Dévitalisation: l'inquiétude gagne plusieurs municipalités

La municipalité de Saint-Alexis-des-Monts est une de celles... (Photo: Stéphane Lessard Le Nouvelliste)

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La municipalité de Saint-Alexis-des-Monts est une de celles qui, dans la région, bénéficiaient du Fonds de soutien aux territoires dévitalisés.

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Louise Plante
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) En Mauricie et au Centre-du-Québec, huit villages classés dévitalisés, donc éligibles au Fonds de soutien aux territoires dévitalisés, sont touchés par la disparition annoncée de ce programme du ministère des Affaires municipales et de l'Occupation du territoire qui, toutefois, devrait le remplacer par un Fonds de développement des territoires dont on sait peu de choses jusqu'à maintenant.

La nouvelle de la disparition de ce programme intervient au lendemain du dévoilement d'une déclaration controversée du Conseil du patronat, suivant laquelle on devrait tout simplement fermer des villages dévitalisés et subventionner le déménagement de leurs habitants. Le CPQ avait fait connaître cette position, nuancée depuis, lors de son passage devant la Commission des transports et de l'environnement de l'Assemblée nationale.

Dans la MRC de Mékinac, Notre-Dame-de-Montauban, Sainte-Thècle et Trois-Rives sont touchées. La MRC de Maskinongé est aussi concernée puisque Saint-Alexis-des-Monts, Sainte-Angèle-de-Prémont et Saint-Édouard-de-Maskinongé pouvaient prétendre à recevoir de l'aide dans le cadre de ce programme tout comme Lemieux et Sainte-Sophie-de-Lévrard dans la MRC de Bécancour.

À titre d'exemple, Saint-Alexis-des-Monts a touché un montant 327 000 $ sur cinq ans, et s'en est servi pour l'achat d'un camion incendie, la réparation d'un barrage et quelques autres dossiers importants. Le maire Michel Bourassa a confié avoir apprécié ce programme mais ne voit pas sa transformation comme une catastrophe. Il s'attend toutefois à ce que les critères d'admissibilité soient resserrés dans le nouveau fonds qui se mettra en place, ce qui pourrait exclure sa municipalité à l'avenir. «Mais Saint-Alexis-des-Monts peut continuer à vivre sans ça», assure-t-il.

À Sainte-Thècle, la municipalité a reçu environ 80 000 $ et s'en est servi pour acheter des équipements d'incendie. Notre-Dame de Montauban avait reçu 155 000 $ du même programme, ce qui fut un levier important pour la création d'une coopérative. Le préfet de la MRC de Mékinac, Alain Vallée et maire de Sainte-Thècle, avoue ne pas voir ces changements d'un bon oeil, malgré la promesse d'un nouveau programme et se dit convaincu qu'en bout de piste, il y aura moins d'argent. C'est, dit-il, la seule certitude de tous ces changements.

Par ailleurs, même si la MRC de Bécancour n'avait rien reçu en 2014, l'abolition du Fonds de soutien aux territoires en difficulté privera ce milieu d'une somme annuelle d'environ 100 000 dollars, destinée à Lemieux et Sainte-Sophie-de-Lévrard. Or, en 2009, celles-ci se sont justement partagé une enveloppe de 110 000 dollars. Pour les années suivantes, leurs demandes étaient traitées en priorité, mais toutes les municipalités de la MRC pouvaient soumettre des projets, à concurrence de 30 000 dollars.

«En 2014, on n'a pas eu un sou», a indiqué le préfet Mario Lyonnais, tout en évoquant la possibilité de retrouver ce type d'aide «dans le pacte fiscal».

INQUIÉTANT

Après la disparition de Solidarité rurale, des conférences régionales des élus, les coupes dans le budget des centres locaux d'emploi, le député caquiste de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, voit une certaine logique dans la décision des libéraux de mettre fin aussi au programme d'aide aux villages dévitalisés.

«Je dois dire que le gouvernement est cohérent dans son attitude vis-à-vis des régions, ironise-t-il. Même dans les centres locaux d'emplois (CLE), en région, on regroupe beaucoup les services professionnels, ce qui laisse peu de place aux communautés rurales. Pour moi, ce gouvernement, voulait beaucoup contenter Montréal et Québec mais pour le reste, ça ne pèse pas lourd.»

Le député ajoute qu'avec la promesse d'un nouveau pacte fiscal l'année prochaine, Québec joue au jeu de la carotte et du bâton. «En ce moment, c'est le bâton. On leur dit: encaissez et on vous donnera à manger tantôt. Je trouve ça insécurisant pour les communautés.» Selon M. Martel, il y a une grande réflexion à faire sur l'avenir des communautés entre autres sur l'avenir du Pacte rural. «Quand Québec a décidé de couper les vivres à Solidarité rural, il a oublié que cet organisme est né de la détresse du milieu rural face à l'appauvrissement de ses communautés.»

Comme beaucoup d'autres, Donald Martel n'est pas revenu cette semaine de la déclaration du Conseil du patronat du Québec sur l'avenir des villages pauvres qu'on devrait fermer. «C'est un manque de sensibilité, vraiment!»

PAS UN ABANDON

Le député de Maskinongé, Marc H. Plante, qui est monté aux barricades cette semaine à la suite des propos maladroits du CPQ, assure pour sa part que la décision de Québec de ne pas reconduire le Fonds de soutien aux territoires dévitalisés ne signifie pas pour autant un abandon des municipalités les plus pauvres. Le député soutient au contraire que le temps était venu de réévaluer les programmes, que celui-là était échu depuis décembre 2014, et qu'il fera place à un autre programme d'aide appelé Fonds de développement des territoires qui sera géré par les MRC elles-mêmes.

«Ce qu'on veut, c'est permettre une gouvernance plus proche des citoyens, et l'attribution de cette nouvelle enveloppe-là va prendre en considération les secteurs de dévitalisation dans certaines MRC.» Il note par ailleurs qu'il n'y avait pas que le fonds de soutien aux territoires dévitalisés qui venait en aide aux municipalités plus démunies, mais également plusieurs autres programmes qui prennent en compte l'indice de vitalisation dans l'attribution des montants d'argent. «C'était un programme parmi tant d'autres, qui sera maintenant administré différemment à même les territoires», insiste-t-il, d'un ton rassurant.

Avec la collaboration de Marc Rochette

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