Des organismes pour les nouveaux arrivants craignent que le couperet tombe

Ivan Suaza, directeur général du Service d'accueil des... (Photo: François Gervais, Le Nouvelliste)

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Ivan Suaza, directeur général du Service d'accueil des nouveaux arrivants (SANA) de Trois-Rivières, Mathias Tchoumbou, directeur des ventes et achats chez Services industriels mauriciens (SIM), Luce Ricard, relationniste pour l'emploi à Stratégie carrière, Pierre-Luc Fortin, conseiller municipal de Trois-Rivières, et Mehmet Turan, propriétaire du SIM

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Olivier Gamelin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Trois-Rivières, terre d'accueil pour les nouveaux arrivants? Depuis dix ans, les organismes oeuvrant auprès des immigrants qui choisissent la cité de Laviolette pour s'établir répondent par l'affirmative à cette question.

Une décennie de travail afin de mettre en place un réseau de partenaires outillés pour accueillir les 250 personnes immigrantes qui creusent chaque année leurs racines sur les rives de la rivière Saint-Maurice. Une décennie de travail qui, craint-on, pourrait s'effondrer dès le 30 juin prochain.

Stratégie carrière est un organisme à but non lucratif implanté à Trois-Rivières depuis 1998. Une de ses missions: travailler d'arrache-pied afin de favoriser l'intégration socioprofessionnelle des nouveaux arrivants. Emploi, logement, école, réseau social, milieu culturel et sportif, autant de sphères de vie indispensables à l'épanouissement des individus qui franchissent le labyrinthe administratif de l'immigration.

Le 30 juin prochain, l'enveloppe budgétaire qui lui permet d'assurer cette mission pourrait être abolie, voire sa mission complètement réformée. À moins d'un mois de la date butoir, l'organisme vit toujours dans le flou et attend impatiemment une réponse du ministère de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion du Québec.

«Notre préoccupation, en fait, c'est que notre entente vient à échéance le 30 juin, et on a très peu de nouvelles du ministère pour la suite des choses», s'inquiète Luce Ricard, relationniste pour l'emploi à Stratégie carrière. Ainsi, le 1er juillet, «on ne sait pas ce qui se passe. On a des ouï-dire, comme quoi ça va se poursuivre, mais ils veulent faire une réforme, et on n'est pas informé des travaux et de l'avancement de ce qui se passe. Jusqu'à maintenant, on n'a aucun détail. Le ministère nous a rassurés en nous disant que oui, la régionalisation de l'immigration est importante, mais de quelle façon ça va se poursuivre, ça on ne le sait pas.»

Une «préoccupation» partagée par le Service d'accueil des nouveaux arrivants (SANA) de Trois-Rivières. Son directeur général, Ivan Suaza, attend lui aussi qu'on paraphe, ou non, son contrat d'engagement auprès du gouvernement, ce qui lui permettrait de bâtir de nouveaux ponts culturels entre les nouveaux arrivants et la communauté trifluvienne. En attendant la réponse gouvernementale, M. Suaza doit mettre certains projets sur la balance des priorités.

«Nous sommes dans l'incertitude actuellement. On sait que notre financement sera renouvelé, mais de quelle façon, on ne sait pas. Est-ce que nous devrons couper des programmes et des services qu'on offre, on ne sait pas.»

Une «préoccupation», donc, qui n'est pas sans entraîner son lot de questionnements. Rencontrés par Le Nouvelliste autour d'une même table, Mme Ricard et M. Suaza ne comprennent pas le silence radio du gouvernement, considérant que, selon eux, le réseau de partenaires mis en place au fil des ans à Trois-Rivières est digne d'exemple et participe positivement à la régionalisation de l'immigration au Québec. Du travail reste cependant à faire, entre autres tisser davantage de liens entre les personnes immigrantes et les employeurs potentiels. C'est à ce chantier que Stratégie carrière et le SANA souhaiteraient s'atteler, mais pour l'heure l'incertitude refroidit les ardeurs.

«L'enjeu majeur de la régionalisation de l'immigration, c'est l'emploi. Si elle n'a pas d'emploi, la personne ne viendra pas ici. Il faut que les employeurs connaissent les programmes, lèvent la main, surtout les petites entreprises», souligne Pierre-Luc Fortin, conseiller municipal et membre de la Table locale d'immigration de Trois-Rivières. «Les employeurs passent par Stratégie carrière pour trouver la main-d'oeuvre dont ils ont besoin.»

À Stratégie carrière, ces ponts vers l'emploi sont pour l'heure «sur la glace, parce que c'est une question de moyens», mentionne Mme Ricard. «On pourrait faire beaucoup plus» pour mieux intégrer les nouveaux arrivants et, surtout, en intégrer davantage, renchérit M. Suaza. Notons que les autres services offerts par Stratégie carrière ne sont pas en péril.

Mathias Tchoumbou est originaire du Cameroun et vit à Trois-Rivières depuis quelques années. Avec sa famille, ce diplômé en génie mécanique et père de trois enfants a passé par les multiples petits méandres de l'immigration, où il a finalement trouvé le chemin de l'intégration grâce à l'appui de Stratégie carrière et du SANA. Actuellement directeur des ventes et achats chez Services industriels mauriciens, M. Tchoumbou avoue que c'est grâce à l'apport de ces deux organismes s'il a réussi à se dénicher un emploi, c'est-à-dire monter la première marche de l'intégration en sol trifluvien.

«Si des organismes comme ça disparaissent, je serai le premier à être très malheureux parce que moi, j'ai pu m'intégrer à Trois-Rivières en passant par eux. Je me dis qu'il faut y voir assez clair, parce qu'ils n'ont pas assez de moyens. Ils font ce qu'ils peuvent faire avec le peu de moyens qu'ils ont. C'est l'occasion de les aider à survivre, à demeurer et à continuer à faire ce qu'ils ont toujours fait jusqu'à présent», espère M. Tchoumbou.

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