la modernité. Il a renouvelé les façons de faire et sous sa direction, les Montréalaises et les Montréalais se sont sentis interpellés comme jamais dans les débats entourant l'avenir de leur ville »- Pierre Moreau, ministre responsable des Affaires municipales et de l'Occupation du territoire

«Il avait un amour et une ambition immenses pour sa ville. Toujours, il plaçait les citoyens au centre de son engagement politique. Il a marqué la métropole par sa vision claire de la participation citoyenne, de l'environnement, de la sauvegarde du patrimoine et de l'urbanisme, entre autres. Je veux saluer son dévouement envers la population de Montréal et du Québec. »- Pierre Karl Péladeau, chef du Parti québécois

«Avec lui, la préoccupation à l'égard de la qualité de l'environnement et de la qualité de vie faisait son entrée officielle à l'hôtel de ville. Soutien à la vie communautaire, recyclage, aménagement de parcs, mise en valeur du patrimoine bâti, promotion du logement social, relance du transport en commun. Ses réalisations sont multiples et reflètent une vision progressiste de la vie urbaine.»- Robert Poëti, ministre responsable de la métropole

«C'est un grand choc aujourd'hui pour tous les élus du conseil de ville d'apprendre la mort de ce grand maire que fut Jean Doré, Jean Doré qui a jeté les bases du monde municipal tel qu'on le connaît aujourd'hui. Il est une inspiration pour tous les élus.»- Luc Ferrandez, chef de Projet Montréal

«Il avait une incroyable capacité à saisir et cerner un dossier complexe, technique et touffu de façon quasi instantanée. Une heure après avoir eu une présentation, il se retrouvait avec des gens à qui il traduisait ça en termes compréhensibles. C'était un phénomène, ce qui était accentué par le fait qu'il était un très bon tribun.»- Michel Lemay, directeur des communications à l'arrondissement de Montréal-Nord, conseiller municipal du RCM de 1986 à 1994 et membre de l'exécutif de la CUM

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