Vaincre la Faucheuse

S'il profite encore de la vie, Pierre Quesnel... (Photo: Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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S'il profite encore de la vie, Pierre Quesnel le doit en grande partie aux ambulanciers Éric Gélinas et Pierre Desrosiers.

Photo: Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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Olivier Gamelin
Le Nouvelliste

(Shawinigan) N'eût été d'une chaîne d'interventions bien huilée, Pierre Quesnel mangerait aujourd'hui les pissenlits par la racine. Si l'homme de 51 ans a pu se présenter, mercredi, devant ceux et celles qui lui ont sauvé la vie, c'est parce que chaque maillon de cette chaîne a rondement fait son travail dans la nuit du 8 décembre 2012.

Il était exactement 1 h 41 du matin. Contrairement à son habitude,M. Quesnel s'est levé de son lit pour se diriger vers la salle de bain. Inquiète, sa conjointe des 32 dernières années, Édith Boisvert, lui a emboîté le pas. Quelques minutes plus tard, M. Quesnel s'effondrait sur le plancher, le visage bleuté, victime d'un arrêt cardiorespiratoire. Le reste s'est joué en moins de quatre minutes. Encouragée par sa fille, Priscilla, et par Mélanie, répartitrice au Centre de communication santé de la Mauricie et du Centre-du-Québec, Mme Boisvert a aussitôt entrepris les manoeuvres de réanimation jusqu'à l'arrivée rapide des ambulanciers.

«J'ai tenu à rencontrer les ambulanciers parce que je voulais les remercier, leur dire qu'ils avaient fait leur job. Sans eux, je ne serais plus ici. Les gars sont des professionnels et il faut leur dire de temps en temps. Ils travaillent dans l'ombre et je souhaite mettre la lumière sur eux. Et sur ma femme et sur ma fille également. Sans elles, sans eux, je serais mort», souligne M. Quesnel non sans émotion.

Selon la directrice d'Ambulance 22-22, Marie-Claude Richard, rares sont ceux qui, après avoir été sauvés in extremis, pensent à remercier de vive voix les intervenants qui les ont extirpés des eaux troubles. Ainsi, pour la première fois depuis son malaise, M. Quesnel a pu serrer dans ses bras les paramédicaux Pierre Desrosiers et Éric Gélinas. Le gaillard de peu de mots n'a pas hésité à embrasser ceux qui lui avaient donné droit à un second souffle. «Vous avez fait une ostie de belle job les gars», s'est-il exclamé en les enlaçant sans retenue.

«On a fait compétition à la grande Faucheuse et on a gagné», a dès lors renchéri l'ambulancier Pierre Desrosiers.

Pour les deux ambulanciers, ce geste de gratitude est la crème sur un gâteau qu'ils cuisinent tous les jours. M. Gélinas, ambulancier depuis quatre ans, considère humblement n'avoir fait que son travail. Visiblement mal à l'aise avec l'honneur reçu, il tenait à remettre à ses collègues quelques fleurs du bouquet offert par la famille Quesnel.

«Je ne comprends pas la reconnaissance, parce que, après tout, je fais la même job que tout le monde. Ça aurait pu être une autre équipe qui réponde à cet appel et M. Quesnel serait tout de même vivant. Je n'ai pas besoin de cette reconnaissance. Mon travail à moi s'est inscrit dans une chaîne d'intervention. Si la conjointe de M. Quesnel n'avait pas effectué les manoeuvres de RCR rapidement, si la répartitrice n'avait pas été professionnelle, mon travail aurait été inutile.»

Pour son collègue, les bons mots de M. Quesnel sont un baume sur un quotidien parfois difficile et où la misère humaine côtoie trop souvent la mort. «Pour toutes les interventions qui ne marchent pas, on est content quand ça fonctionne. On a donné les meilleurs services possibles à quelqu'un et ça a fonctionné. Ça justifie notre travail et on est content», relateM. Desrosiers. En quatorze ans de carrière, c'est la deuxième fois qu'un «client» prend la peine de le remercier pour service rendu.

Somme toute, après avoir visité brièvement les méandres du dernier tunnel, M. Quesnel ne voit plus la vie avec les mêmes lunettes. Les «peccadilles» qui parsèment le quotidien de neuf dixièmes des gens ne sont plus des montagnes insurmontables. Loin de là. L'ancien pompier pose désormais ses grands yeux bleus sur la beauté du monde et non plus sur les cafards qui tentent de la noircir. «Les p'tites choses de la vie, c'est pas grave, car on est en vie», conclut-il.

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