Vétérans souffrant de stress post-traumatique: revenir de loin jusqu'à soi-même

Selon l'agent médiatique de la Wounded Warriors Canada... (Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste)

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Selon l'agent médiatique de la Wounded Warriors Canada (WWC)-Région Québec, Daniel  Lafontaine, cette activité de détente à l'Auberge du Lac-à-l'Eau-Claire visait à faire sortir de leur maison des vétérans et des soldats blessés qui y étaient prisonniers depuis des années.

Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste

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Olivier Gamelin
Le Nouvelliste

(Saint-Alexis-des-Monts) Le décor bucolique couvert d'une courtepointe de neige et empreint d'un calme plat était propice à une trop rare détente. Même si leur esprit ressasse encore aujourd'hui les horreurs qu'ils ont vues lors de leur participation à des conflits armés aux frontières de l'inacceptable, 54 vétérans et anciens soldats hypothéqués par le stress opérationnel ont pu bénéficier, en fin de semaine, de deux jours de répit avec leur conjoint(e) à l'Auberge du Lac-à-l'Eau-Claire.

Chapeauté par la Wounded Warriors Canada (WWC)-Région Québec, une organisation pancanadienne sans but lucratif qui marche, depuis 2006, avec les vétérans et les soldats dans leur (re)prise en charge personnelle, ce séjour nature aura permis à certains d'oublier, l'espace d'un instant, les idées suicidaires semées tous les jours dans le sillon de leurs lourdes bottes cloutées.

«On a réuni ici des gens qui, parfois, ne sont pas sortis de leur maison depuis des années. Certains sont vraiment amochés. Cette activité leur permet de voir qu'ils ne sont pas seuls dans cette aventure, j'entends à vivre avec des syndromes post-traumatiques comme l'anxiété généralisée, les humeurs dépressives, agressives, tous les genres de symptômes que l'on retrouve au niveau de la maladie mentale. Les gens ne comprennent pas toujours ce qui se passe à l'intérieur d'eux-mêmes. En fin de semaine on leur dit: vous n'êtes pas seuls», signale l'agent médiatique de la WWC Daniel «Fonfon» Lafontaine.

Depuis la Deuxième Guerre mondiale, le visage du vétéran a bien changé. Loin du vieil homme archi-médaillé qui relate des histoires de tranchées à faire dresser les cheveux sur la tête, la nouvelle génération est âgée dans la vingtaine, dans la trentaine, est composée autant d'hommes que de femmes réchappés d'Afghanistan, de Bosnie-Herzégovine, de Somalie, du Rwanda ou d'Haïti, la tête pleine de cauchemars qui n'en finissent plus de finir. Nonobstant les blessures physiques, les amputations, les séquelles permanentes, il n'y a souvent que la distance d'un saut de mouche à franchir pour sombrer dans les affres de la dépression, de la maladie mentale et, en bout de piste, du suicide.

Ancien soldat ayant lui-même surmonté les aléas du syndrome post-traumatique, tentative de suicide, faillite, divorce, judiciarisation de son fils, M. Lafontaine s'est relevé parce qu'il a reçu de l'aide. C'est dans cette optique que la WWC organise des sorties de relâchement du type Lac-à-l'Eau-Claire.

«Parfois, il s'agit simplement de donner une petite poussée dans le dos, d'accompagner, de fournir des ressources pour que les gens s'en sortent. Lorsqu'une personne devient militaire, on la déprogramme de la vie civile. Lorsqu'elle sort de la vie militaire avec des problématiques de santé mentale, personne ne la reprogramme à devenir citoyen. Juste mettre une main sur l'épaule ça peut aider. C'est ça qu'on a fait en fin de semaine», rapporte M. Lafontaine.

Une programmation sociale vers laquelle s'est engagé l'ex-parachutiste du 3e bataillon Bryan Dugré, 25 ans, membre des Forces armées pendant cinq ans au sein de l'équipe des démineurs. Après des assignations en Haïti et en Afghanistan, M. Dugré a dû composer avec les contrecoups inhérents au syndrome post-traumatique. Pour lui, une escapade de deux jours de détente dans un quotidien où se côtoient l'isolement et les malaises physiques, c'est une «pause de vie» qui vient «briser la routine».

«Quand le chaudron déborde, on a tendance à juste vouloir s'isoler pour ne pas trop affecter les gens autour de nous. Pour moi, cette fin de semaine, c'est carrément me prendre dans mon petit milieu de prisonnier individuel pour me sortir parmi des gens qui vivent la même chose que moi. Ici, il n'y a pas de jugement, tout le monde se fait des clins d'oeil et se comprend. C'est extrêmement relaxant, le site est très beau, c'est le fun, il y a des activités partout, le monde est souriant. Lorsqu'on est chez nous tout seul, on ne sourit pas. C'est ça la magie qu'organise la WWC, on se sent vivant.»

«C'est le paradis ici», résume la Jeannoise Isabelle Dufour, qui a servi son pays pendant 8 ans avant de rejoindre «la famille» de la WWC.

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