Alain Gamelin déçu de la gestion du site d'Auschwitz

Alain Gamelin, conseiller aux affaires universitaires à l'UQTR... (Photo: Stéphane Lessard Le Nouvelliste)

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Alain Gamelin, conseiller aux affaires universitaires à l'UQTR et historien de formation, a visité le camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz en Pologne, il y a moins de deux ans.

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Louise Plante
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) «Mieux vaut la lecture d'un livre sur le sujet que la visite d'Auschwitz.» C'est l'opinion d'Alain Gamelin, conseiller aux affaires universitaires à l'Université du Québec à Trois-Rivières et historien de formation, qui, il y a moins de deux ans, a visité le camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz en Pologne et qui en est revenu déçu.

L'historien avoue ne pas y avoir retrouvé l'émotion qu'il avait ressenti à la lecture de livres sur le sujet tant les lieux sont devenus proprets et survisités par des touristes pressés.

«En arrivant, on s'imagine qu'on va trouver un endroit chargé d'histoire et de vécu avec des relents de la guerre. On pense aussi qu'on va y trouver une pédagogie différente d'un autre lieu historique, relate M. Gamelin. Moi, le sujet m'intéressais énormément. J'avais lu beaucoup sur le sujet et vu plein de documentaires. Par ma visite, je voulais retrouver les sentiments que j'avais éprouvés au cours de mes lectures et des visionnements de documentaires comme Nuit et brouillard d'Alain Resnais, écouté pour la première fois à mon adolescence. Mais je n'ai pas ressenti la même charge émotionnelle à mon arrivée à Auschwitz.»

L'historien n'est pas le seul à signaler ce travers d'un site touristique devenu victime de son succès et qui a dû s'adapter au flot incessant de touristes qui s'y présentent à tous les ans. Les guides qui autrefois étaient d'anciens prisonniers des camps ont fait place pour la plupart à des guides professionnels. Le silence respectueux qui régnait dans les lieux où plus de 1,1 million d'hommes, de femmes et d'enfants ont trouvé la mort, dont 90 % étaient juifs, a fait place a un bourdonnement incessant de commentaires peu propice au recueillement.

Alain Gamelin n'hésite pas à affirmer que Walt Disney aurait tout aussi bien pu reconstituer ce camp de la mort lorsqu'on voit comment on a traité les immeubles, démolissant la plupart des baraquements et ne gardant que des baraques témoins de la vie quotidienne des prisonniers.

«C'est trop clean avec des arbres et du gazon... qui n'y étaient pas à l'époque. À la limite, c'est devenu un lieu touristique comme la plupart des lieux touristiques fréquentés par des millions de touristes, avec les contraintes de traitement des visiteurs qui obligent à avoir des groupes qui se succèdent. Donc, il n'y a pas de moment où tu peux t'imprégner de toute la charge qu'il y a derrière un lieu comme ça, malgré le travail des guides. C'est décevant entre autres au niveau pédagogique.»

M. Gamelin cite un journaliste européen qui affirmait que «si on ne ressort pas d'Auschwitz effondré, c'est qu'Hitler aura gagné.» Or, c'est un peu ce qui se passe, se désole-t-il. Le lieu fait tout de même partie du Patrimoine mondial.

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