Gentilly-2: des équipements de 79 millions $ vendus 75 000 $ à la ferraille

Des équipements acquis pour la somme de 79... (Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste)

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Des équipements acquis pour la somme de 79 millions $ ont été revendus 75 000 $ après l'annonce de la fermeture de la centrale nucléaire Gentilly-2, une situation que la vérificatrice générale a dénoncé dans son rapport publié mercredi.

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Marc Rochette
Le Nouvelliste

(Bécancour) Acquis au coût de 79 millions $, des équipements neufs destinés à la centrale nucléaire Gentilly-2 ont été écoulés pour moins de 75 000 $ sur le marché de la ferraille, révèle un rapport de la vérificatrice générale Guylaine Leclerc jugé dévastateur par le député Donald Martel.

Elle a ainsi observé qu'Hydro-Québec n'a pas jugé bon lancer un appel de propositions en bonne et due forme pour vendre la turbine à vapeur de la centrale. La société d'État s'est limitée à un appel de propositions restreint pour écouler rotors, supports et autres outillages sur la base d'une évaluation «peu rigoureuse» de la valeur marchande des biens.

«Ils ne sont pas allés en appel d'offres public, a soulevé Mme Leclerc. Le temps pressait pour différents éléments (...) et ils se sont tournés vers des fournisseurs ou des intervenants avec qui ils faisaient affaire habituellement, soit des recycleurs de métaux. Ils ont proposé sur invitation à des recycleurs de métaux, à des organismes de démolition, de faire des propositions.»

Pour le député Donald Martel, ces conclusions viennent confirmer les craintes qu'il avait exprimées depuis plusieurs semaines. Selon lui, le rapport démontre que «la société d'État a fait preuve, pour le moins, d'insouciance, de grossière négligence et de manque total de rigueur dans l'ensemble du processus qui a mené à la vente pour 75 000 $ d'actifs, acquis à un coût mille fois plus élevé».

Le représentant caquiste rapporte que les dirigeants d'Hydro-Québec n'ont pas suivi les conseils de la firme d'experts mandatée pour les conseiller dans ces transactions, que le processus de sollicitation des acheteurs potentiels était inadéquat et que l'évaluation des équipements à vendre était approximative et incomplète.

«C'est comme si vous achetiez une maison au prix de 200 000 $ et que vous la revendiez deux ans plus tard au prix de 200 $. C'est clair que c'est une transaction plutôt suspecte. C'est pour cette raison que j'ai commencé à faire des démarches pour comprendre ce qui s'était réellement passé», a-t-il ajouté.

Il s'est plu à rappeler que ce rapport avait été demandé à la suite d'une motion unanime adoptée en décembre dernier par l'Assemblée nationale, sous l'initiative de la CAQ. Donald Martel voulait notamment qu'on explique comment il se fait que des équipements acquis pour 79 millions de dollars avaient ensuite été cédés pour 75 000 $. «Je pense que toute la lumière n'est pas encore faite et que les conclusions de la vérificatrice générale ne sont que la pointe de l'iceberg. C'est certain que je vais continuer à fouiller ce dossier», a laissé entendre le député de Nicolet-Bécancour.

Pour son chef François Legault, cette vente de feu dépasse l'entendement et mérite un examen. Hydro-Québec «brûle» l'argent des Québécois, a-t-il allégué. «Il faut aller au fond du dossier, a-t-il lancé. Est-ce qu'il y a des problèmes de corruption? Est-ce qu'il y a des problèmes de mauvaise gestion? C'est impensable qu'une turbine de plus de 70 millions $ soit vendue 75 000 piastres, voyons donc. Je ne crois pas ça», a-t-il lancé.

Les équipements dernier cri avaient été livrés à l'été 2011, un peu plus d'un an avant l'annonce par le gouvernement du Parti québécois de la fermeture de la centrale et de l'abandon du projet de réfection.

Hydro-Québec a négocié de gré à gré avec le fabricant de la turbine pour tenter de lui revendre les pièces, mais ce dernier s'est désisté en septembre 2014. Après trois mois de recherche, la société d'État s'est tournée vers le marché des ferrailleurs qui ont mis la main sur la marchandise pour une bouchée de pain.

Compte tenu du fait que les pièces étaient conçues sur mesure pour Gentilly-2, il est possible de présumer que le marché était fort restreint, a convenu Mme Leclerc.

Néanmoins, «nous n'avons pas évidence qu'ils ont fait tous les efforts pour valoriser l'équipement et le vendre sur un marché qui aurait été plus approprié», a affirmé la vérificatrice en point de presse.

De son côté, Hydro-Québec prétend avoir investi tous les efforts requis pour trouver un acquéreur, mais la fabrication sur mesure des équipements rendait la transaction peu attrayante pour les éventuels acheteurs. «On a alloué les ressources et mis beaucoup d'efforts», a assuré une porte-parole de la société d'État, Marie-Élaine Deveault.

De même, dans un communiqué, Hydro-Québec minimise l'impact de la décision d'écouler les biens sur le marché du recyclage des métaux. «Hydro-Québec a radié l'ensemble des actifs de la centrale de Gentilly-2 dès l'exercice financier de 2012. Conséquemment, les actifs à valoriser, comme ceux faisant l'objet de ce rapport, ont une valeur nulle au plan comptable», souligne le communiqué.

À ce jour, la vente d'actifs a rapporté près de 9 millions $, se félicite le producteur d'électricité. Le ministre de l'Énergie, Pierre Arcand, est en accord avec les explications d'Hydro-Québec et ne voit rien de «majeur» dans la liquidation d'équipements achetés pour 79 millions $. «Ces équipements, faits sur mesure, n'avaient pas ou à peu près pas de valeur sur le marché, a dit le ministre. Il y a eu sept groupes qui ont soumissionné et le meilleur prix a été obtenu dans les circonstances.»

En collaboration avec La Presse Canadienne

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