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Mosquée bloquée à Shawinigan: le conseil municipal a senti la peur de la population

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Michel Angers a expliqué que le conseil municipal a décidé de mettre fin au processus de modification de zonage pour permettre l'aménagement d'une mosquée dans le parc industriel Albert-Landry parce qu'il a senti la peur de la population.

Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Le maire de Shawinigan, Michel Angers, a mis fin à une semaine particulièrement éprouvante pour l'image de sa ville en tentant d'expliquer, vendredi matin, les motivations qui avaient guidé le conseil municipal à ne pas accorder les modifications au règlement de zonage pour permettre l'aménagement d'une mosquée dans le parc industriel Albert-Landry.

Entouré de six de ses conseillers, le maire... (Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste) - image 1.0

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Entouré de six de ses conseillers, le maire de Shawinigan, Michel Angers, a expliqué la réflexion du conseil dans le dossier du centre culturel musulman, vendredi matin à l'hôtel de ville. 

Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

Entouré de la majorité des conseillers, deux d'entre eux n'ayant pu se présenter pour des motifs d'ordre professionnel, le premier magistrat s'est livré sans tenter de dissimuler le profond malaise qui a marqué la décision controversée. Les élus ont été guidés dans leur réflexion par les commentaires émis par une partie de la population, visiblement furieuse de constater que leur conseil municipal apportait une modification au zonage pour permettre l'intégration d'une mosquée.

Même si la résolution en question a été adoptée à l'unanimité mardi soir, elle a profondément divisé le conseil. Le maire ne s'en est pas caché; il a d'ailleurs laissé entendre que cette décision le heurtait sur le plan personnel.

«Pour moi, c'était une décision extrêmement, excessivement difficile», confie-t-il. «C'est une décision qui venait bousculer mes valeurs personnelles. Mais au-delà de mes valeurs personnelles, j'ai tenu à être solidaire de la décision de mon conseil et je peux vous dire que je le suis encore.»

En fait, tout le processus de modification de zonage se déroulait sans histoire jusqu'à la fin janvier. Personne du secteur concerné ne s'est manifesté à l'étape de la demande d'approbation référendaire. À partir de ce moment, l'adoption du nouveau règlement ne devenait, en principe, qu'une formalité lors de la séance régulière du 10 février.

«Plus on approchait de l'adoption finale du règlement, plus la pression montait de façon exponentielle», relate le maire. «Des demandes arrivaient de partout, de Shawinigan, de l'extérieur, de partout à travers le Québec. Des demandes pressantes qui étaient presque toujours guidées par la peur pour qu'on n'accorde pas ce zonage pour des activités religieuses, fort probablement parce qu'il s'agissait d'une communauté musulmane.»

Ces échos ont incité les élus à se pencher sérieusement sur les conséquences de cette modification au règlement de zonage. Au bout du compte, ils ont déterminé que leur rôle consistait à demeurer à l'écoute de la population et dans le contexte actuel, mieux valait faire marche arrière.

Surtout que dès le départ, confesse le maire, le comité consultatif d'urbanisme avait recommandé au conseil municipal de ne pas accorder cette autorisation. Les élus avaient tout de même entamé le processus dans un esprit «d'ouverture».

Or, la grogne est venue hanter le conseil municipal. «À un moment donné, on s'est demandé pourquoi on en rajouterait, pourquoi on s'immiscerait dans un débat qui n'est pas le nôtre?», exprime le maire. «Pas pour se soustraire ou s'en laver les mains. On ne rajoutera pas d'huile sur le feu, dans un contexte où ce n'était pas nécessaire de le faire.»

«Plusieurs citoyens sont habités par la peur», observe M. Angers. «La peur peut être rationnelle ou irrationnelle. Quand les gens écoutent systématiquement les médias, ils ont l'impression que le terrorisme est à nos portes. C'est ce qui a installé cette peur.»

Le maire est convaincu que les Shawiniganais acceptent généralement bien la communauté musulmane qu'ils connaissent. «Mais ils ont peur de ce qui pourrait provenir d'ailleurs», nuance-t-il. «Est-ce que Shawinigan est la seule communauté qui a peur? Non, très certainement pas.»

«Ce serait trop facile de dire que quand on a peur, on est raciste ou quand on n'a pas peur, on a de l'ouverture», ajoute-t-il. «On ne peut pas condamner une population qui a peur.»

M. Angers précise que même le propriétaire de l'immeuble destiné à accueillir ce centre culturel musulman, Sammy Genest, est revenu sur sa décision devant le tollé et ne souhaitait plus louer une partie de son bâtiment à cette communauté. «À tort ou à raison, nous avons écouté notre population», résume le maire. «Et ça, personne ne peut nous l'enlever.»

Prochaine fois

Ceci dit, M. Angers précise qu'il existe actuellement une soixantaine de zones où les pratiques religieuses sont permises. Si le Centre culturel musulman de Shawinigan en identifie une qui conviendrait à ses critères pour établir une mosquée, les élus ne pourraient intervenir.

Or, la résistance populaire demeurerait entière, le cas échéant. Avec ce qu'ils ont lu et entendu au cours des derniers jours, les élus croient-ils que les Shawiniganais sont prêts à accueillir une mosquée à un endroit où les activités religieuses sont permises?

«Il va falloir favoriser le dialogue entre les communautés», convient le maire. «Notre rôle est de faire en sorte que la pression diminue.»

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