Quatorze des 57 cimetières de la Mauricie sont déficitaires

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Quatorze des 57 cimetières de la Mauricie sont déficitaires.

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Louise Plante
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Il n'y a pas qu'au chevet des églises qu'on se presse inquiet. Les cimetières, gérés par des bénévoles vieillissants, réclament aussi qu'on se préoccupe de leur sort, compte tenu de la désaffection des fidèles et du changement des coutumes.

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Gilles Toupin, président du Comité provisoire du cimetière Notre-Dame-du-Cap, dans le cimetière Sainte-Madeleine.

Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste

La réflexion est lancée dans le diocèse de Trois-Rivières où 14 des 57 cimetières sont déficitaires. «Le déficit moyen est d'un peu plus de 2300 $, précise Lise Filteau, coordonnatrice de la pastorale d'ensemble. Quant aux 43 autres cimetières, ils ont un excédent annuel. Pour le moment, ce n'est pas quelque chose de problématique.»

Mais cela dit, il en va des cimetières comme des églises, leur gestion relève des fabriques et non de l'évêché où, actuellement, on est davantage préoccupé par ce qu'on appelle «le tournant missionnaire» que par l'administration des biens terrestres de l'Église.

«Quand on est dans un processus de tournant missionnaire, on se rend bien compte qu'on ne peut plus garder le statu quo, prévient Mme Filteau. Tout va changer.»

Du côté de l'Association des cimetières catholiques romains du Québec (ACCRQ), on a commencé à se préoccuper de la santé financière des cimetières il y a 25 ans déjà alors que les évêques avaient demandé aux fabriques de préciser les coûts réels de leur gestion.

«C'est là qu'on s'est rendu compte qu'il n'y avait pas suffisamment d'argent prévu à long terme», raconte Monique Morin, présidente de l'ACCRQ. C'est sûr que le réveil a été brutal.»

Depuis, des cimetières se sont pris en main, ont ajusté leurs tarifs au coût réel des services et ont diversifié «leurs produits» pour tenir compte de la nouvelle mode de la crémation, autrefois interdite. Des colombariums ont fait leur apparition en dehors des salons funéraires, concurrents directs des cimetières. «Autrefois, 100 % des revenus des cimetières allaient aux fabriques, note Mme Morin. On ne se posait pas de questions. Mais il ne faut pas se le cacher, ces revenus permettaient à peine aux cimetières de survivre.»

Avec la fermeture d'églises et les fusions de paroisses est apparu un nouveau phénomène: la fusion des cimetières. Shawinigan l'a fait il y a plusieurs années. Le secteur de Cap-de-la-Madeleine s'apprête aussi à former une corporation avec les cimetières Sainte-Marie Madeleine, Sainte-Famille et Saint-Louis-de-France. En juin, le nouvel organisme devrait être fonctionnel.

En plus des inhumations, (creusage, remise en état, coût de la machinerie) il faut aussi prévoir l'entretien de tout le cimetière à long terme. Mme Morin a personnellement travaillé au Guide de gestion des cimetières catholiques romains avec les chanceliers des diocèses de la province de Québec, des évêques et des économes.

«À tous les ans, lors de nos congrès, on explique aux gens tout ce procédé. De plus en plus de cimetières n'ont plus de personnel pour gérer la totalité du cimetière. Ils vont donc s'associer à une corporation de cimetières ou en créer une avec d'autres cimetières voisins. Ça se fait de plus en plus. La mienne existe depuis 1973. Ce n'est pas d'hier.»

Mme Morin ajoute que malgré les avantages évidents, la formule n'est pas toujours facile à vendre à cause des guerres de clocher. Pourtant, une fois créée, la corporation peut se payer un employé permanent qui voit à tout gérer, rencontrer les familles, s'assurer que les fosses soient creusées à temps, etc.

Gilles Toupin, président du Comité provisoire du cimetière Notre-Dame-du-Cap, assure pour sa part que l'idée de créer une corporation a été bien reçue par les membres des fabriques.

«Personne ne s'est objecté à ça. Et oui, je pense que l'exemple sera suivi. Comme c'était le cas chez nous, les bénévoles arrivent à un âge très avancé. Ils sont parfois obligés de quitter et on se retrouve sans personne.»

M. Toupin ne voit que des avantages à cette relation d'affaires d'autant plus que le groupe pourra bénéficier de l'expertise du cimetière Sainte-Marie Madeleine, parfaitement organisé avec du personnel permanent et ses nouveaux services. Il note par ailleurs que l'administration des lots, concédés pour 30-40 ou 50 ans exige une comptabilité sophistiquée, bien tenue,... ce qui n'est pas toujours le cas dans les fabriques. Tout le monde est donc soulagé de passer la main.

Avec le changement des coutumes, arrive aussi des individus ou des familles qui ne veulent plus payer pour l'entretien des lots, ce qui amène inévitablement le problème de la survie des monuments funéraires. Si le problème n'est pas encore criant en Mauricie, Monique Morin signale que des cimetières au Québec, souvent dans les grandes villes mais aussi parfois à la campagne, ont été obligés de faire «du ménage», c'est-à-dire de retirer des monuments, parfois très anciens, au grand dam des historiens.

«Ce que les gens ne réalisent pas, c'est que les monuments funéraires n'appartiennent ni aux fabriques ni aux cimetières. Ils sont liés aux concessionnaires des lots qui ont un contrat. Lorsque le contrat se termine, il faut le renouveler sinon vous allez vous faire mettre à la porte. Il arrive que pour des concessions de 100 ans, on ne retrouve plus personne de la famille. On publie un avis dans les journaux, on met des autocollants sur les monuments en espérant trouver des descendants.» Dans le cas où on n'en trouve pas, on retire les monuments, mais pas les corps puisque la nature a fait son oeuvre.

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