Attention, pièges dangereux en ville!

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Le règlement municipal de la Ville de Trois-Rivières indique qu'un chien doit être gardé en laisse lorsqu'il se trouve dans un endroit public. Ce règlement pourrait désormais sauver la vie des chiens, ceux du moins qui marchent avec leur maître aux abords des terrains de golf de la région puisque ces derniers ont le droit d'utiliser des pièges capables de blesser, voire de tuer chiens et chats, mais qui sont posés dans l'unique but d'éliminer les ratons laveurs et les moufettes qui brisent le gazon des parcours.

Une résidente de Trois-Rivières, Nathalie Potvin, l'a appris à ses dépens récemment. Elle marchait avec son chien aux abords d'un club de golf lorsqu'elle a malheureusement décidé de lui laisser la bride sur le cou pour qu'il se dégourdisse les pattes. Son chien est alors entré dans le petit boisé adjacent au terrain de golf. Elle l'a entendu pousser un cri. Il venait de se prendre le cou dans un piège en X à ressort, attiré par des morceaux de poulet.

Ce type de piège est souvent utilisé par les trappeurs pour tuer instantanément les petits animaux sauvages comme les ratons laveurs et les moufettes. Selon le président de la Fédération des trappeurs gestionnaires de la région Mauricie et Bois-Francs, Serge Chartrand, ce type de piège inflige une mort instantanée et vise à éviter les souffrances inutiles aux animaux sauvages capturés.

Fort heureusement pour Mme Potvin, son chien est de grande race et le piège ne lui a pas cassé le cou. Ça n'aurait pas été le cas, toutefois, si le chien avait été de petite race ou s'il s'était agi d'un chat.

Le piège en X était si puissant qu'il a égorgé le chien de Mme Potvin pendant 25 minutes jusqu'à ce que la dame, complètement sous le choc et incapable de passer un doigt entre le cou de l'animal et le piège, arrive à obtenir le secours des policiers et de citoyens qui ont finalement réussi à déprendre la pauvre bête.

C'est qu'on n'ouvre pas un piège en X facilement. Il faut être équipé d'une pince conçue spécialement à cette fin ou d'un câble solide enfilé de la bonne façon et encore faut-il savoir comment s'y prendre puisqu'il existe diverses techniques.

La Ville de Trois-Rivières interdit l'usage de pièges pour faire de la déprédation ou du piégeage sur son territoire ailleurs qu'en zone agricole. Or, les terrains de golf sont zonés récréatifs, indique le porte-parole de la Ville, Yvan Toutant. La loi donne toutefois préséance aux ministères provinciaux lorsque leur réglementation entre en conflit avec celles d'une Ville, explique M. Toutant après avoir multiplié les vérifications auprès du contentieux de la Ville de Trois-Rivières.

Le permis de déprédation dont il est question ici a été émis par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs à un trappeur, indique Jacques Nadeau, responsable des communications pour le ministère. Selon lui, le trappeur et les pièges répondaient aux normes et le trappeur agissait en toute légalité.

Les clubs de golf de la région, dit-il, embauchent des trappeurs pour faire de la déprédation depuis plusieurs années.

C'est que les ratons laveurs et les moufettes se régalent des fameux vers blancs qui ont envahi la région depuis quelques années. Ce faisant, ces animaux sauvages labourent le gazon, ce que les clubs de golf n'apprécient pas. Ils s'attaquent aussi aux poubelles.

Mme Potvin et son compagnon à quatre pattes ont subi des séquelles de ce drame vécu il y a quelques jours. «Jeudi matin, il le fallait, je suis allée travailler même après une nuit très agitée à surveiller mon chien et à revivre le drame. Mon chien se brasse encore la tête et ma vétérinaire m'a dit, la semaine passée, que quelque chose le dérangeait dans ses oreilles. Comme il a eu du sang dans les oreilles, je le surveille et je suis sur le point de retourner la voir», dit-elle.

«Mon chien a refermé un croc dans l'articulation de mon doigt lorsque je lui ai enlevé le câble d'acier qui reliait le piège à sa gueule avant de partir chercher de l'aide. J'ai dû prendre congé pour voir mon médecin et aller à l'hôpital pour le vaccin de tétanos», raconte la propriétaire, encore fortement ébranlée par l'événement. «J'ai tellement pleuré. J'ai été épuisée par l'épreuve», dit-elle.

Biologiste de formation, Nathalie Potvin estime que ce genre de piège peut avoir des conséquences néfastes si d'autres animaux, comme des renards, s'y prennent. «Or, le renard est un prédateur du raton laveur. Donc, il contrôle la population des ratons qui mangent les vers. En piégeant ainsi les mangeurs de vers blanc, «on risque de piéger bien plus que juste des ratons», déplore Mme Potvin, «sans parler de la souffrance imposée si l'animal est trop gros», fait-elle valoir.

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