Briser le silence du suicide

Une vigile à la chandelle a été tenue... (Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Une vigile à la chandelle a été tenue dans les jardins du sanctuaire non pas pour s'apitoyer sur le sort des disparus, mais pour se rappeler la beauté de la vie.

Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Olivier Gamelin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Pour briser la glace de silence qui emprisonne trop souvent les gens endeuillés par le suicide d'un proche, une vigile à la chandelle s'est tenue, lundi, au sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, où une cinquantaine de personnes se sont recueillies dans un froid lourd de sens. Organisée dans le cadre de la Semaine nationale de prévention du suicide, ce moment haut en émotions aura permis non pas de pleurer la perte d'un être cher, mais plutôt de souligner la beauté de la vie.

Pour Claude Vadnais, dont la fille s'est enlevé la vie il y a dix ans, cette veille à la lueur d'une bougie aura été l'occasion d'habiter un espace de solidarité davantage que d'apitoiement. «Cette vigile aide à apaiser la douleur, car elle nous permet de nous rendre compte que l'on n'est pas seul. Le deuil, c'est comme un bateau sur la mer, parfois il y a de la houle, mais il faut quand même se rappeler les bonnes périodes pour s'aider à remonter la pente. Perdre un être cher, c'est difficile, c'est douloureux mais, malgré tout, si on veut continuer à vivre pour nous et pour les autres, il faut rester joyeux et profiter des bons côtés de la vie. Par exemple, chaque année, nous soulignons l'anniversaire de naissance de notre fille, et non pas la date de son décès», mentionne-t-il avec philosophie.

Un son de cloche partagé par Daniel Lepage, de l'Association des endeuillés par le suicide de la Traverse (AEST). Soulignant que pour chaque décès par suicide dix personnes de l'entourage poursuivent leur chemin, M. Lepage estime que «la vie est belle et on doit donc en profiter». Bon an, mal an, une quarantaine de membres trouvent réconfort, écoute et appui auprès des bénévoles de l'AEST, qui agissent en amont de ce mal du siècle, toujours en complémentarité avec les services offerts en aval par le centre d'hébergement L'Accalmie et le Centre prévention suicide les Deux Rives (CPSDR).

«La vigile permet aux gens endeuillés par le suicide, et ils sont nombreux, de se rassembler, de prendre une pause», précise le directeur général du CPSDR, Luc Massicotte. Qui plus est, cette activité prête à l'organisme une tribune idéale pour faire connaître ses services d'écoute disponibles 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. Car le meilleur ami du suicide, lorsqu'on travaille a priori, c'est le silence.

«Face à la détresse d'un proche, il faut être attentif et ne pas hésiter à parler, voire à être intrusif. Dans le doute, on ne s'abstient pas. On peut poser la question directement à la personne: as-tu des idées suicidaires? Si on pense que l'état de quelqu'un se détériore, il faut intervenir», insiste M. Massicotte.

«Après tout, poser la question, c'est dire à la personne qu'on l'aime», renchérit le directeur général de l'Accalmie, Patrice Larin. «Poser la question, ça ne donne pas des idées suicidaires. Au contraire, on crée ainsi une amorce au rétablissement, parce qu'on s'intéresse à la personne. En quelque sorte on lui dit je t'aime, je t'apprécie, je ne veux pas te perdre.»

Après une lecture de poésie sentie, une minute de silence a été respectée dans les jardins du sanctuaire. Le petit groupe s'est ensuite réchauffé autour d'un café pour répéter, à l'avenant, la même phrase sur le bout de toutes les lèvres: «La vie est belle».

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