Journée internationale des travailleurs: la région manifeste

À l'instar de plusieurs groupes vendredi, les professeurs... (Photo: Sylvain Mayer Le Nouvelliste)

Agrandir

À l'instar de plusieurs groupes vendredi, les professeurs du Collège Shawinigan ont manifesté leur mécontentement face aux mesures gouvernementales dites d'austérité.

Photo: Sylvain Mayer Le Nouvelliste

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Olivier Gamelin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Ils n'auront pas pu entreprendre la journée de grève sociale qu'ils escomptaient en ce 1er mai, Journée internationale des travailleurs. Pourtant, ils étaient une centaine de professeurs et sympathisants massés devant les portes du Cégep de Trois-Rivières pour dénoncer les mesures d'austérité mises en place par le gouvernement du Québec et, par ricochet, les impacts envisagés sur le système public d'éducation.

Jeudi dernier, 15 h 30, le jugement de la Commission des relations du travail (CRT) tombait: les professeurs membres de la Fédération des Cégeps du Québec ne pourraient pas tenir légalement une journée de grève sociale et devaient par conséquent assurer la continuité de ce service essentiel. 

«La CRT nous a invectivés à rentrer», confirme le président du Syndicat des professeurs du Cégep de Trois-Rivières, Jean Fournier. 

Même si le Syndicat avait d'ores et déjà prévu reprendre cette journée plus tard dans la session, quelque 150 membres du corps professoral réunis en Assemblée syndicale jeudi soir n'ont pas souhaité commettre un outrage au tribunal en se présentant tout de même sur une ligne de piquetage.

«On avait prévu aujourd'hui [vendredi] crier haut et fort. On va le faire, mais on va le faire autrement. En ce qui me concerne, il est clair que nous allons le faire dans les prochains mois. Ce n'est que partie remise», signale M. Fournier. «Il faut continuer à construire notre discorde, euh, notre discours», laisse-t-il tomber dans un lapsus révélateur.

Pour Jean-François Aubin, conseiller municipal, mais pour l'heure professeur au Cégep de Trois-Rivières, la décision de la CRT est une «claque» qui, sans conteste, envenimera les pourparlers à venir. «On prend ça un peu comme une claque. J'ai l'impression qu'on se fait rentrer dedans. Plusieurs collègues disaient que ça n'augure pas bien pour l'automne. La partie patronale savait depuis deux semaines qu'on souhaitait tenir une journée de grève, alors pourquoi elle ne nous a pas averti avant? Je m'en vais enseigner et je ne suis même pas sûr qu'il va y avoir des étudiants dans ma classe parce que ça fait deux semaines qu'ils pensent qu'il va y avoir une journée de grève.»

«Un véritable coup de Jarnac», renchérit Jean Fournier, c'est-à-dire un coup déloyal et pernicieux asséné par la partie patronale. Le président du Syndicat s'attend donc à un automne chaud, pour ne pas dire à des négociations «froides». Rien pour mettre la table, en somme, à une sereine discussion sectorielle entre les professeurs de niveau collégial et l'État québécois.

«Quand on va se retrouver avec la Fédération des Cégeps à la même table de négociation, c'est sûr que la première rencontre [avec la partie patronale] risque d'être froide. Actuellement, il y a de la brouille. On sent qu'il va y avoir des discussions très féroces, féroces au sens de intenses, car on veut nous imposer des choses que l'on considère inappropriées. C'est le jeu de négo qui va se poursuivre, mais là il y a un filet de nuages au-dessus du processus.»

Lorsqu'on lui demande si ses membres auraient souhaité recevoir l'appui de l'administration du Cégep de Trois-Rivières, à l'instar du conseil d'administration du Collège Shawinigan qui a fait parvenir au gouvernement une lettre dénonçant les nouvelles compressions budgétaires de 460 000 $ annoncées pour l'année financière 2015-2016, M. Fournier laisse planer un silence éloquent. «Un silence, ça parle», avoue-t-il. «L'austérité est devant nous. La direction, si elle y arrive, elle y arrivera, mais je ne vois pas comment elle pourra y arriver.»

Collège Shawinigan

Un doute qui ne plane plus au-dessus du Collège Shawinigan, où quatre-vingt professeurs, professionnels et employés de soutien ont uni leur voix à celle du directeur général de l'établissement pour condamner les coupes budgétaires. Des coups de ciseaux qui auront des impacts concrets sur les services offerts aux étudiants, et ce, dès l'an prochain. Le président du Syndicat, Luc Vandal, se réjouit que les administrateurs aient jugé bon faire part de leurs inquiétudes au gouvernement.

«Chez nous, à Shawinigan, notre directeur général était particulièrement sensible à ne pas alerter la population, à dire que ça allait mal, mais là avec les dernières coupes budgétaires, il fallait qu'il dénonce lui aussi. Il nous l'a dit pour la première fois: l'année prochaine, on n'aura pas le choix, va falloir couper dans les services.»

Pour l'instant, le Syndicat n'a pas eu vent des services aux étudiants qui devront être abolis. Même si le gouvernement du Québec a maintes fois évoqué que ses mesures de restriction budgétaire ne toucheront pas les services de proximité, M. Vandal n'y voit que de la poudre aux yeux. «C'est faux. Certains employés ne seront pas remplacés, d'autres ne seront pas reconduits à temps plein, il y a des retraites qui se prennent. Il y a une personne, entre autres, qui travaillait au service aux étudiants et qui ne sera pas remplacée au complet.»

À la fin du mois de mai, la direction générale du Collège déposera un budget qui devrait mettre en relief les efforts qui seront demandés. Pour le Syndicat, il n'est pas exclu que d'autres moyens de pression soient déclenchés d'ici la fin de la session, bien que le calendrier automnal soit privilégié. 

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer