Quel avenir pour Le Florès?

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L'auberge Le Florès, une destination reconnue à l'entrée de Sainte-Flore, rouvrira-t-elle ses portes le 1er mai?

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) La restructuration de l'auberge Le Florès semble plus complexe que prévu. Alors que la direction prévoyait rouvrir les portes le 1er mai, l'endroit demeure désert. Les employés n'ont encore entendu parler d'aucune date de réouverture et pour le moment, ils souhaitent surtout que les salaires qui leur sont dus leur soient versés.

Vendredi après-midi, Ève Bilodeau, directrice des ventes et du marketing, était sur place, mais elle ne souhaitait répondre à aucune question. Invitée à faire le point sur la situation, la propriétaire, Carolle Charles, ne retourne pas les appels. 

Sur le site Web comme dans la porte de l'entrée principale, la direction avise toujours les visiteurs que l'endroit reprendra ses activités le 1er mai. 

«Ça m'apparaît serré», reconnaît Éric Pronovost, syndic chez Raymond Chabot, qui a participé à la rédaction du plan de redressement accepté par les créanciers le 8 décembre et homologué par la Cour supérieure le 28 janvier.

Rappelons que La Florès traverse des moments particulièrement difficiles depuis l'an dernier. En juillet, la propriétaire, Les Entreprises CJS dont Mme Charles est principale actionnaire, se plaçait sous la protection de la Loi sur la faillite et l'insolvabilité. Le rapport du syndic, déposé le 11 novembre, affichait un bilan négatif de plus de 940 000 $, dont un passif de plus de deux millions de dollars.

L'homologation du plan de relance laissait entrevoir des jours meilleurs. Mais le 6 mars, la direction annonçait la fermeture temporaire de l'établissement, jusqu'au 1er mai. Cette décision était justifiée par le départ en cascade de plusieurs employés. 

Une source très près de ce dossier confie d'ailleurs que toute tentative de relance demeure superflue sans un sérieux coup de barre dans la culture de gestion de cette entreprise. Des investissements importants devront aussi être réalisés au bâtiment principal pour maintenir l'enviable réputation de cette destination.

Le Florès a affiché dix postes au cours des dernières semaines sur le site d'Emploi Québec: réceptionniste, cuisiniers, directeur des communications, serveurs, chef comptable et chef cuisinier. Les dates prévues d'entrée en fonction variaient du 15 avril au 1er mai. Vendredi après-midi, Mme Bilodeau n'a pas voulu confirmer si ces embauches ont finalement été réalisées, mais disons que de visu, l'activité sur les lieux était plutôt limitée.

Intérêt

Or, le temps presse parce que la haute saison touristique cogne à nos portes et normalement, les visiteurs commencent à réserver ou à tout le moins, à sonder le terrain. Pourtant, personne ne répond encore aux appels téléphoniques à cette auberge.

L'Office de tourisme, foires et congrès de Shawinigan suit la situation de près, puisque Le Florès fait partie des principaux produits en hébergement dans la région. 

«Nous avons des échanges depuis facilement deux ans sur divers problèmes», témoigne Valérie Lalbin, directrice générale de l'OTFC. «Nous sommes près d'eux. Le Florès a un besoin particulier. On s'est assis avec eux encore récemment et on regarde les options. Ça arrive que des entreprises vivent des moments difficiles. Ça ne signifie pas forcément l'arrêt de leurs activités.»

M. Pronovost confirme que les propriétaires demeurent en mode solution pour que Le Florès poursuive son exploitation. Une coopérative formée avec les employés ou une vente à d'autres intérêts privés font partie des scénarios. 

«Les discussions se poursuivent avec d'éventuels partenaires pour la relance», commente le syndic. En principe, son implication dans ce dossier se terminait avec l'acceptation de la proposition de la débitrice en décembre. Sauf que jusqu'ici, elle n'a toujours pas rempli ses obligations et là aussi, les délais se resserrent.

En effet, dans la proposition amendée signée par Mme Charles le 24 novembre, Les Entreprises CJS offrait de remettre 30 000 $ au syndic en guise de dédommagement pour les créanciers non garantis. Ce montant représente seulement 5 % des sommes dues, mais malgré tout, la proposition avait été acceptée pour maximiser les chances de relance.

Un premier versement de 10 000 $ doit être versé dans les 90 jours suivant le délai d'appel du jugement, ce qui nous mène à la fin mai. Le solde, un montant de 20 000 $, sera ensuite versé par mensualités pendant cinq ans.

«Ils me disent qu'ils sont parfaitement confiants de compléter leurs obligations dans les délais qui leur ont été consentis», transmet M. Pronovost.

Une colère qui gronde

Après avoir accepté de retarder l'encaissement de leur paye pour donner un coup de main à une propriétaire en difficulté, des employés de l'auberge Le Florès craignent ne plus revoir la couleur de l'argent qui leur est dû, à moins que la Commission des normes du travail vienne à leur secours.

Marie-Thérèse Bernier, embauchée l'an dernier comme préposée aux chambres, voyait bien que la situation se dégradait sérieusement en début d'année.

«Une serveuse a dû aller chercher du pain au dépanneur», raconte-t-elle. «Une semaine avant que ça ferme, il avait même fallu acheter du papier de toilette chez Maxi!»

«Nous avons manqué de café, manqué d'eau chaude», ajoute Guylaine Lafrenière, également préposée aux chambres depuis deux ans.

Les deux femmes rappellent avoir redoublé d'ardeur afin que les clients ne remarquent rien d'anormal pendant la période de turbulence, qui s'est conclue par une fermeture temporaire le 6 mars. Elles ragent quand elles repensent aux efforts pour réduire le temps qui leur était alloué pour faire une chambre depuis le début de l'année. Elles devaient tout remettre en ordre en vingt minutes, dix de moins qu'avant.

«C'était menaçant pour nous», soupire Mme Lafrenière. «Il fallait vraiment tout écrire ce qu'on faisant dans la journée. Comme si on était des enfants! On nous menaçait comme quoi si la feuille ne coïncidait pas avec notre emploi du temps, on ne serait pas payé.»

Au bout de tout ça, les deux femmes doivent faire des pieds et des mains pour recouvrer plusieurs semaines de salaires. Mme Bernier s'est même rendue à la maison privée de la propriétaire, Carolle Charles, pour savoir ce qui se passait.

Elle n'a toujours pas obtenu de réponse. Elle ne peut même pas toucher de prestations de chômage, puisqu'il lui manque 33 heures pour y avoir droit.

Andréanne Vallée a soumis son dossier à la Commission des normes du travail.

«Je suis partie à la fin janvier», explique-t-elle. «Je laissais des chances, j'étirais ça, mais je n'étais pas payée. À un moment donné, je me suis tannée, comme à peu près tout le monde. On faisait rire de nous.»

«Une fois, j'ai eu un chèque qui n'est pas passé et en plus, il manquait dix heures. C'était très insultant! Ça m'a occasionné des frais parce que des paiements devaient passer dans mon compte. Ça m'a tout pété en pleine face!»

Richard Perreault, directeur du centre de santé, se retrouve dans le même bateau. 

«Tout le monde vit la même chose», commente-t-il. «Quand une entreprise ferme et qu'elle doit des payes, ça devient plus difficile de les rembourser. Nos chèques sont en attente de la réouverture, j'oserais dire! C'est déjà arrivé dans le passé que pendant les périodes plus tranquilles, nous avons eu nos payes un peu plus tard.»

M. Perreault avait dû rappeler des clients qui avaient réservé des soins en mars et en avril. Certains ont été reportés en mai, en prévision d'une réouverture dont les détails se font toujours attendre.

«Elle ne peut pas ouvrir le 1er mai comme c'est prévu», prédit Mme Bernier. «C'est impensable! C'est le silence total depuis qu'elle a décidé de fermer.»

«Ce ne serait pas honnête envers ses employés», ajoute Mme Lafrenière. «Pourtant, on ne demande pas la charité! En tout cas, ce n'est pas tentant d'y retourner. Je n'ai plus confiance.»

Pour Mme Vallée, l'affaire est entendue. Elle déménage en Gaspésie. Elle se demande où Le Florès pigera ses nouveaux employés.

«D'après moi, il va lui en manquer quelques-uns», avance-t-elle. «Je ne sais pas si elle en aura assez pour rouvrir. Si elle n'est pas capable de payer ses anciens employés, comment fera-t-elle pour que les nouveaux acceptent de travailler pour elle? Il va falloir qu'elle soit en feu dans son discours pour convaincre les gens de revenir!»

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