Gicleurs dans les résidences: une mesure mur à mur aux effets pervers

Denise Harnois, propriétaire de la Résidence Les Marronniers... (Photo: François Gervais Le Nouvelliste)

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Denise Harnois, propriétaire de la Résidence Les Marronniers à Trois-Rivières.

Photo: François Gervais Le Nouvelliste

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Louise Plante
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Denise Harnois, propriétaire de la Résidence les Marronniers, à Trois-Rivières, avoue que les mesures que met en vigueur le gouvernement dans les résidences pour personnes âgées, particulièrement la présence de gicleurs d'ici cinq ans, risquent d'avoir un tel impact financier que des propriétaires ne pourront faire autrement que de remettre sérieusement en question leur avenir.

Dans la région Mauricie-Centre-du-Québec, on compte un peu plus de 200 résidences pour personnes âgées et selon la moyenne provinciale, environ la moitié d'entre elles n'auraient pas de gicleurs.

Mme Harnois explique qu'à l'époque où on a construit Les Marronniers, on n'avait pas exigé de gicleurs car les murs de l'immeuble sont en brique et les planchers en béton. Un écroulement de l'immeuble comme on a vu avec la résidence en flammes de l'Isle-Verte est donc tout à fait exclu.

L'impact de la nouvelle réglementation sur Les Marronniers n'est pas négligeable. Mme Harnois a déjà en main une soumission de 300 000 $ pour la pose de gicleurs. Ce montant n'inclut pas celui des réparations des dommages que causera l'installation des gicleurs. Comme tout le monde, elle ne sait pas de quel ordre sera l'aide financière de Québec pour aider les résidences pour personnes âgées à se conformer. Les détails devraient être dans le prochain budget.

«Ça fait plusieurs années qu'on se fait brasser par le gouvernement, poursuit-elle. J'espère que l'aide financière sera appropriée. Au moins, si l'installation des gicleurs était payée, on assumerait le coût des employés pour remettre la bâtisse en état.»

Mme Harnois avoue que ce genre de dépenses se reflète toujours sur les loyers mais elle ajoute qu'une «augmentation normale», c'est déjà bien assez pour ce type de clientèle. «Moi, j'ai dépensé beaucoup de sous en 2011 et je n'ai pas pu récupérer ça. Avec les gicleurs, c'est la même chose qui va se produire. Ce serait très difficile d'envisager de mettre des gicleurs dans ma résidence, sans aide», insiste-t-elle.

Elle note qu'en plus, depuis 2011, plusieurs nouvelles résidences pour personnes âgées sont apparues et que le marché ne s'est pas encore stabilisé face à cette offre abondante.

Pour Daniel Brouillette, propriétaire d'une petite résidence de 21 places à Saint-Narcisse, l'obligation faite aux résidences pour personnes âgées de se doter de gicleurs, est un bel exemple de mesure mur à mur qui ne peut provoquer que des effets pervers dont la disparition de petites résidences en milieu rural.

«On n'aura pas le choix, mais ça ne tient pas debout. Des gens vont se «décertifier» pour ne pas être touchés par la loi (NDLR: les résidences d'un étage d'une superficie d'au plus 600 mètres carrés et d'un maximum de huit logements - donc au plus16 personnes - ne sont pas visées par le nouveau projet de règlement). Je parle pour moi, qui ai 21 résidents. Je suis touché. On reçoit toute une gifle avec ça parce qu'on ne nous précise pas de quel ordre sera l'aide financière. Ce matin, 50 % des propriétaires de résidences vivent la même chose que moi.»

M. Brouillette souligne que les revenus des petites résidences ne sont pas du même ordre que ceux des grosses qui logent de 200 à 300 personnes.

«Quand on regarde ça, on se demande jusqu'où on sera capables d'aller. Ça remet en question beaucoup de petites résidences, ici dans la MRC des Chenaux. Il y en a qui ne passeront pas à travers ça. Je les comprends. Je ne suis pas contre la sécurité, loin de là. Je viens de faire un exercice d'évacuation. Mais la comparaison avec l'Isle-Verte ne tient pas. Je n'ai pas de résidents lourds, je n'ai qu'un seul étage. Ce règlement, c'est du mur à mur face à une résidence où il y avait des patients en perte d'autonomie sur plusieurs étages, où les portes étaient barrées et où les pompiers ont mis trop de temps à arriver.»

Enfin, du côté de l'AQDR, où on suit ce dossier de très près, la présidente Gilberte Faucher plaide qu'on ne gère pas la sécurité dans une petite résidence, comme dans une grande de 15 étages et que ce règlement vient répondre à un problème qui n'est pas généralisé.

«Les gens sont plus en sécurité dans les petites résidences. Je ne suis pas inquiète pour eux.» Elle ajoute que des détecteurs de fumée seraient plus efficaces que des détecteurs de feu. «Ma peur, c'est que beaucoup de petites résidences ferment. Déjà, plus de 30 % des petites résidences ont fermé ces dernières années à cause de tout ce que le gouvernement a exigé», déplore-t-elle.

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