Philanthropie: nouveaux moyens, même solidarité

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Assiste-t-on à l'émergence d'une nouvelle tendance dans la philanthropie?

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Marie-Josée Montminy
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Dans les mois récents, la Mauricie a démontré son altruisme et sa générosité en créant spontanément des mouvements d'aide et de soutien à des gens qui ont vécu des drames. Cette tendance à la personnalisation des cas et à l'initiative caritative citoyenne représente-t-elle un nouveau visage de la philanthropie en 2015? Comment les fondations et organismes établis s'ajustent-ils aux nouvelles tendances et quels sont leurs défis propres? Le Nouvelliste s'est intéressé à la question.

:Marie-Sol St-Onge a bénéficié de la générosité du... (Photo: François Gervais, Le Nouvelliste) - image 1.0

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:Marie-Sol St-Onge a bénéficié de la générosité du public à la suite de la maladie qui lui a fait perdre ses mains et ses jambes.

Photo: François Gervais, Le Nouvelliste

Le drame humain émeut et suscite généralement la sympathie. En cette ère où les médias sociaux facilitent la communication et la mobilisation, la diffusion d'histoires d'épreuves et les appels à la solidarité se multiplient. Assiste-t-on à l'émergence d'une nouvelle tendance dans la philanthropie?

La population de la région a récemment démontré son altruisme en lançant spontanément ce que l'on pourrait appeler des «campagnes citoyennes» pour soutenir des gens confrontés à des épreuves. Des collectes ont été organisées pour des sinistrés lors d'incendies au centre-ville de Trois-Rivières et à Louiseville ou pour soutenir le canotier Mathieu St-Pierre qui a perdu l'usage de ses jambes lors d'un accident de travail.

Un élan de générosité a aussi éclos pour aider un jeune homme de 19 ans devenu tuteur de sa jeune soeur à la suite du décès de leur mère.

Dans plusieurs de ces cas, c'est l'initiative de quelqu'un de l'entourage qui est à la base de la démarche. Des amis de deux sinistrés de la rue Sainte-Angèle ont créé une page Facebook pour réclamer les dons et ont organisé un spectacle-bénéfice au profit des deux hommes oeuvrant dans le domaine culturel.

Dans l'histoire des deux orphelins, c'est la mère d'un enfant de la même classe que la fillette endeuilée qui a mené le mouvement, et ce mouvement s'est formalisé par la création de la Fondation Étoiles de mère avec l'appui de Danielle St-Amand et du Cente de pédiatrie sociale de Trois-Rivières. Autre exemple, un souper-bénéfice fut dédié au canotier Mathieu St-Pierre, en plus de la collecte dans une épicerie et via un site de sociofinancement.

Marie-Sol

Trois ans avant le déploiement plus tangible de cette tendance à la personnalisation des causes dans une formule de campagne citoyenne, Marie-Sol St-Onge goûtait à cette générosité spontanée et anonyme. Après que l'histoire de sa quadruple amputation eut été médiatisée, cette artiste-peintre de métier et mère de deux enfants a reçu une vague d'appuis de purs inconnus.

Marie-Sol St-Onge était encore hospitalisée lorsque son conjoint Alin Robert lui a révélé qu'une page Facebook nommée Aidez Marie-Sol avait été créée par un membre de la famille. «C'était une page pour recueillir des dons. Nous n'étions pas à l'aise avec ça, au début. On ne voulait pas solliciter personne. Après qu'Alin m'ait parlé de ça à l'hôpital, je lui ai dit de faire fermer cette page-là», raconte Marie-Sol.

«Mais en arrivant à la maison, il m'a appelée et m'a dit: «Es-tu certaine?». Il a commencé à me lire tous les messages d'encouragement écrits sur la page et c'était vraiment bouleversant. C'était comme trop d'amour, trop d'émotion!», continue-t-elle. Se ralliant à l'argument de son conjoint lui rappelant que toute la maison devrait être adaptée, Marie-Sol a consenti à laisser la page active, autant pour se nourrir des encouragements que pour aider au financement des nombreux travaux à effectuer à la maison.

«Je voulais que ça reste discret. Quand on a réussi à faire tous les travaux, on a cessé d'accepter les dons. Notre but était juste de repartir notre vie, de retravailler. J'en profite d'ailleurs pour remercier tous les gens qui nous ont aidés, que ce soit les contracteurs ou les fournisseurs qui nous ont offert des services et des matériaux...», insiste-t-elle en mentionnant également tous ces proches et ces étrangers qui ont contribué au réaménagement de sa maison.

«Sans toute cette aide, je n'aurais jamais pu commencer à faire des conférences et me remettre à la peinture. C'est vraiment tous ces gens qui nous ont donné des ailes pour s'envoler à nouveau. Sinon, je me serais écrasée au sol», confie celle qui, secondée de son conjoint, offre des conférences un peu partout au Québec, a écrit un livre et vend des toiles et reproductions des oeuvres qu'elle crée maintenant du bout de ses prothèses.

Pour optimiser le sens du don

Titulaire de la chaire de recherche Marcelle-Mallet sur la culture philanthropique à l'Université Laval, Martin Dumas confirme cette tendance à la création de mouvements de générosité spontanés dans la collectivité à la suite de drames.

Pour lui, les donateurs qui se sentent interpellés par des cas précis sont mus par le souci d'améliorer la qualité de vie des personnes éprouvées concrètement, sans intermédiaire.

Le professeur considère que le don plus personnalisé contribue à y ajouter du sens. «Il faut combattre la perception de l'idéal de l'État providence. Si on croit que l'État satisfait ou doit satisfaire à tous les besoins de la société, ça donne une société pauvre de sens», dit-il. M. Dumas considère aussi que la tendance participative dans les activités de financement contribue à optimiser le sens associé au don.

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