Mosquée à Shawinigan: l'acceptation sociale d'abord

Abdoulaye Souley et Philippe Bégin Garti, membres du... (Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Abdoulaye Souley et Philippe Bégin Garti, membres du conseil d'administration du Centre culturel musulman de Shawinigan, lors de la séance publique du conseil municipal, mardi soir.

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Au-delà des contestations judiciaires potentielles et de la possibilité d'établir sa mosquée à un endroit où le zonage le permet, le conseil d'administration du Centre culturel musulman de Shawinigan doit d'abord s'assurer que la population acceptera d'accueillir ce lieu dans son environnement.

Pour Me Philippe Bégin Garti, il s'agit visiblement d'un défi, après avoir entendu les commentaires qui sont venus à ses oreilles lors de l'assemblée publique de mardi soir.

«Il y a une question légale intéressante qui est ouverte», commente-t-il. «Mais la réalité, c'est qu'on veut prendre le temps de penser à ce qui vient de se passer. Nous voulons discuter avec les membres de la communauté, avec nos proches et nos collègues musulmans et non musulmans, voir ce qui serait le plus sage comme décision à prendre dans les circonstances et on vérifiera ce que nous ferons concrètement.»

Mardi soir, autant M. Bégin Garti qu'Abdoulaye Souley, également membre du conseil d'administration du Centre culturel musulman de Shawinigan, ont tenté d'expliquer l'importance de bénéficier d'un lieu de culte dans leur ville. Leur histoire personnelle et leurs arguments n'ont pas attendri les participants de l'assemblée publique, généralement très satisfaits de la décision du conseil municipal de mettre fin au processus de changement de zonage pour permettre des activités religieuses dans le parc industriel Albert-Landry.

«J'ose espérer que vous n'avez pas fait l'analyse que musulman égale terrorisme», émettait M. Souley à l'endroit des élus. «J'espère aussi que les musulmans peuvent être des citoyens de Shawinigan.»

Me Bégin Garti assure comprendre la pression ressentie par les élus, mais il fait remarquer que dans son esprit, le projet de centre culturel musulman vise justement à contrer le fanatisme religieux.

«Contrairement à ce que les gens pourraient croire, le fait de ne pas avoir de lieu de culte à Shawinigan, comme pour n'importe quelle autre ville, c'est une invitation à nos jeunes à apprendre leur religion sur Internet», fait-il remarquer. «Avoir un lieu de culte, ça nous permet de rencontrer nos voisins, de savoir s'ils travaillent, si leurs besoins sont comblés, s'ils ont des frustrations... En voyant ça, nous avons une idée à savoir s'il y a un potentiel de radicalisation chez les membres de notre communauté.»

«Un lieu de culte, selon moi, c'est un bouclier contre la radicalisation plutôt qu'un tremplin vers la radicalisation», résume Me Bégin Garti. «Nous allons laisser la poussière retomber. Nous n'avons pas de rancoeur envers le conseil municipal. Même si nous croyons que nous avons une base légale solide, que nous croyons que la décision est discriminatoire, nous ne sommes pas certains de la contester. En bout de ligne, il faut être capable d'ouvrir notre mosquée, de cohabiter avec le voisinage et qu'on ne se sente pas en danger.»

PAS SUR TAMARAC

L'an dernier, le Centre culturel musulman de Shawinigan était passé à travers le processus de modification de zonage pour permettre des activités religieuses dans un immeuble situé sur l'avenue Tamarac, au centre-ville. Après l'inspection du bâtiment, l'organisation a finalement décidé de se trouver un autre lieu et ses démarches ont abouti sur le boulevard Industriel, dans le secteur Shawinigan-Sud.

Avec le revirement de situation de cette semaine, le scénario original du Centre culturel musulman de Shawinigan pourrait refaire surface en théorie. Mais en pratique, la propriétaire de l'immeuble visé, Marie-Josée Villeneuve, est passée à autre chose.

«Je vais plutôt faire de petits bureaux pour les travailleurs autonomes», mentionne-t-elle. «La mosquée n'est plus une option pour moi, j'en suis assez certaine. Il y a pas mal de monde qui n'est pas en faveur de ça dans les alentours. Ça joue aussi dans la balance. J'aime mieux avoir la paix!»

Mme Villeneuve rappelle aussi que le Centre culturel musulman de Shawinigan souhaitait de nombreux aménagements au sous-sol de son immeuble pour intégrer son lieu de culte. Le jeu n'en vaut pas la chandelle, estime-t-elle, ajoutant que cette partie serait sans doute transformée en entrepôt.

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