Gentilly-2: chronique d'une mort abrupte

L'ancienne directrice principale, production nucléaire, chez Hydro-Québec, Louise... (Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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L'ancienne directrice principale, production nucléaire, chez Hydro-Québec, Louise Pelletier.

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Marc Rochette
Le Nouvelliste

(Bécancour) Le 20 septembre 2012, la première ministre du Québec, Pauline Marois, annonçait la fermeture de la centrale nucléaire Gentilly-2. Chargée du dossier de la réfection depuis le 10 janvier 2010, l'ancienne directrice régionale d'Hydro-Québec en Mauricie, Louise Pelletier, se voyait tout à coup plonger dans un processus de déclassement. Fraîchement retraitée, elle a accepté d'accorder une entrevue exclusive au Nouvelliste. Chronique d'une mort abrupte...

Le 19 août 2008, le président-directeur général de la société d'État, Thierry Vandal, et la ministre régionale de l'époque, Julie Boulet, débarquaient à Bécancour pour y annoncer la remise à neuf des installations nucléaires au coût de 1,9 milliard de dollars. Les travaux devaient débuter en 2011 pour se terminer l'année suivante. Mais déjà en 2010, plusieurs lumières rouges ont commencé à apparaître au tableau de bord. Au point que sept mois après son entrée en poste, la directrice principale, production nucléaire, Louise Pelletier, devait composer avec un début de chantier reporté en 2012. Une décision attribuée aux problèmes alors vécus dans la réfection de la centrale jumelle de Point Lepreau.

«La principale difficulté, c'était l'estimation des coûts», rapporte celle qui parle «d'inconnus» dans le nucléaire, contrairement à l'hydraulique, un domaine dans lequel elle a mené à terme des projets de quelques milliards de dollars, principalement en région, au cours de sa longue carrière.

Dès lors, «la société a décidé de réduire ses budgets pour préparer la réfection. Et il y a eu Fukushima dans la même foulée», raconte Mme Pelletier.

En effet, l'accident nucléaire survenu en mars 2011 au Japon, à la suite d'un tremblement de terre et d'un tsunami, aura fait des vagues jusqu'au Québec, amenant Hydro-Québec à demander une mise à jour des risques pour ses installations de Bécancour. Encore là, de nouvelles contraintes en matière de sécurité étaient synonymes de nouveaux coûts.

À cette période, le président Thierry Vandal avait même fait savoir que différents scénarios étaient étudiés, y compris le déclassement de Gentilly-2. Une possibilité qui avait provoqué de vives réactions dans le milieu.

«On était en contact avec le gouvernement libéral pour une mise à niveau de l'état du dossier. On a eu l'occasion de le sensibiliser», fait savoir Mme Pelletier.

Pendant cette période 2010-2012, celle-ci parle «du plus bel effort d'optimisation hors projet» qui fut déployé à la centrale nucléaire. Au cours de ces trois années, le nombre d'employés était d'ailleurs passé de 800 à 685, dont 630 permanents.

«On a amélioré nos coûts d'opération et optimisé notre coût de revient. On la voulait la réfection. Mais ce n'était pas un projet à tout prix. Il y avait des conditions de faisabilité et de rentabilité», explique-t-elle.

À l'été 2012, les libéraux de Jean Charest n'avaient toujours pas tranché la question. Sauf que peu avant le déclenchement de la campagne électorale, le ministre d'alors, Clément Gignac, réitérait que son gouvernement avait toujours un préjugé favorable à la remise à neuf des installations nucléaires.

La victoire du Parti québécois en septembre 2012 est toutefois venue sceller le sort de Gentilly-2. «Le PQ était plus ferme dans ses intentions», admet Mme Pelletier, faisant référence à l'engagement péquiste de mettre fin à la filière nucléaire.

La réélection d'un gouvernement libéral aurait-elle été synonyme de réfection? «Je ne peux pas répondre à ça. Mais au moment de l'élection, j'avais toujours un projet», assure-t-elle.

Sauf que la conjoncture défavorable à la restauration de Gentilly-2 est venue justifier à plus forte raison la position du gouvernement Marois. «Les problèmes qu'on avait, on les avait dit. Mon histoire est toujours la même. La locomotive financière ne pouvait pas changer. Le doute, on l'avait par rapport à la réussite du projet. Mon rôle était de donner de l'information pratique, quantifier les impacts. On a enrichi la démonstration qu'on était mieux de ne pas aller dans la réfection», explique Mme Pelletier.

Un mois à peine après le changement de garde à Québec, la société d'État recommandait effectivement la fermeture de la centrale nucléaire, calculant que sa réfection désormais évaluée à 4,3 milliards de dollars n'était plus justifiée financièrement. À cela venait s'ajouter un marché qui avait changé depuis 2008.

«Le dossier de fermeture a été mis sur les rails honorablement. Je suis très contente d'avoir fait le dossier de Gentilly-2», conclut celle qui tire sa révérence après une quarantaine d'années de service chez Hydro-Québec.

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