Violence conjugale en hausse: la Maison le FAR est débordée

La Mauricie accuse une augmentation des délits commis... (Photo: Stéphane Lessard Le Nouvelliste)

Agrandir

La Mauricie accuse une augmentation des délits commis dans un contexte conjugal, une situation qui met à mal les organismes d'aide aux femmes violentées.

Photo: Stéphane Lessard Le Nouvelliste

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Olivier Gamelin
Le Nouvelliste

(TROIS-RIVIÈRES) Les gestes criminels commis en contexte conjugal sont en hausse en Mauricie. Une réalité mise en relief par les plus récentes données publiées pour le compte du ministère de la Sécurité publique du Québec. Ailleurs au Québec, on observe plutôt une baisse de ce genre de crime. Uniquement en Mauricie, 591 victimes de violence conjugale ont été dénombrées en 2013, soit une hausse de 1,5 % par rapport à l'année précédente.

Ainsi, la région 04 accuse le troisième plus important bond au Québec en matière de forfaits conjugaux, après la Capitale-Nationale (+2,8 %) et le Bas-Saint-Laurent (+5,8 %). Cela sans égard aux femmes qui, sous la menace ou par peur de briser le silence, ne dénoncent pas leur agresseur. Selon Statistique Canada, moins du quart des femmes qui sont la proie d'une violence conjugale porteront leurs plaintes jusqu'aux corps policiers.

Cette hausse est particulièrement tangible sur le plancher des organismes qui oeuvrent auprès des femmes violentées. Par exemple, à la maison Le FAR de Trois-Rivières, il n'est pas rare que la capacité d'accueil dépasse les 100 %, nonobstant une liste d'attente qui s'allonge d'année en année.

Comme un malheur n'arrive jamais seul, le financement public de cette maison d'hébergement pour femmes et enfants risque d'être gelé en 2015, en dépit de la multiplication des demandes de service. C'est dire que malgré l'augmentation des besoins, malgré des interventions en situation d'urgence de plus en plus complexes en raison, entre autres, des nouvelles technologies, les intervenantes du FAR peinent à joindre les deux bouts.

«Les statistiques de 2013-2014 sont incroyables. Il y a eu 183 femmes qui sont venues, 15 861 repas de servis, 4500 entrevues réalisées, on a répondu à 15 188 appels téléphoniques. C'est incroyable!», répète avec désolation la directrice générale par intérim du FAR, Rollande Cloutier. «On parle d'un taux d'occupation de 140 % sur une base mensuelle. On a donc une liste d'attente, mais on donne toujours priorité à la violence conjugale», mentionne-t-elle.

Ainsi, lorsqu'aucune chambre du FAR n'est vacante et qu'une femme frappe à la porte de l'organisme, une intervenante l'accompagnera vers d'autres centres d'hébergement en Mauricie, au Centre-du-Québec, voire ailleurs dans la province. «Nous ne suffisons pas à la demande», ajoute sans ambages Ghislaine Allard, intervenante au FAR depuis douze ans. «Seulement l'an passé, nous avons été dans l'obligation de refuser 136 femmes par manque de place», précise-t-elle.

Ainsi, les femmes victimes de violence conjugale ne sont pas, pour l'heure, abandonnées au milieu de la rue, à l'ombre de leur agresseur. Une situation limite qui, espère la directrice générale, se maintiendra en 2015 après la signature du financement octroyé par le nouveau Centre intégré de santé et de services sociaux Mauricie-Centre-du-Québec.

Si tout va bien, la subvention annuelle devrait être reconduite, chose certaine sans indexation et sans tenir compte de l'explosion des besoins colligés sur le terrain. «Pour le moment, on a exactement le même financement. Pour le moment, il n'y a pas de changement, mais on ne sait pas ce que l'avenir nous réserve au moment où on se parle», affirme Mme Cloutier.

«Avec toutes les coupes, on espère qu'on ne sera pas touchées, parce que déjà on ne fournit pas à la demande. Alors on se croise les doigts», renchérit Mme Allard.

Violence et nouvelles technologies

Le cycle de la violence conjugale est de plus en plus délicat, étourdissant, surtout depuis l'avènement des nouvelles technologies. Par exemple, sur une base régulière, les intervenantes du FAR accueillent des femmes qui ont reçu «en cadeau» un téléphone cellulaire, un cadeau de Grec, car le conjoint violent y a préalablement activé la fonction de géolocalisation lui permettant de suivre madame à la trace, 24 heures sur 24. Une situation potentiellement dramatique si madame se présente en urgence au FAR dont l'adresse civique demeure secrète pour des raisons évidentes.

«Savoir où est madame en tout temps, avec qui elle est, c'est une forme de contrôle presque continuel, une forme de violence psychologique qui s'ajoute aux autres formes de violence. C'est une nouvelle donnée avec laquelle il faut composer», assure la directrice.

Au FAR, des conjoints violents ont déjà remonté la trace de leur victime jusqu'au bureau du centre d'hébergement.

«Nous avons déjà reçu une femme qui, tout en parlant avec une intervenante, avait laissé son téléphone cellulaire ouvert. Elle a alors reçu un message de monsieur qui lui disait savoir où elle était et qui lui avait même envoyé par texto l'adresse du FAR. Il savait donc exactement où on était. On demande donc aux femmes qui sont victimes de violence conjugale à fort risque d'homicide de fermer leur cellulaire en entrant chez nous», signale Mme Allard, en assurant que cet exemple précis n'est pas un cas isolé.

«Depuis quatre ou cinq ans, on voit une hausse par rapport à l'utilisation des nouvelles technologies par les hommes violents, que ce soit le cellulaire ou sur les réseaux sociaux. En même temps, le cellulaire est une sécurité pour les femmes», observe Mme Allard.

En effet, le téléphone portable est parfois le dernier rempart de la femme violentée qui, pour sauver sa peau, peut contacter rapidement le 9-1-1 et recevoir de l'aide avant qu'il ne soit trop tard.

Les services d'urgence peuvent également, grâce au GPS, localiser l'appelante, cela même si elle ne peut pas parler.

Nombre d'infractions dans un contexte conjugal

2012 2013 Variation

Bas-Saint-Laurent 379 401 +5,8 %

Capitale-Nationale 1443 1494 +2,8 %

Mauricie 582 591 +1,5 %

Saguenay-Lac-Saint-Jean 575 578 +0,5 %

Estrie 553 542 -2,7 %

Montérégie 3001 2944 -2,8 %

Centre-du-Québec 571 553 -3,9 %

---- Ensemble du Québec 19 812 18 885 -5,4 %

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer