Contrer le fanatisme par l'information

Ibrahim Renno, médecin à la retraite et conférencier... (Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Ibrahim Renno, médecin à la retraite et conférencier sur les thèmes d'intégration.

Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Les musulmans ont parfaitement le droit de se rassembler dans un lieu pour prier, mais la société dans laquelle ils s'intègrent peut très bien accorder une attention particulière à cette nouvelle mosquée si elle le juge à propos.

Voilà comment Ibrahim Renno, conférencier recherché dans la région sur les questions d'identité, résume sa vision du débat qui a enflammé Shawinigan en février.

Mercredi soir, le médecin à la retraite d'origine palestinienne s'est adressé à une vingtaine de personnes à la bibliothèque Bruno-Sigmen, à l'invitation du Comité d'accueil des personnes immigrantes du Centre d'action bénévole de Shawinigan. Le thème de sa conférence? L'identité et l'intégration des personnes musulmanes à Shawinigan.

Cette présentation était proposée alors que la poussière retombe à peine sur le débat portant sur l'ouverture d'une mosquée, qui a embrasé la ville le mois dernier. Rappelons que vendredi, le Centre culturel musulman de Shawinigan confirmait finalement son ouverture sur l'avenue Saint-Marc.

M. Renno a suivi la surprenante volte-face du conseil municipal sur l'aménagement d'une mosquée dans le parc industriel Albert-Landry. «Une réaction à la Hérouxville», laisse-t-il tomber. Si les élus percevaient, en février, une peur bleue d'une partie significative de la population à l'idée de voir apparaître une mosquée dans leur ville, ces inquiétudes semblent dissipées.

La peur se serait effacée à la faveur de l'acceptation sociale en moins de deux mois? «Je ne peux pas répondre à cette question-là», avance prudemment M. Renno. «Est-ce que les gens sont prêts ou pas? Moi, je considère que les musulmans qui veulent un lieu de prière ont le droit d'en avoir un, comme tous les autres. Et nous, comme société, nous avons le droit, si nous avons des inquiétudes, de surveiller ces lieux, comme on peut surveiller des églises ou n'importe quoi. De toute manière, c'est démontré que les illuminés ne le deviennent pas dans les mosquées.»

Âmes égarées

Les discours d'exclusions n'ébranlent pas M. Renno, qui considère toujours le Québec comme une terre d'accueil exceptionnelle.

«Mon cri du coeur, c'est de dire: Sauvons notre société, elle est pacifique, inclusive, aimable», mentionne celui qui se présente comme un musulman d'origine non pratiquant. «On n'a pas besoin de regarder ailleurs pour importer des problèmes que nous n'avons pas.»

Les récents attentats à Saint-Jean-sur-Richelieu et à Ottawa offrent une perception différente, mais gare aux amalgames, prévient le médecin à la retraite.

«Ils doivent rester des actes isolés», analyse M. Renno. «Ces gens-là sont des paumés. Les problèmes identitaires attirent les paumés comme un aimant attire les clous. Ils sont à la recherche d'une cause. Que savent-ils de l'islam? Il faut traiter ça comme un problème de délinquance, de criminalité.»

«L'islam n'est pas violent par essence, ni par enseignement», insiste l'homme de 69 ans. «Il y a des musulmans violents comme il y a des chrétiens violents. C'est une question de personnes. Les messages haineux qui courent sur Internet disent que les musulmans veulent éliminer les adeptes d'autres religions. Comment ça se fait que les gens (d'autres confessions) qui ont vécu dans un espace musulman pendant quatorze siècles ont survécu, si l'islam prônait leur élimination? Ils ont eu largement le temps de les éliminer! Ce n'est pas l'islam qui commande ça. Ce sont des gens qui obéissent à d'autres agendas, qui font des actions qui n'ont rien à voir avec l'islam.»

Lors de sa conférence, M. Renno a dû répondre à des questions sur la place de la femme dans cette religion et le port du voile.

«La solution n'est pas la forte pluie ou les forts vents, puisque la personne va s'accrocher à son manteau», image-t-il. «Les rayons les plus doux et les plus chauds inciteront la personne à enlever son manteau. Les populations maghrébines vont s'intégrer avec le temps, comme d'autres l'ont fait.»

«Le bon chemin, c'est l'acceptation, le bien-vivre ensemble», ajoute-t-il. «Si une femme veut se mettre un morceau de tissu sur la tête pour se cacher les cheveux, en quoi ça me regarde? Cette femme a fui un pays qui lui disait comment faire. Elle arrive dans un pays où elle se pensait libre! Ceux qui prétendent libérer cette femme ne se rendent pas compte du ridicule de ce qu'ils disent. Ils lui dictent un autre comportement!»

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