La rue Jean-Chrétien déjà en danger?

Le maire de Shawinigan souhaiterait que la 5e... (Photo: Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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Le maire de Shawinigan souhaiterait que la 5e Rue devienne la rue Jean-Chrétien, mais la Commission de toponymie pourrait aller jusqu'à une plainte au directeur des poursuites criminelles et pénales si le conseil municipal ne change pas sa position.

Photo: Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Non seulement la Commission de toponymie du Québec refusera de rendre officielle l'appellation de la rue Jean-Chrétien au centre-ville de Shawinigan, mais elle risque aussi de poursuivre la Ville si le conseil municipal maintient sa volonté. La suggestion du maire de rayer la 5e Rue pour perpétuer la mémoire de l'ex-premier ministre du Canada rencontre donc plusieurs obstacles.

La Commission de toponymie du Québec a déjà émis certaines réserves sur le premier plan proposé lors de l'assemblée d'information du 16 février. Sans surprise, elle juge prématuré l'hommage que la Ville souhaite rendre à Jean Chrétien. Rappelons que l'Organisation des Nations Unies a déjà établi que les pays membres ne devaient pas officialiser un toponyme qui rend hommage à une personne vivante. Au Québec, un délai d'un an s'applique normalement à compter du décès.

Jean-Pierre LeBlanc, directeur des communications à la CTQ, ajoute qu'il faut aussi établir une nuance entre une rue dans un nouveau quartier et une voie de circulation reconnue. 

Dans le cas d'une nouvelle artère, le pouvoir de la commission se limite à officialiser ou non l'odonyme, un élément peu contraignant puisque les municipalités possèdent aussi la compétence pour nommer une rue. Mais dans le cas d'une voie déjà reconnue, comme la 5e Rue, le portrait se complique un peu.

«Une municipalité ne peut changer unilatéralement le nom si une voie de communication est déjà officialisée», précise M. LeBlanc. Ce dernier se réfère à l'article 128 de la Charte de la langue française, qui indique que «Dès la publication à la Gazette officielle du Québec des noms choisis ou approuvés par la Commission, leur emploi devient obligatoire dans les textes et documents de l'Administration et des organismes parapublics, dans la signalisation routière, dans l'affichage public ainsi que dans les ouvrages d'enseignement, de formation ou de recherche publiés au Québec et approuvés par le ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport.»

Or, selon la Banque des noms de lieux du Québec, la 5e Rue de Shawinigan a été officialisée le 3 juin 1994. La Commission de toponymie n'acceptera pas de modifier cette appellation pour celle de la rue Jean-Chrétien parce qu'elle contreviendrait à ses propres règles.

«Dans le cas d'une rue qui n'a jamais eu de nom, c'est sûr que nous essayons toujours de convaincre les municipalités du bien-fondé de faire officialiser le nom», explique M. LeBlanc. «On n'a pas vraiment de moyen de les forcer, autre que de leur expliquer la loi et les avantages de l'officialisation.»

Par contre, si une municipalité veut changer un odonyme officiel en contrevenant à la Charte de la langue française, une procédure pénale est prévue. 

«Ça, c'est une autre affaire», convient M. LeBlanc. «Les règles s'appliquent. On n'officialisera jamais, on n'émettra jamais d'avis favorable pour un nom qui ne respecte pas les normes.»

La Charte de la langue française prévoit une mise en demeure, un dossier au directeur des poursuites criminelles et pénales et une amende pouvant aller jusqu'à 20 000 $ pour une première infraction. Le porte-parole indique toutefois que cette avenue est très rarement empruntée et qu'habituellement, les parties finissent par s'entendre.

«Parfois, les gens font des projets en ne sachant pas trop comment la loi s'applique», observe M. LeBlanc. «On veut, de bonne foi, honorer quelqu'un, sans penser aux règles. On ne dit pas à la Ville qu'elle a tort de vouloir honorer telle personne, mais on explique que la loi est là. De plus, dans le cas du décès, ça a été voté par l'ensemble des pays, pas seulement au Québec et au Canada.»

Outre l'impossibilité de retirer le caractère officiel d'une rue existante en lui donnant le nom d'une personne vivante, la Commission tient compte des commentaires du milieu avant de confirmer des odonymes.

«On voit ce que ça soulève dans la population», convient M. LeBlanc, au sujet de la fameuse rue Jean-Chrétien. «La Commission tient compte des opposants. Comme dans le cas de M. (Robert) Bourassa à Montréal, on voulait lui donner le nom de l'avenue du Parc et le projet a été abandonné par la Ville en raison de la controverse. On tient compte de ça.»

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