Cinq ans après le séisme en Haïti: il faut revoir la façon de faire

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Olivier Gamelin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Très engagé lors du séisme qui a ravagé Haïti en 2010, et bien avant, le Comité de solidarité Trois-Rivières (CSTR) souhaite un vaste examen critique sur l'aide humanitaire apportée à la petite île des Antilles afin que les erreurs commises alors ne se répètent pas ad nauseam. Car malgré 7,6 milliards $ investis depuis le tremblement de terre, la situation sociale et politique n'est guère plus reluisante aujourd'hui qu'en 2010. L'heure est donc à l'introspection et à l'autocritique.

Président du CSTR, Jean-Claude Landry souhaite que les commémorations soulignant le cinquième anniversaire de la tragédie haïtienne amènent les organismes d'aide humanitaire à entreprendre une vaste réflexion critique sur les actions posées pendant et après le séisme.

«J'espère que cette commémoration permettra de faire un bilan rétrospectif qui mettra à jour les faiblesses et les forces des initiatives qui ont été prises en Haïti. Il faut maintenant porter un regard critique sur ce qui s'est fait et en tirer des enseignements. Le cinquième anniversaire pourrait permettre ça, en autant que les gens aient la volonté de le faire.»

Selon lui, les organismes non gouvernementaux (ONG) débarquent trop souvent dans un pays en crise avec leurs gros sabots, parfois sans se coordonner entre eux et en faisant fi des besoins exprimés par la population locale. «Les grandes agences arrivent avec leurs gros moyens, les 4X4, énormément de budget, il s'installent au-dessus de la réalité et, donc, n'ont pas toute l'efficacité souhaitable.»

Depuis 2010, les manoeuvres des uns ont trop souvent nuit au succès des autres sur l'île d'Hispaniola. D'où l'importance, croit M. Landry, d'établir un constat difficile: les ONG ont en partie failli à la tâche. Des mesures positives ont certes été élaborées, mais sans porter les fruits attendus. «Il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain, mais il faut revoir la façon dont on apporte de l'aide lors de catastrophes comme celle en Haïti», soutient-il.

«Quand on décide d'aider de façon non coordonnée et qu'on ne se met pas en lien avec les partenaires de la société civile, quand on leur passe par-dessus la tête, eh bien on court-circuite l'aide globale apportée. C'est un peu ça qui s'est produit dans le cadre de l'aide d'urgence en Haïti. Il y a de bonnes ressources au niveau local, mais lorsque les grandes agences arrivent et ne tiennent pas compte de ces partenaires-là, il y a un danger de négliger les priorités. En Haïti, on a vu que l'un faisait quelque chose que l'autre défaisait.»

Une vision partagée par Daniel Landry, administrateur au CSTR. «On s'est retrouvé du jour au lendemain avec des sommes colossales, spectaculaires, ainsi qu'une foule d'organisations qui, paradoxalement, n'avaient peut-être pas les moyens de gérer ces sommes-là.» Du même souffle, M. Landry aspire à une solidarité internationale qui ne survient pas uniquement lors de situation de crise. «Je souhaite que ce cinquième anniversaire engendre une réflexion qui dépasse le conjoncturel, le contexte d'une urgence. Il faut comprendre la coopération internationale à moyen et à long termes.»

Le CSTR entend poursuivre ses actions en Haïti, par exemple par le biais de son projet d'agriculture IRATAM, et cela dans la plus pure philosophie de proximité qui l'anime. «On pourrait grossir, car il y a un marché du développement international au Canada. Le CSTR a toujours refusé d'embarquer dans ce marché. Sans dire que les grosses organisations font le jeu du gouvernement et, à la limite, de la corruption, le CSTR travaillera toujours en solidarité avec des petits partenaires, à Haïti comme ailleurs», conclut le directeur général de l'organisme, Jean-Marc Lord.

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