Fermeture des Forums jeunesse: surprise et inquiétude

Les quatre employés du Forum jeunesse Mauricie perdront... (Photo: Courtoisie du FJM)

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Les quatre employés du Forum jeunesse Mauricie perdront leur emploi dès le 30 juin. Sur la photo, Greg Filion et Céline Déraspe, agents de participation citoyenne, Isabelle Bordeleau, directrice générale, et Steve Caron, agent FRIJM.

Photo: Courtoisie du FJM

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Olivier Gamelin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Le couperet est tombé sur les Forums jeunesse, créant un coup d'émotion dans le milieu de l'implication et de l'engagement jeunesse. Le gouvernement Couillard vient d'annoncer que les 19 instances régionales réparties aux quatre coins du Québec devront fermer leurs livres, mettre la clef sous la porte et vider leurs locaux d'ici le 30 juin. Le Secrétariat à la Jeunesse reprendra alors le flambeau de la mission jeunesse, alors que l'enveloppe de 20 millions $ sera redistribuée aux 110 carrefours jeunesse-emploi du Québec.

L'annonce a été faite mercredi à l'Assemblée nationale par Sam Hamad, ministre du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale.

«Ça nous tombe dessus comme une tonne de briques», lance d'emblée la présidente du conseil d'administration du Forum jeunesse Mauricie (FRM), Jacynthe Laing. «On s'inquiète pour l'avenir de la jeunesse de notre région. On est vraiment sous le choc. Moi et les autres administrateurs sommes vraiment déçus de la tournure des événements», avoue-t-elle.

Dans la même veine, la directrice générale du FRM, Isabelle Bordeleau, encaisse difficilement le coup. Même si la convention du FJM était échue depuis le 1er avril, Mme Bordeleau recevait encore en février une lettre paraphée par le Secrétariat à la Jeunesse qui stipulait son intérêt à financer l'organisme pour l'année 2015-2016. Mercredi matin, 8 h 30, elle apprenait lors d'une conférence téléphonique qu'elle devait entreprendre un processus de fermeture.

«On n'a pas vraiment été consultés par le gouvernement par rapport à ses orientations envers la jeunesse», déplore Mme Bordeleau, en soulignant que tous les protocoles de financement actuellement en cours avec les organismes jeunesse seront administrés par le FJM jusqu'au 30 juin, puis honorés par le Secrétariat à la Jeunesse jusqu'au 31 mars 2016.

«On n'a pas eu notre mot à dire. Ce que je trouve déplorable, c'est qu'on n'a pas été consultés pour faire valoir l'intérêt du modèle que l'on a développé et notre expertise. C'est un peu incompréhensible ce qui tombe aujourd'hui [hier]. C'est assez déstabilisant.»

Ainsi, en Mauricie, quatre employés se retrouveront sans emploi, sans compter les douze membres du conseil d'administration, tous âgés de 35 ans et moins. Au Québec, 80 travailleurs perdront leur emploi, alors qu'une kyrielle de projets passeront finalement dans le broyeur.

«Tout ce qu'on avait planifié pour les prochains mois et la prochaine année, toutes les activités vont tomber», souligne Mme Bordeleau. Notons, entre autres, l'abolition de facto des comités jeunesses, de «plusieurs projets en participation citoyenne», de l'activité de reconnaissance Éclair de jeunesse qui devait se tenir en novembre prochain, des ateliers en milieu scolaire sur la saine gouvernance et l'implication sociale, etc. Avec une enveloppe globale de 468 131 $ de crédits jeunesse, le FJM chapeautait une vingtaine de projets annuellement.

Cette décision frappe d'autant plus fort que de l'avis de Mme Bordeleau, cette fermeture-surprise ne serait pas inhérente à un souci d'économie ou de restriction des dépenses. «Ce qu'on entend, c'est que les fonds sont toujours là, mais qu'ils pourraient être redistribués autrement. Ça ne nous a pas été précisé ce matin, mais on se questionne si les responsabilités vont être redistribuées au niveau des MRC. Dans le cas contraire, on perd un effet de levier important.»

Mme Bordeleau redoute donc que l'expertise régionale développée par les Forums jeunesse ne soit pas reconnue par les nouvelles instances de décision. «Si on dilue les sommes disponibles, c'est certain que l'impact positif de nos projets va être moindre. C'est à ce niveau-là qu'on a des craintes.»

«On a l'impression que le gouvernement nous jette avec l'eau du bain pour la seule raison que nous n'entrons pas assez dans le moule de la nouvelle gouvernance régionale. Nous sommes, sans aucune forme de procès, déclarés coupables par association de trop ressembler aux Conférences régionales des élus», renchérit Élise-Ariane Cabriol, présidente de la Table de concertation des forums jeunesse régionaux du Québec.

Notons que les Forums jeunesse se faisaient un point d'honneur de travailler «pour» les jeunes, dans des projets mis sur pied «par» des jeunes, un souci d'intégration de la relève qui pourrait également disparaître dans l'éventualité où les pouvoirs seraient concentrés à Québec.

Une préoccupation partagée par le Forum jeunesse du Centre-du-Québec qui, encore le 17 avril dernier, s'inquiétait du renouvellement des subsides nécessaires pour remplir sa mission auprès de plus de 10 000 jeunes de la région.

«Perdre le Forum jeunesse équivaut à mettre en sourdine la voix de la jeunesse d'ici. On ne sait plus si on doit rire ou pleurer, on est vraiment sans mot. On ampute la jeunesse», conclut Jessica Poiré, présidente du conseil d'administration.

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