Mise au point d'un procédé pour détecter les drogues dans les eaux usées

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À droite, le professeur en criminalistique à l'UQTR, André Lajeunesse, en compagnie de son assistant de recherche, Nicolas Gilbert, qui aura la responsabilité de présenter le nouveau procédé permettant de détecter des drogues dans les eaux usées municipales lors d'un congrès scientifique en Floride.

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Louise Plante
Le Nouvelliste

(Trois-Rivièrs) Le professeur en criminalistique de l'Université du Québec à Trois-Rivières, André Lajeunesse,  vient de mettre au point un outil d'investigation permettant de connaître les taux de consommation de drogues, légales ou non, des habitants d'une municipalité et ce en analysant le contenu des eaux usées de cette dernière.

Ce procédé donne des résultats suffisamment prometteurs pour faire l'objet d'une communication lors d'un colloque scientifique qui a lieu cette fin de semaine à Tampa Bay, aux États-Unis.

Lorsqu'un humain ingère des drogues ou médicaments, une partie est utilisée par son corps pour l'effet recherché tandis que le reste est rejeté sous sa forme intacte ou transformée. Ces nouvelles entités aboutissent dans l'urine ou les selles pour éventuellement prendre le chemin des stations d'épuration municipales.

Comme ces stations n'ont pas été conçues à l'époque pour recevoir ce type de contaminant, on peut observer dans l'eau traitée des traces de drogue, grâce à des instruments très sophistiqués.  Chaque substance ayant des propriétés différentes, il est alors possible de les identifier avec précision.

Immédiatement, on devine que deux champs d'activités professionnelles seront très intéressés par cette découverte: la santé publique et la criminalistique. C'est que le procédé peut indiquer s'il se consomme des drogues dans une localité, lesquelles et quelles journées en particulier. Il peut même donner une idée de l'importance de la consommation. La même démarche peut aussi aider les policiers à confirmer dans quel endroit on fabrique des drogues, en analysant un échantillon des eaux usées rejetées par un immeuble où se trouve un laboratoire clandestin, par exemple, ou les eaux d'une fosse septique si on est en milieu rural.

«Je dirais que l'utilité de cette découverte de notre projet de recherche sera d'alimenter des banques de données qui, lorsque regroupées, vont former une espèce de mémoire qui permettra des associations et des liens, explique M. Lajeunesse. Pour l'instant, c'est nous qui possédons ces données-là, mais nous avons des partenaires, des enquêteurs, qui sont très intéressés de participer. Nous avons déjà des contacts. Avec un échange, nous pensons progresser beaucoup. Cela deviendra alors une source d'information, du renseignement criminel.»

Le chercheur insiste aussi sur l'aspect prévention de la santé. L'Institut national de la santé publique du Québec est en effet un autre partenaire. «Ils sont mandatés pour faire la lumière sur les problèmes de santé de la population, entre autres lorsqu'il y a apparition de nouvelles drogues, de toxines ou de poisons. Ils sont à l'avant-garde et prêts à réagir pour essayer de comprendre les circonstances de soudaines intoxications.»

Le chercheur voit plusieurs types de prévention possibles. Par exemple, on pourrait découvrir qu'est apparu un nouveau phénomène de consommation d'une drogue X, dans un secteur précis d'une ville, ce qui permettrait d'être pro-actif et de mettre la population en garde particulièrement contre des drogues qui s'avèrent parfois très dangereuses, voire, mortelles. Bref, ce nouvel outil d'investigation offre autant à la santé publique qu'aux policiers la possibilité d'agir en amont comme en aval d'un phénomène de consommation.

Lorsqu'on demande au professeur ce qui l'a amené à s'intéresser à ce sujet, il répond que c'est son passé de scientifique mais aussi la nature de ses travaux de recherche en criminalistique. «Je suis un nouveau professeur embauché il y a deux ans et demi, en criminalistique, ici à l'UQTR, explique-t-il. Il y a aussi mon expertise en chimie environnementale.  Je suis chimiste de formation et j'ai aussi travaillé pour Environnement Canada pendant 10 ans. À l'époque, je m'intéressais déjà aux protocoles pour détecter les substances pharmaceutiques dans les rejets. J'ai donc fait un lien avec les matières illicites. En criminalistique, ce qu'on essaie de retrouver ce sont des traces. Ce faisant, ça nous permet d'avoir des données, suffisamment d'informations pour faire progresser des enquêtes.»

Des expertises sont déjà en cours, ce qui permet au chercheur de croire que sa découverte est prometteuse et que ses applications seront bientôt répandues. Un article scientifique sur le sujet sera d'ailleurs bientôt publié.

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