Mosquée de Trois-Rivières: la propagande intégriste n'a pas sa place

Marwan Shedid, président du Centre culturel islamique de... (Photo: François Gervais Le Nouvelliste)

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Marwan Shedid, président du Centre culturel islamique de la Mauricie, situé sur le boulevard des Forges.

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Louise Plante
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Marwan Shedid, président du Centre culturel islamique de la Mauricie, homme d'affaires trifluvien et citoyen canadien depuis 45 ans, est formel: il ne se fait pas et il ne s'est jamais fait de propagande intégriste au Centre culturel islamique de la rue des Forges à Trois-Rivières, pas plus qu'il n'y existe un «réseau», comme l'a laissé entendre un quotidien de Montréal.

La lecture de ce journal, lundi dernier, a causé un choc à M. Shedid, lui qui n'était pas encore remis des terribles événements survenus à Paris, avec l'attaque du journal Charlie Hebdo par des intégristes islamiques qui y ont abattu des journalistes. Mais en constatant que plusieurs médias du Québec reprenaient largement ces articles, pour une rare fois, ce centre culturel islamique qui tient traditionnellement un profil bas, a émis un communiqué et son porte-parole a accepté de parler de vive voix à des journalistes.

«Dans la foulée des récents attentats que nous condamnons, nous trouvons déplorable et irresponsable de la part du Journal de Montréal qu'il fasse gratuitement des amalgames entre notre mosquée et l'islamisme radical, le financement d'activités terroristes et le mensonge par dissimulation, a fait savoir M. Shedid. L'islamisation radicale n'a pas sa place ici.»

Ce dernier ne nie pas que l'immeuble acheté pour en faire une mosquée par M. Omran dans les années 80, est bel et bien maintenant la propriété de la Canadian Islamic Trust Foundation depuis 33 ans, ni que cet organisme aide le centre à payer ses dépenses d'entretien et de réparation. Mais sans plus, assure-t-il. «Nous avons toujours été très contents de ça, jusqu'à lundi. On était heureux et bien à Trois-Rivières.»

M. Shedid insiste. «Nous ne subissons aucune influence. Seuls nos membres et le conseil d'administration élu dirigent notre mosquée. Notre financement provient uniquement de dons des membres de notre communauté. Nous ne tolérions pas de subir des pressions extérieures sur la façon dont nous devons diriger la mosquée et pratiquer notre religion», soutient-il.

Ce dernier assure que sa communauté est encore sous le choc des événements de Paris et qu'elle les dénonce.

«Quand on a vu ça, on s'est dit: "mais qu'est-ce qu'il est en train d'arriver là?'' Ça nous déchire profondément. Nos parents, nos amis, personne n'était en faveur de ça, au contraire nous étions solidaires avec vous. Ces gens sont morts pour rien. Quand j'ai écouté les nouvelles la semaine dernière, ma femme pleurait en me demandant: "mais qu'est ce qui arrive Marwan?'' Et tout ça est mauvais pour la réputation des musulmans. Je ne dis pas cela pour faire pitié. C'est mon sentiment. Dans notre mosquée, on explique ce qu'est vraiment l'islam. Mais ces événements, c'est comme un cancer, un virus qui se répand. Il faut éviter ça. Ça nous brise.»

Lorsqu'on demande à M. Shedid si sa communauté a subi des sévices en représailles aux derniers événements de Paris, il hésite un peu avant de répondre non. «Non, ça été calme. Je pense que c'est parce que notre situation est claire. Et que depuis que nous sommes ici, tout va bien.»

Cela dit, M. Shedid avoue candidement ne pas «connaître plus que ça» les gens de la Canadian Islamic Trust Foundation et que jamais l'organisme n'a tenté de s'imposer dans la mosquée trifluvienne. «Pas du tout, pas du tout, pas du tout», répète-t-il doucement.

Le président du centre culturel ajoute qu'il veut profiter de l'occasion pour rassurer ses membres et ses concitoyens que la philosophie du centre est pacifique et tolérante. «La mosquée entend inviter sous peu les autorités policières et les élus pour y rencontrer la communauté. Nous désirions également répéter l'expérience d'une journée porte ouverte.»

Quant à savoir quand précisément auront lieu ces échanges et ces rencontres, M. Shedid répond que ce ne sera pas à court terme car il préfère laisser retomber la poussière sur les événements de Paris, histoire que les esprits se calment. Plusieurs manifestations anti-Charlie Hebdo, certaines très violentes, sont en effet en cours dans une partie du monde musulman et des arrestations avaient encore lieu mardi, en lien avec des complices des djihadistes français.

«On attend un peu car les évènements ont aussi été très durs pour nous. Ça allait bien depuis longtemps et soudain tu te retrouves dans les nouvelles. Ce n'est pas agréable. On n'a rien contre le travail des journaux et tout ça, mais il faut dire la vérité», conclut-il d'un ton triste.

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